‹ Les mines d'or du TransvaalChapitre 11 sur 80 · GÉOGRAPHIE — HISTOIRE - FINANCES · texte numérisé non relu

GÉOGRAPHIE — HISTOIRE - FINANCES

Le pays. — Le climat. — Les productions. — Los moyens de communication.

Le pays. — Quand on aborde TAfrique australe par le Sud, par le cap de Bonne-Espérance et qu'on remonte droit au Nord, on traverse d'abord la colonie anglaise du Cap, puis l'état libre d'Orange (Orange vrij-staat), dont la capitale est Bloemfontein, et Ion arrive au Transvaal ; au delà s'étend, toujours vers le Nord, dans la direction des grands Lacs, le domaine de la British South- African Company, ou Chartered, que des capitaux, fournis en partie par la France, se sont efforcés de conquérir à l'Angleterre ; à l'Est, on a, sur la côte de l'Océan Indien, Natal, le Zoulouland, possessions anglaises et la colonie portugaise de Mozambique ; à l'Ouest, le désert de Kalahari. Tels sont les éléments, aujourd'hui disjoints, ou même hostiles, que le siècle prochain verra peut-ôtre, si l'on en croit les faiseurs d'hypothèses, réunis pour former les Etats-Unis d'Afrique.

Le Transvaal, ou République Sud-Africaine (Zuid-Afrika Republiek), a si fort attiré l'attention générale depuis quelques années qu'il n'est pas nécessaire, croyons-nous, comme il eût peut-être fallu le faire tout récemment encore, de le présenter au lecteur

TRAXSVAAL. 1

en indiquant les coordonnées exactes qui permettent de le retrouver sur une carte * ; les taches blanches et les très vagues contours, qui représentaient toutes ces régions sur nos atlas, ont été remplacés aujourd'hui par des tracés de chemins de fer et des noms* de grandes villes populeuses, aussi familiers maintenant à nos oreilles que ceux de Johannesburg ou de Pretoria.

C'est un grand pays, d'une superficie à peu près égale à celle de la Grande-Bretagne et de Tlrlande, compris entre deux fleuves puissants, le Limpopo ou Crocodile au Nord, le Vaal (affluent de rOrange) au Sud * et borné à l'Est par la chaîne des monts Lobombo, qui le séparent de la colonie portugaise et, en lui coupant l'accès de la mer, entravent son développement futur'. Tout à fait au Sud du pays, à Johannesburg, une crôte Est-Ouest, à laquelle on accède des deux côtés en pente douce par de longs plateaux, le Witwatcrsrand, le pays des mines d'or, sépare la contrée en deux bassins hydrographiques indépendants : Tun, par le Limpopo et rOlifant River, écoulant ses eaux vers TOcéan Indien ; l'autre, par le Vaal, les déversant dans l'Océan Atlantique. Au Sud-Est, les crêtes du Drakensberg isolent également du reste du Transvaal une contrée qui présente des caractères très distincts. Il existe donc, dans le Transvaal, trois régions bien séparées : au Sud- Ouest, au Nord-Ouest et à l'Est, que nous allons essayer de décrire successivement.

La région Sud-Ouest, bornée au Nord par le Witwatcrsrand, est celle que nous avons surtout parcourue ; car c'est là que so trouvent les grands districts aurifères de Johannesburg, Klerks-

* Le Transvaal est compris entre le 22« et le 28* de latitude sud, le 22* et le 30<^ de longitude à TEst de Paris. Sa superficie, intermédiaire entre celle de Tltalie et de la Grande-Bretagne, est de 308 200 kilomètres carrés. Nous n'avons pas besoin de dire que c'est un pays tout à fait indépendant, bien qu'il ait accepté de passer par l'intermédiaire de l'Angleterre pour conclure des traités avec les pays étrangers (article 4 du traité de 1884). C'est cette clause dont il demande aujourd'hui la modification.

« Voir la carte ci-jointe planche I. Au Sud, l'Etat libre d'Orange est également compris entre deux rivières, l'Orange au Sud et le Vaal (son affluent) au Nord, à partir duquel commence le Transvaal.

' Entre le Tongaland et le Zoulouland, la frontière du Transvaal se rapproche beaucoup de la côte, où se trouve, en ce point, une grande lagune de 100 kilomètres de long et 20 de large, la baie, assez mauvaise, de Santa-Lucia, que le Transvaal a jusqu'ici inutilement essayé d'obtenir. En revanche, le Swaziland lui appartient définitivement depuis le commencement de 1895. C'est quelques semaines après cette cession du Swaziland que les Anglais, en mai 1895, ont pris les territoires voisins du côté du Tongaland.

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BAUDRY A G *, Édjleurs. Par

i. rut ài Duniaiqui, Puis.

dorp et Heidelberg ; elle prolonge, d'une façon assez monotone, le haut plateau du Karoo *, que Ton a tout loisir d'observer pendant les 1 600 kilomètres de chemin de fer du Cap à Johannesburg, où on Taborde presque de suite pour n'en plus sortir, ou encore en allant vers Kimberley, le pays des diamants, dans le Griqualand West.

