‹ Les milliaires de RennesChapitre 33 sur 34 · Spartien, Vie de Sévère · texte numérisé non relu

Spartien, Vie de Sévère

Dans notre inscription, la filiation n'est pas complète : deux de ces noms au plus s'y trouvent, l'un écrit, celui d'Hadrien, l'autre effacé, peut-être celui de Commode, par la taille de la pierre d'abord cylindrique. Pourquoi le choix d'Hadrien seul dans la filiation ascendante directe ? Peut-être à cause du soin permanent qu'il prit des provinces, voyageant de l'une à l'autre pendant presque tout son principat, ce qui dut lui valoir, parmi les sujets de Rome1, une popularité exceptionnelle. N'oublions pas, en effet, que, pour eux, il importait peu, en général, que le chef de l'empire fût un Marc-Aurèle ou un Néron; les meilleures intentions du monde ne pouvaient que bien difficilement se faire sentir à de si longues distances, et la férocité des princes ne se faisait guère sentir non plus qu'aux familles et aux amis des sénateurs romains.

Cela dit, essayons la restitution du texte. La première ligne peut se lire soit CalSAR Aïg{usto), soit CalSARi Antonino, soit CAESARI Nostro (avec le sigle de IN, sans la tête de l'I). A la seconde, j'avais cru d'abord devoir lire Commodi fratre, pour fmtri, en langage ultra provincial, car n'oublions pas que l'inscription n'est signée ni d'un propréteur, ni de personne, pas même d'un corps municipal : elle doit être l'œuvre d'un simple vicus. Cependant, comme nous allons voir qu'il s'agit du fils (ou d'un fils) de Sévère et que c'est Sévère lui-même qui fut dit frère de Commode, on reste embarrassé. Ne faudrait-il pas lire :

1. Voy. dans Cohen, les médailles d'Hadrien, avec le revers ayant pour exergue : Adventus Aug. Galliae. Et de même pour diverses provinces d'Orient et d'Occident.

CaESARYonira, et /YATRE (pour fratrï),

car à la fin du signe F il y a un trait oblique qui fait penser à NT. L'inscription serait alors tracée en Thonneur cle Géta. Ce n'est pas probable, au premier aspect surtout, mais ce n'est pas impossible; elle pourrait être commémorative du titre de César décerné à ce jeune prince. Nous verrons si les chiffres le permettent; dans tous les cas, il s'agit d'un fils de Sévère : la plus rapide lecture de l'inscription suffit pour le reconnaître.

Vient ensuite DI | VI HADRzam. Le terme de parenté est perdu; mais comme Septime était dit Hadriani pronepos, la restitution des lettres effacées ne peut être que XBN(epoti), la dimension de la pierre ne permettant pas de croire que le mot fût écrit en entier. Viennent ensuite les mots :

SEVERO PIo F(elici) arab(ico) ADIABENf zco;

qui ne présentent aucune difficulté.

A la cinquième ligne est mentionnée la puissance tribunicienne du prince : trib(uniciae) POTEStetis VI ; mais le chiffre VI est incertain ; la cassure de la pierre permet de supposer VII, VIII, sinon même VIIII. Quand Caracalla a-t-il eu la puissance tribunicienne, et Géta l'a-t-il jamais eue?

Nous avons vu que M. Léon Renier a fait dater la première de 198. Ni Spartien, ni Dion-Cassius ne l'ont dit; mais le témoignage des monuments suffira. Pouvons -nous le conclure des documents moné-

taires? Une monnaie de Caracalla1 identifie sa dixseptième année tribunicienne à son quatrième consulat, sauf bien entendu le résultat possible de la distinction entre le début des années tribuniciennes et consulaires. Le quatrième consulat de cet empereur étant de Tannée 213, sa première année tribunicienne devrait remonter à 197 et non à 198; mais les témoignages de la numismatique varient. Si un certain nombre des monnaies énumérées plus loin par M. Cohen énoncent la concordance signalée2, il en est d'autres qui identifient à cette année consulaire la seizième et non la dix-septième année tribunicienne du pseudo Antonin3; il en est aussi qui énoncent directement l'identité de la dix-septième avec le troisième consulat (208) 4, et par conséquent de la première avec notre année 192, ce qui est tout à fait impossible, car Septime lui-même n'était pas encore empereur. Enfin, il en est trois5 qui nomment l'année tribunicienne dix-huitième comme correspondant au quatrième consulat, ce qui donnerait l'an 196 pour la première. La conclusion certaine est que les graveurs de province se trompaient quelquefois dans leurs calculs; cependant, ces erreurs peuvent avoir été moins fréquentes en réalité qu'en apparence, la dix-septième année tribunicienne étant commencée, dans tous les cas, avant que la quatrième consulaire fût terminée. Arrivons aux monuments épigraphiques.

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