‹ Les Mille & une nuits (volume 3)Chapitre 6 sur 18 · CCXX» NUIT · texte numérisé non relu

CCXX» NUIT

Sire, quand Marzavan eut achevé son compliment en vers, qui surprit le prince Camaralzaman si agréablement, le prince prit la liberté de faire signe de la main au roi son père de vouloir bien s'ôter de sa place, et de permettre que Marzavan s'y mît.

Le roi, ravi de voir dans le prince son fils un changement qui lui donnoit bonne espérance, se leva, prit Marzavan par la main et l'obligea de s'asseoir à la même place qu'il venoit de quitter. Il lui demanda qui il étoit, et d'où il venoit; et, après que Marzavan lui eut répondu qu'il étoit sujet du roi de la Chine, et qu'il venoit de ses Etats : « Dieu veuille, lui dit-il, que vous tiriez mon fils de sa profonde mélancolie; je vous en aurai une

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obligation infinie, et les marques de ma reconnoissance seront si éclatantes que toute la terre reconnoîtra que jamais service n'aura été mieux récompensé, n En achevant ces paroles, il laissa le prince son fils dans la liberté de s'entretenir avec Marzavan, pendant qu'il se réjouissoit d'une rencontre si heureuse avec son grand-vizir.

Marzavan s'approcha de l'oreille du prince Camaralzaman , et, en lui parlant bas: « Prince, ditil, il est temps désormais que vous cessiez de vous affliger si impitoyablement. La dame pour qui vous souffrez m'est connue : c'est la princesse Badoure, fille du roi de la Chine qui se nomme Gaïour. Je puis vous en assurer sur ce qu'elle m'a appris ellemême de son aventure, et sur ce que j'ai déjà appris de la vôtre. La princesse ne souffre pas moins pour l'amour de vous que vous souffrez pour l'amour d'elle. » Il lui fit ensuite le récit de tout ce qu^il savoit de l'histoire de la princesse, depuis la nuit fatale qu'ils s'étoient entrevus d'une manière si peu croyable; il n'oublia pas le traitement que le roi de la Chine faisoit à ceux qui entreprenoient en vain de guérir la princesse Badoure de sa folie prétendue. « Vous êtes le seul, ajouta-t-il, qui pouvez la guérir parfaitement, et vous présenter pour cela sans crainte. Mais, avant d'entreprendre un si grand voyage, il faut que vous vous portiez bien : alors nous prendrons les mesures néces-

saires. Songez donc incessamment au rétablissement de votre santé. »

Le discours de Marzavan fit un puissant effet; le prince Camaraizaman en fut tellement soulagé par l'espérance qu"'il venoit de concevoir qu'il se sentit assez de force pour se lever, et qu'il pria le roi son père de lui permettre de s'habiller, d'un air qui lui donna une joie incroyable.

Le roi ne fit qu'embrasser Marzavan pour le remercier, sans s'informer du moyen dont il s'étoit servi pour faire un effet si surprenant, et il sortit aussitôt de la chambre du prince avec le grandvizir pour publier cette agréable nouvelle. Il ordonna des réjouissances de plusieurs jours; il fit des largesses à ses officiers et au peuple, des aumônes aux pauvres, et fit élargir tous les prisonniers. Tout retentit enfin de joie et d'allégresse dans la capitale, et bientôt dans tous les États du roi Schahzaman.

Le prince Camaraizaman, extrêmement affoibli par des veilles continuelles et par une longue abstinence presque de toute sorte d'alimens, eut bientôt recouvré sa première santé. Quand il sentit qu'elle étoit bien rétablie pour supporter la fatigue d'un voyage, il prit Marzavan en particulier: « Cher Marzavan, lui dit-il, il est temps d'exécuter la promesse que vous m'avez faite. Dans l'impatience où je suis de voir la charmante prin- Les Mille et une Nuits. V. 9

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