Les milliaires de Rennes
Présenté à la Société Archéologique d1 Ille-et-Vilaine par le Directeur-Conservateur du Musée archéologique de Rennes.
Messieurs et ghers Confrères,
Il y a moins de vingt ans, tout le monde pouvait voir à Rennes, encastré dans un des jambages de la Porte-Mordelaise, un bloc de granit dont la face extérieure était couverte d'une inscription en cinq lignes, gravée au 111e siècle de notre ère en l'honneur de l'empereur Gordien III.
En 1868, les travaux de l'édilité rennaise nécessitèrent la démolition de la Porte Saint-Michel et de sa courtine, afin d'établir un débouché plus facile et plus direct cle la rue Rallier sur la rue Leperciit et la place Saint-Michel. Parmi les matériaux provenant de la démolition de ces ouvrages, on recueil-
lit deux fragments épigraphiques de l'époque galloromaine, contemporains — ou à peu près, — de l'inscription de la Porte-Mordelaise, et qui se trouvaient parmi les pierres de blocage remplissant l'épaisseur de la muraille féodale1.
Les deux fragments de là Porte Saint-Michel et la belle inscription complète de la Porte-Mordelaise représentaient seuls, dans notre Musée archéologique, l'épigraphie gallo-romaine de la ville de Rennes, lorsqu'une circonstance fortuite vint, dans les premiers mois de 1890, enrichir le Musée de dix-neuf bornes milliaires ou fragments de bornes, avec inscriptions en l'honneur de Septime Sévère, Caracalla et Géta, de Maximin et de son fils Maxime, de Postume, de Victorin et de Tétricus le père.
Cette riche trouvaille inespérée, qui venait d'un coup mettre, au point de vue épigraphique, le Musée de Rennes au premier rang des Musées des départements, cette trouvaille, dis-je, fut dès le mois de mai 1890 signalée à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, grâce à l'obligeant intermédiaire de notre excellent confrère M. Arthur de la Borderie. Ce fut M. Léopold Delisle, le savant directeur de la Bibliothèque Nationale, qui voulut bien, en mon nom, donner à l'Académie, dans sa séance du 9 mai, communication de mon rapport sommaire du 3 mai et de mon rapport complémentaire du 6 du même mois.
1. L'inscription de la Porte-Mordelaise et les deux fragments d'inscriptions de la Porte Saint-Michel sont conservés au Musée Archéologique de Rennes. (Voir à leur sujet : Robert MOWAT, Études philologiques sur les inscriptions gallo-romaines de Rennes, dans les Mémoires de la. Société Archéologique d'I Ile-et-Vilaine, t. VII, p. 291 et suiv.; — Auguste ANDRÉ, Catal. raisonné du Musée d'archéologie de la ville de Rennes, 1876, p. 493 et suiv.)
La découverte des milliaires de Rennes intéressa vivement l'Académie des Inscriptions et la Société des Antiquaires de France, et j'ai été heureux, je l'avoue, des précieux témoignages qui m'ont été adressés à cet égard, au nom de ces deux corps savants, par MM. Léopold Delisle, Héron de Villefosse et le commandant Mowat 1
Quant à vous, Messieurs, qui ne pouviez rester indifférents en présence d'un fait si intéressant pour notre histoire locale, vous avez exprimé le vœu qu'un rapport sur cette importante découverte soit inséré dans un des volumes de vos Mémoires, et vous avez bien voulu me charger de rédiger ce rapport que je vous présente aujourd'hui. Toutefois, je dois vous faire remarquer que j'ai cru devoir laisser à deux de nos confrères de la Société Archéologique d'Ille-et- Vilaine le soin de restituer, de traduire, d'expliquer, de commenter les textes. M. le capitaine Espérandieu a fait une étude complète et substantielle de ces monuments lapidaires, et M. le profes-
1. Voici la lettre que m'écrivit à ce sujet M. Léopold Delisle :
Paris, le 9 mai 1890.
Monsieur,
Aujourd'hui même, j'ai communiqué à l'Académie des Inscriptions les deux rapports que vous m'aviez fait l'honneur de me charger de lui transmettre. Cette nouvelle a vivement intéressé tous ceux de mes confrères qui s'occupent particulièrement d'épigraphie. La série dont le Musée de Rennes a pu, grâce à vous, s'enrichir, sera certainement l'objet de travaux importants, et j'espère bien qu'au mérite d'avoir assuré la conservation de ces monuments précieux et de les avoir si promptement mis en lumière, vous ajouterez celui de nous en donner une complète explication.
Avec mes remerciments et mes félicitations, veuillez agréer, je vous prie, Monsieur, l'assurance de mes sentiments les plus distingués et les plus dévoués.