‹ Les Mille & une nuits (volume 3)Chapitre 8 sur 18 · HISTOIRE DE C AM A R ALZ A M AN · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE C AM A R ALZ A M AN

lui. Le roi, qui, de tous ceux qu'une présomption démesurée avoit fait venir apporter leurs têtes à ses pieds, n'en avoit encore vu aucun digne qu'il arrêtât ses yeux sur lui, eut une véritable compassion de Camaralzaman par rapport au danger auquel il s'exposoit. Il lui fit aussi plus d'honneur; il voulut qu'il s'approchât et s'assît près de lui. « Jeune homme, lui dit-il, j'ai de la peine à croire que vous ayez acquis à votre âge assez d'expérience pour oser entreprendre de guérir ma fille. Je voudrois que vous pussiez y réussir : je vous la donnerois en mariage, non seulement sans répugnance, au lieu que je l'aurois donnée avec bien du déplaisir à qui que ce fût de ceux qui sont venus avant vous, r\ais même avec la plus grande joie du monde. Mais je vous déclare avec bien de la douleur que, si vous y manquez, votre grande jeunessCj votre air de noblesse, ne m'empêcheront pas de vous faire couper le cou.

— Sire, reprit le prince Camaralzaman, j'ai des grâces infinies à rendre à Votre Majesté de l'honneur qu'elle me fait et de tant de bontés qu'elle témoigne pour un inconnu. Je ne suis pas venu d'un pays si éloigné que son nom n'est peut-être pas connu dans vos Etats, pour ne pas exécuter le dessein qui m'y a amené. Que ne diroit-on pas de ma légèreté, si j'abandonnois un dessein si généreux après tant de fatigues et tant de dangers que

j'ai essuyés? Votre Majesté elle-même ne perdroitelle pas l'estime qu'elle a déjà conçue de ma personne? Si j'ai à mourir. Sire, je mourrai avec la satisfaction de n'avoir pas perdu cette estime après l'avoir méritée. Je vous supplie donc de ne pas me laisser plus longtemps dans l'impatience de faire connoître la certitude de mon art, par l'expérience que je suis prêt d'en donner. »

Le roi de la Chine commanda à l'eunuque garde de la princesse Badoure, qui étoit présent, de mener le prince Camaralzaman chez la princesse sa fille. Avant de le laisser partir, il lui dit qu'il étoit encore à sa liberté de s'abstenir de son entreprise. Mais le prince ne l'écouta pas : il suivit l'eunuque avec une résolution, ou plutôt avec une ardeur étonnante.

L'eunuque conduisit le prince Camaralzaman ; et, quand ils furent dans une longue galerie au bout de laquelle étoit l'appartement de la princesse, le prince, qui se vit si près de l'objet qui lui avoit fait verser tant de larmes, et pour lequel il n'avoit cessé de soupirer depuis si longtemps, pressa le pas et devança l'eunuque.

L'eunuque pressa le pas de même, et eut de la peine à le rejoindre. « Où allez-vous donc si vite? lui dit-il en l'arrêtant par le bras. Vous ne pouvez pas entrer sans moi. Il faut que vous ayez une grande envie de mourir, de courir si vite à la

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mort. Pas un de tant d'astrologues que j'ai vus et que j'ai amenés où vous n'arriverez que top tôt n'a témoigné cet empressement.

— Mon ami, reprit le prince Camaralzaman en regardant l'eunuque et en marchant à son pas, c'est que tous ces astrologues dont tu parles n'étoient pas sûrs de leur science comme je le suis de la mienne. Ils savoient avec certitude qu'ils perdroient la vie s'ils ne réussissoient pas, et ils n'en avoient aucune de réussir. C'est pour cela qu'ils avoient raison de trembler en approchant du lieu où je vais et où je suis certain de trouver mon bonheur. » Il en étoit à ces mots lorsqu'ils arrivèrent à la porte. L'eunuque ouvrit et introduisit le prince dans une grande salle d'où l'on entroit dans la chambre de la princesse, qui n'étoit fermée que par une portière.

Avant d'entrer, le prince Camaralzaman s'arrêta, et, en prenant un ton beaucoup plus bas qu'auparavant, de peur qu'on ne l'entendît de la chambre de la princesse : « Pour te convaincre, dit-il à l'eunuque, qu'il n'y a ni présomption, ni caprice, ni feu de jeunesse dans mon entreprise, je laisse l'un des deux à ton choix : qu'aimes-tu mieux, que je guérisse la princesse en sa présence, ou d'ici, sans passer plus avant et sans la voir? »

L'eunuque fut extrêmement étonné de l'assu-

rance avec laquelle le prince lui parloit. Il cessa de l'insulter, et, en lui parlant sérieusement : a II n'importe pas, lui dit-il, que ce soit là ou ici. De quelque manière que ce soit, vous acquerrez une gloire immortelle, non seulement dans cette cour, mais même par toute la terre habitable.

— Il vaut donc mieux, repartit le prince, que je la guérisse sans la voir, afin que tu rendes témoignage de mon habileté. Quelle que soit mon impatience de voir une princesse d'un si haut rang qui doit être mon épouse, en ta considération néanmoins je veux bien me priver quelques momens de ce plaisir. » Comme il étoit fourni de tout ce qui distinguoit un astrologue, il tira son écritoire et du papier, et écrivit ce billet à la princesse de la Chine :

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