EXPLOITATION DES MINES
Kong-Loon Kongsi, — Cette concession occupe une superficie de i6o orlongs ^ (86 hectares 112), qui se trouve comprise dans la partie la plus étroite de la vallée de Kamounting entre Gounong Idjo et Tchangkat Assam-Koumbang.
Caractères géologiques. — Les caractères géologiques de cetle exploitation ressemblent à ceux que Ton retrouve dans la plupart des mines de ce district et que nous avons décrits dans la notice géologique qui précède.
Les alluvions consistent d'abord en une mince couche de terre végétale sous laquelle repose une assise argileuse offrant des colorations diverses et comprenant de petits lits de sable ou de gravier; ce dépôt, à peu près stérile, s'appuie sur la couche à étain, formée de grains de quartz et de feldspath, assez fins dans la partie supérieure, mais augmentant de volume à mesure que l'on descend. Ces matières sont reliées entre elles par une argile légère, blanche, friable, qui renferme aussi l'étain à l'état de sable plus ou moins fin. Celte formation repose sur une argile blanche, plastique, dont la puissance est très variable et que viennent parfois traverser des filons de quartz blanc ou des grès.
La composition détaillée représentée dans une coupe transversale des travaux (fig. i, pi. IV) est la suivante :
Terre végétale , humus o",2o"
Argile jaune o 90
Sable avec grains de toarmaline o 10
Argile grise o 65
Gravier, quartz, feldspath, tourmaline.. o 2b
Argile rougeâtre, ferrugineuse. . o 5o
Sable o 1 5
Argile jaune o 76
Dépôt slannifere avec galets a 80
Kaolin (?)
Total 6 3o
* L'orlory est une mesure de superficie qui vaut 53 ares 82 cent.
Méthode d'exploitation, — Les procédés en usage dans cette mine et adoptés du reste par tous les Chinois de Pérak pour l'exploitation et le traitement des minerais comprennent les quatre phases suivantes, que nous allons successivement passer en revue :
1® Exploitation proprement dite;
2^ Epuisement des travaux;
3® Préparation mécanique;
la* Traitement métallurgique.
Exploitation proprement dite. — L'exploitation proprement dite se subdivise en quatre opérations , qui sont : le débroussaillement , Tenlèvement du stérile, Tabatage du minerai et son extraction.
Débroussaillement.^^ Cette première opération consiste à débarrasser le sol de l'épaisse couche de végétation qui le recouvre. Ce travail est rarement exécuté par les mineurs eux-mêmes, il est ordinairement confié aux bûcherons et aux charbonniers, qui peuvent ainsi tirer parti du produit des coupes pour la fabrication du charbon ou des bois de construction.
A cet effet, les exploitants font avec eux un contrat par lequel les bois abattus leur sont abandonnés à condition qu'ils livreront le sol absolument net de toute broussaille. Ce travail n'est pas toujours rémunérateur, surtout dans les localités où la jungle est faible et ne contient pas les essences propres à fournir la qualité de charbon nécessaire à la fonte des minerais; aussi les contrats comportent-ils souvent qu'un surplus en argent sera versé aux débroussailleurs.
Frais de débroussaillement. — Quoi qu'il en soit, les dépenses de cette opération peuvent être calculées de la façon suivante :
Jungle faible 3à4 dollars^ loiiong (29' SSM'hect.)
Jongle forte 5à6 (5i 10)
Forêt vierge 7 à 8 (69 70)
Le sol une fois dégagé est livré aux mineurs, qui conunencent l'exploitation.
^ Le dollar est T unité monétaire dans le Détroit et vaut à Singapore de 4 fr. 70 c. à 4 fr* 90 cent, suivant le cours ; mais , pour la facilité des calculs , nous prendrons le chiffre rond de 5 francs. Le dollar se fractionne en 100 cents. Le cent vaut 5 centimes.
DaDsla mine de Kong-Loon qae nous avons choisie comme type, les travaux consistent en une vaste excavation (pi. V) dont le front de taille, perpendiculaire à Taxe de la vallée, avait, au mois de janvier 1881, une longueur de 1 10 mètres, mais occupera bientôt toute la largeur de la concession, environ 800 mètres.
