‹ Les Mille & une nuits (volume 4)Chapitre 7 sur 37 · NUI · texte numérisé non relu

NUI

Le lendemain, Scheherazade, ayant repris la parole, dit à Schahriar :

« Sire, le vizir Schemseddin Mohammed, étant revenu de son évanouissement par le secours de sa fille et des femmes qu'elle avoit appelées : « Ma fille, dit-il, ne vous étonnez pas de l'accident qui

vient de m'aniver : la cause en est telle qu'à peine y pourrez-vous ajouter foi. Cet époux qui a passé la nuit avec vous est votre cousin, le fils de Noureddin Ali. Les mille sequins qui sont dans cette bourse me font souvenir de la querelle que j'eus avec ce cher frère ; c'est sans doute le présent de noces qu'il vous fait. Dieu soit loué de toutes choses, et particulièrement de cette aventure merveilleuse qui montre si bien sa puissance. » Il regarda ensuite l'écriture de son frère, et la baisa plusieurs fois en versant une grande abondance de larmes. « Que ne puis-je, disoit-il, aussi bien que je vois ces traits qui me causent tant de joie^ voir ici Noureddin lui-même, et me réconcilier avec lui ! »

« Il lut le cahier d'un bout à l'autre : il y trouva les dates de l'arrivée de son frère à Balsora, de son mariage, de la naissance de Bedreddin Hassan ; et, lorsque, après avoir confronté ces dates avec celles de son mariage et de la naissance de sa fille au Caire, il eut admiré le rapport qu'il y avoit entre elles, et fait enfin réflexion que son neveu étoit son gendre, il se livra tout entier à la joie. Il prit le cahier et l'étiquette de la bourse, les alla montrer au sultan, qui lui pardonna le passé, et qui fut tellement charmé du récit de cette histoire qu'il la fit mettre par écrit avec toutes ses circonstances, pour la faire passer à la postérité.

« Cependant le vizir Schemseddin Mohammed ne pouvoit comprendre pourquoi son neveu avoit disparu ; il espéroit néanmoins le voir arriver à tous momens, et il l'attendoit avec la dernière impatience pour l'embrasser. Après l'avoir inutilement attendu pendant sept jours, il le fit chercher par tout le Caire; mais il n'en apprit aucune nouvelle, quelques perquisitions qu'il en pût faire. Cela lui causa beaucoup d'inquiétude. « Voilà, disoit-il, une aventure fort singulière : jamais personne n'en a éprouvé une pareille. »

« Dans l'incertitude de ce qui pouvoit arriver dans la suite, il crut devoir mettre lui-même par écrit l'état où étoit alors sa maison; de quelle manière les noces s'étoient passées; comment la salle et la chambre de sa fille étoient meublées. Il fit aussi un paquet du turban, de la bourse et du reste de l'habillement de Bedreddin, et l'enferma sous la clef »

La sultane Scheherazade fut obligée d'en demeurer là, parce qu'elle vit que le jour paroissoit. Sur la fin de la nuit suivante, elle poursuivit cette histoire dans ces termes :

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