‹ Les milliaires de RennesChapitre 34 sur 34 · Nos · texte numérisé non relu

Nos

Au n° 1030 du Corpus Inscriptionum latinarum cle Berlin (t. Ier, Inscriptions de Rome), nous trouvons la quatrième année du pseudo Antonin identifiée à la huitième de Septime, c'est-à-dire à Fan 200. La première est donc la cinquième cle Septime, soit 198 l. Quant aux années consulaires, les nos 1066-7 nous montrent la quatrième du jeune empereur (213) à cheval sur ses seizième et dix-septième années tribuniciennes, ce qui déjà résultait comme acceptable des observations faites plus haut. C'est donc à l'année 203 ou à la fin de 202 qu'il faut rapporter notre inscription, si le chiffre VI est exact, c'est-à-dire sans cassure, et à l'an 204 ou 205, si le monument entier portait VII ou VIII. Ici c'est bien cle Caracalla qu'il s'agit.

Les deux lignes suivantes constatent seulement que le prince est fils de Septime, encore vivant, puisqu'il n'est pas appelé divus, et en effet Septime n'est mort qu'en 211. Son année tribunicienne est indiquée, mais le chiffre a disparu : il devait être X, XI ou XII.

A la dernière ligne, on lit : VG (aYGusto ou aVGustis). Dans ce dernier cas2, on terminerait par un hommage simultané à Septime et à son fils; dans le premier, il ne s'agirait que cle celui-ci, et alors, si ce fils était Antonin, il faudrait lire à la fin de la première ligne : Caesari Ant(onino), avec Commodi disparu devant frATRE , puisqu'il serait étrange que le fils de Septime ne fût pas nommé clans ce

1. En considérant que l'année tribunicienne ne devait pas être commencée quand Didius Julianus succomba.

2. La lecture Augustis serait garantie par l'emploi du double G, si l'on ne tenait compte de l'interprétation qui va suivre.

texte; mais il n'en resterait pas moins une anomalie flagrante : Antonin considéré comme frère de Commode, qui était bel et bien son oncle légal.

Une explication au moins séduisante est celle-ci, que j'ai déjà indiquée : mettre au génitif le mot Antonin cle la première ligne et entendre Géta par le frère en question, ce qui nous autoriserait à lire Augusto Getae à la dernière ligne et à considérer le monument comme érigé en l'honneur du titre impérial donné à celui-ci par les soldats de l'armée d'Orient ou, sur leur demande, par son père. Les fastes consulaires nous apprennent que Géta était César au moins dès l'année 205. Il est vrai qu'il ne fut jamais Auguste; mais à une si lointaine distance les détails de l'événement peuvent très bien avoir été mal connus.

Remarquons, en effet, une circonstance importante pour l'interprétation de notre texte : il n'est pas signé. Donc, contrairement à l'usage universel, quant aux monuments publics, il n'est l'œuvre ni d'un fonctionnaire ni d'une cité; il ne l'est même pas d'une corporation agissant ostensiblement en son nom pour un acte de gratitude. C'est probablement l'œuvre d'un vicus, lequel ne pouvait avoir de correspondance régulière avec les représentants du pouvoir impérial. L'inaccoutumance des auteurs peut encore expliquer l'étourderie de l'année tribunicienne d' Antonin après le nom au datif. Qui sait même si le nom de Géta n'a pas été volontairement, quoique imparfaitement effacé, quand il fut devenu trop compromettant, après la mort de Septime; et si l'équivoque A\G(ustis) par le double G, ou AVG [usto) Getae n'est pas l'œuvre réfléchie de nos pru-

dents ancêtres, le texte, en ce cas, serait un monument épigraphique curieux par sa rareté et peutêtre absolument unique.

Voici clone la restitution que je propose, à vous, monsieur le Conservateur, et à M. Héron de Villefosse, réminent épigraphiste à qui vous avez commencé à communiquer nos monuments. J'insiste, en terminant, sur ce fait que, l'inscription n'étant pas proprement officielle et surtout se trouvant être l'œuvre de l'une des régions les plus lointaines et les moins romanisées de l'empire, des anomalies du style épigraphique sont ici beaucoup moins inadmissibles qu'ailleurs. On peut donc lire :

Caesari Antonini fratre{ï) Di vi Hadriani Abn(epoti) Severo Pio F(elici) Ar(abico) Adiabenico. Trib[uniciae) Potes{tatis) VI {ou VII ou VIII) S)eptimi Aug(ustï) fili o Trib(uniciae) Potestatis X (ou XI ou XII) Caesari Aug(usto) G(etae)

Félix ROBIOU.

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