‹ Les milles et une nuits, contes arabes;Chapitre 12 sur 41 · II · texte numérisé non relu

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talent que d'une coudée , et qui ressempar la tète à des hiboux.

u A mon retour, comme j'étais un jour sur le port , un navire y vint aborder. Dès qu'il fut à l'ancre , on commenra à décharger les marchandises ; et les marchands à c£ui elles appartenaient les faisaiient transporter dans les magasins. En jetant les yeux sur quelques ballots et sur l'écriture qui marquait à cpii ils étaient, je vis mon nom dessus. Après les avoir attentivement examinés, je ne doutai pas que ce ne fussent ceux que j'avais fait cliarger sur le vaisseau où je m'étais embarqué à Balsora. Je reconnus même le capitaine ; mais , comme j'étais persuadé qu'il me croyait mort, je l'abordai, et lui demandai à qui appartenaient les ballots que je voyais. «< J'avais sur mon bord , me répondit -il, un marchand de Bagdad, qui Se nommait Sindljad. L'n jour que nous étions près d'une île , à ce qu'il nous paraissait , il mit pied à terre avec plusieurs passagers dans cette île prétendue , qui n'était autre chose qu'une baleine d'une grosseur énorme , qui s'était endormie à

fleur d'eau. Elle ne se sentit pas plus tôt échauffée par le feu qu'on avait allumé sur son dos pour faire la cuisine, qu'elle commença à se mouvoir et à s'enfoncer dans la mer. La plupart des personnes qui étaient dessus se noyèrent, et le malheureux Sindbad fut de ce nombre. Ces ballots étaient à lui , et j'ai résolu de les négocier , jusqu'à ce que je rencontre quelqu'un de sa famille à qui je puisse rendre le profit que j'aurai fait avec le principal. >> « Capitaine , lui dis-je alors , je suis ce Sindbad , que vous croyez mort , et qui ne l'est pas : ces ballots sont mon bien et ma marchandise »

« Schelierazade n'en dit pas davantage cette nuit ; mais elle continua le lendemain de cette sorte.

LXXIP NUIT.

« Six\DBAD , poursuivant son histoire , dit à la compagnie ;

<• Quand le capitaine du vaisseau m'en-

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tendit parler ainsi : « Grand Dieu I s'écriat-il, à qui se fier aujourd'hui? Il n'y a plus de bonne foi parmi les hommes I J'ai vu de mes propres yeux périr Sindbad; les passagers qui étaient sur mon lîord l'ont vu comme moi ; et vous osez dire que vous êtes ce Sindbad I Quelle audace I A vous voir , il semble que vous soyez un homme de probité ; cependant vous dites une horrible fausseté , pour vous emparer d'un bien qui ne vous appartient pas. » « Donnezvous patience , repartis - je au capitaine , et me faites la grâce d'écouter ce que j'ai à vous dire. » « Eh bien I reprit-il , que direzvous? Parlez, je vous écoute. Je lui racontai alors de quelle manière je m'étais sauvé, et par quelle aventure j'avais rencontré les palefreniers du roi Mihrage , qui m'avaient amené à sa cour.

<« Il se sentit ébranlé de mon discours , mais il fut bientôt persuadé que je n'étais pas un imposteur , car il arriva des gens de son navire qui me reconnurent et me firent de grands complimens , en me témoignant la joie qu'ils avaient de me revoir. Enfin il me reconnut aussi lui-même ; et se jetant à

mon cou : « Dieu soit loué , me dit-il , de ce que vous êtes heureusement échappé d'un si grand danger î Je ne puis assez vous marquer le plaisir que j'en ressens. Voilà votre bien , prenez- le , il est à vous ; faites -en ce qu'il vous plaira. » Je le remerciai , je louai sa probité ; et , pour la reconnaître , je le priai d'accepter quelques marchandises que je lui présentai ; mais il les refusa.

«( Je choisis ce qu'il y avait de plus précieux dans mes ballots , et j'en lis présent au roiMihrage. Comme ce prince savait la disgrâce qui m'était arrivée , il me demanda où j'avais pris des choses si rares. Je lui contai par quel hasard je venais de les recouvrer : il eut la bonté de m'en témoigner de la joie ; il accepta mon présent et m'en fit de beaucoup plus considérables. Après cela, je pris congé de lui, et me rembarquai sur le même vaisseau. Mais , avant mon embarquement, j'échangeai les marchandises qui me restaient , contre d'autres du pays. J'emportai avec moi du bois d'aloès , de sandal , du camphre , de la muscade , du clou de girofle , du poivre et du gingembre. Nous passâmes par plusieurs îles , et nous

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abordâmes enfin à Balsora , d'où j'arrivai en cette ville avec la valeur d'environ cent mille sequins. 31a famille me reçut , et je la revis avec tous les transports c[ue peut causer une amitié vive et sincère. J'achetai des esclaves de l'un et de l'autre sexe , de belles terres , et je fis une grosse maison. Ce fut ainsi f[ue je iis'éln.blis , résolu d'oublier les maux <£ue j'avais soufferts, et de jouir des plaisirs de la vie. »

" Sindlxad , s'étant arrêté en cet endroit, ordonna aux joueurs d'insti^umens de recommencer leurs concerts , cpi'il avait interroinpu^ par le récit de son histoire. On continua jusqu'au soir de boire et de manger , et , lors([u'il fut temps de se retirer , Sindbad.<e fit apporter une bourse de cent sequins , et la donnant au porteur : « Prenez , Hindbad , lui dit-il ; retournez chez vous , et revenez demain entendre la suite de mes aventures. >> Le porteur se retiia fort confus de l'honneur et du présent qu'il venait de recevoir. Le récit cpiil en fit à son logis fut ti'ès-agréable à sa femme et à ses enfans , qui ne manquèrent pas de remercier Dieu du

bien que la Providence leur faisait , par l'entremise de Sindbad.

« Hindbad s'habilla le lendemain plus proprement que le jour précédent, et retourna chez le voyageur libéral , qui le reçut d'mi air riant , et lui fit mille caresses. D'abord que les conviés furent tous arrivés , on servit et l'on tint table fort long-temps. Le repas fini , Sindbad prit la parole , et s'adressant à la compagnie : « Seigneurs, dit-il, je vous prie de me donner audience , et de vouloir bien écouter les aventures de mon second voyage ; elles sont plus dignes de votre attention que celles du premier. » 1 ont le monde garda le silence , et Sindbad parla en ces termes :

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