‹ Les Mille & une nuits (volume 4)Chapitre 33 sur 37 · HISTOIRE QVE RACONTA LE MEDECIN · texte numérisé non relu

HISTOIRE QVE RACONTA LE MEDECIN

dis pour excuse que je m'étois ennuyé de les attendre, et que, ne recevant d'eux aucunes nouvelles, mon inquiétude m'avoit fait entreprendre ce voyage. Ils me reçurent fort bien, et promirent de faire en sorte que mon père ne me sût pas mauvais gré d'avoir quitté Damas sans sa permission. Je logeai avec eux dans le même khan, et vis tout ce qu'il y avoit de beau à voir au Caire.

« Comme ils avoient achevé de vendre leurs marchandises, ils parloient de s'en retourner à Mossoul, et ils commençoient déjà à faire les préparatifs de leur départ; mais, n'ayant pas vu tout ce que j'avois envie de voir en Egypte, je quittai mes oncles et allai me loger dans un quartier fort éloigné de leur khan, et je ne parus point qu'ils ne fussent partis. Ils me cherchèrent longtemps par toute la ville; mais, ne me trouvant point, ils jugèrent que le remords d'être venu en Egypte contre la volonté de mon père m'avoit obligé de retourner à Damas sans leur en rien dire, et ils partirent dans l'espérance de m'y rencontrer et de me prendre en passant.

« Je restai donc au Caire après leur départ, et j'y demeurai trois ans pour satisfaire pleinement la curiosité que j'avois de voir toutes les merveilles de l'Egypte. Pendant ce temps-là, j'eus soin d'envoyer de l'argent au marchand joaillier, en lui

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mandant de me conserver sa maison : car j'avois dessein de retourner à Damas, et de m'y arrêter encore quelques années. Il ne m'arriva point d'aventure au Caire qui mérite de vous être racontée; mais vous allez sans doute être fort surpris de celle que j'éprouvai quand je fus de retour à Damas.

« En arrivant en cette ville, j'allai descendre chez le marchand joaillier, qui me reçut avec joie, et qui voulut m'accompagner lui-même jusque dans ma maison, pour me faire voir que personne n'y étoit entré pendant mon absence. En effet, le sceau étoit encore en son entier sur la serrure. J'entrai, et trouvai toutes choses dans le même état où je les avois laissées.

« En nettoyant et en balayant la salle où j'avois mangé avec les dames, un de mes gens trouva un collier d'or en forme de chaîne, où il y avoit d'espace en espace dix perles très grosses et très parfaites ; il me l'apporta, et je le reconnus pour celui que j'avois vu au col de la jeune dame qui avoit été empoisonnée. Je compris qu'il s'étoit détaché, et qu'il étoit tombé sans que je m'en fusse aperçu. Je ne pus le regarder sans verser des larmes, en me souvenant d'une personne si aimable, et que j'avois vue mourir d'une manière si funeste. Je l'enveloppai et le mis précieusement dans mon sein.

« Je passai quelques jours à me remettre de la

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