La profondeur moyenne des travaux est de 6"*,3o. Le plan et la coupe transversale (fig. 1 et 2 , pi. IV) montrent la façon dont l'exploitation est conduite.
Enlèvement du stérile. — La seconde opération consiste à dépouiller le dépôt stannifère de la couche de terrain stérile qui le recouvre.
Cette couche est attaquée par un seul gradin , qui prend toute la hauteur (3",5o) de l'assise, sur une inclinaison moyenne de 80 degrés, inclinaison qui n'est pas exagérée, étant donnée la nature très ai^leuse du terrain. Un talus aussi accentué rentre d'ailleurs dans le système d'exploitation des mineurs chinois, qui préfèrent, au lieu de tailler plusieurs petits gradins, ne mener qu'un seul front d'attaque presque vertical qu'ils sous-cavent à la base , laissant s'ébouler les terres supérieures. Celles-ci sont transportées et déversées sur le remblai qui est en face et qui s'avance ainsi parallèlement au front de taille au fur et à mesure que progresse l'exploitation. Entre le pied de ce remblai et la base de la couche à étain , un fossé collecteur est ménagé dans toute la largeur des travaux et communique avec une tranchée profonde , maintenue par des fascines, à l'extrémité de laquelle est installée la machine d'épuisement.
Ahatage du minerai, — Lorsqu'une certaine surface de dépôt métallifère a été ainsi mise à nu , celui-ci est attaqué et les matières sont transportées aux appareils de lavage disposés sur le bord de la face opposée de l'excavation.
Instruments de travail. — Les instruments de travail se réduisent à un seul et unique outil à long manche, appelé chankol (fig. 3), qui sert à la fois de pioche et de pelle et qui est très suffisant dans les terrains assez meubles des alluvions ; parfois cependant les Chinois se servent d'une pince ou d'un levier de fer pour dégager les galets et les gros blocs et les faire rouler au fond des travaux.
ExtrcLciion, — L'eitraclion se fait au moyen de petits paniers en rotang tressé, suspendus à un bâton plat appelé pikonlane, (fîg. 4, pi. IV) que les coolies portent sur Tépaule.
L'ascension des manœuvres se fait sur des échelles chinoises (fîg. 5], troncs d'arbres entaillés jetés comme de petits ponts audessus du fossé collecteur. Ces troncs, ordinairement des cocotiers, ont de i5 à 20 mètres de long et sont disposés en tous sens, de façon à permettre la distribution uniforme des déblais sur le talus d'en face.
Travail utile. — Ce système d'extraction est évidemment très imparfait et très coûteux. Chaque coolie ne porte par voyage que 8 kilogrammes de terre dans chaque panier, soit une chaîne totale de i6 kilogrammes qu'il élève à une hauteur maxim'a de 6°^,3o. La vitesse verticale est de 5 centimètres environ par seconde , et la journée de travail de 6 à 7 heures; le travail utile est donc de 0,80 kilogrammètre par seconde, soit un total journalier de 18720 kilogrammètres. Ce rendement est bien inférieur à celui que donne en Europe un manœuvre placé dans les mêmes conditions, et qui se chiffre ordinairement par 56ooo kilogrammètres.
On a tenté de substituer des brouettes aux paniers, mais cet essai n'a pu prévaloir contre la routine chinoise.
Chantiers. — Au moment de notre visite, trois chantiers, ayant 3o, 35 et 45 mètres de face, occupaient la longueur de l'excavation et comprenaient 1,200 coolies, divisés en trois hongsis ou compagnies.
Les deux compagnies des extrémités enlevaient le stérile , pendant que celle du milieu exploitait la couche métallifère et alimentait les appareils de lavage.
Nous reviendrons plus loin sur cette question du lavage des minerais. Nous étudierons auparavant l'organisation du travail et la façon dont se recrute la main-d'œuvre dans les mines de Pérak.