Le Karoo ', c'est ce grand plateau désert qui parut si effroyable, il y a vingt-cinq ans, aux premiers immigrants se précipitant vers les champs diamantifères à peine découverts, alors qu'on mourait de faim et de soif en route, dans ces premiers temps héroïques, déjà tellement lointains ce semble, où Ion se battait à coups de couteau sous les tentes de Kimberley et où Teau se vendait souvent presque au poids de l'or. Aujourd'hui qu'on le traverse rapidement en wagon-lit, l'aspect en est seulement sévère, un peu triste et, parfois,* à l'heure surtout du soleil couchant, quand les ombres s'allongent, quand le ciel et les lointains se nuancent, empreint d'une réelle grandeur. On ne saurait mieux le comparer qu'à certains déserts de Syrie ou de Palestine, vers Baalbeck ou la mer Morte, ou encore à ce grand plateau pierreux si étrange qui domine la ville du Caire et qu'on nomme le Mokattam.

Pendant des centaines de kilomètres, à travers la colonie du Cap, ce ne sont (au moins dans la saison d'hiver où nous l'avons parcouru), que champs de cailloux bruns, semés sur une terre rougeâtre ou sur une argile verte, avec de rares buissons épineux de place en place ', sans un arbre, sans un brin d'herbe, un plateau morne, sur lequel s'enlèvent seulement quelques silhouettes de collines aux formes géométriques, trapézoïdales, toutes limitées en haut par une ligne horizontale et, sur les côtés, par des droites à 45 degrés suivant la pente des talus d'éboulement. Pas un être vivant ; à voir toutes ces pierres éparses, on dirait que Deucalion s'est promené longtemps ici après le déluge en cherchant à y faire pousser des hommes; mais il n'a guère réussi.

' On prononce Karou ; de même Boërs, se prononce Bours.

' Karou, en hottentot, signifie, parait-il, aride.

Quelques-uns de ces buissons portent le nom pittoresque de wair-a-bit (attends un peu). Le nom général est Karoo bush. Ce maquis forme le bush ou boschjes : d'où les fameux bushmen, sur lesquels on a conté tant de légendes, tiraient leur nom.

De très loin en très loin seulement, on distingue une maison en tôle galvanisée, luisante au soleil, une sorte de grande boîte à sardines, comme sont la plupart des demeures de ce pays, flanquée d'une belle caisse en tôle pour recueillir la précieuse eau des pluies ou, plus simplement, une case de Cafre ronde, en chaume et bois, avec un enclos autour, dans lequel il n'y a rien. Quand le train s'arrête, c'est devant un écriteau qui porte : route de X... et le susdit endroit X... est invisible, à une grande distance au delà de l'horizon. Les seuls habitants du pays semblent être les termites, qui ont couvert la plaine d'innombrables mottes en terre brune très dure, percées de trous comme une ruche d'abeilles et souvent défoncées par le fourmilier, des monticules d'environ 60 à 80 centimètres de haut, qu'on voit se reproduire les uns derrière les autres à la file jusqu'à Tinfini. En ce désert, on a, comme en plein Sahara, d'étranges phénomènes de mîVages, très inattendus ici, car ils se produisent sans que la chaleur soit forte, sans que le soleil soit ardent. On se croirait dans une solitude absolument délaissée par Thomme et Ton est tout étonné d'apercevoir, sur ce sol ingrat, de longues clôtures séparant des cailloux bruns et des tas de termites d'autres cailloux et de tas de termites semblables, limites de propriétés qui prouvent queThomme civilisé a pris possession de cette terre et se Test partagée, ou encore de voir fuir, devant le train, des troupeaux d'autruches domestiques, qui se sauvent en battant des ailes.

Quand on entre dans l'Etat d'Orange, en traversant le large lit du Vaal à peu près à sec, l'aspect change, paraît-il, si l'on se trouve dans la saison d'été, où les pluies abondantes, dans toute cette Afrique du Sud, fécondent rapidement le sol ; alors on voit, dit-on, une grande savane verte piquée de fleurs multicolores avec des troupeaux de bœufs , de moutons ou de chevaux : entre juillet et novembre, c'est-à-dire à la fin de l'hiver et au printemps, saison à laquelle se rapportent toutes ces observations (que nous ne cherchons pas à corriger par ouï-dire pour les laisser plus personnelles), l'Etat libre nous est apparu sous la forme d'un grand plateau jaune, couvert d'une herbe morte, desséchée, où les incendies volontaires, rallumés chaque année avant l'été, mettaient de grandes taches noires, une plaine stérile où des

bètes amaigries semblaient fort en peine de trouver quelque chose à se mettre sous la dent.

Pourtant on traverse là une véritable ville, Bloemfontein, la capitale, une oasis de verdure avec des villas coquettes, plantée au milieu de la plaine brûlée sur un point où il y a un peu d'eau, comme certaines villes de la steppe russe ou de TUkraine, Koursk par exemple ou Novo Ukrainka qui lui ressemblent.

Le Sud du Transvaal participe de ces aspects de TEtat d'Orange : pays nu à la terre rougeâtre, avec des espaces jaunes qui sont de l'herbe morte, de grandes étendues noires, calcinées par le feu et, sur ces cendres, parfois un peu d'herbe verte aux tons faux, trop éclatants, qui commence à poindre. Le plateau, qui s'est élevé peu à peu jusqu'à i 300 mètres environ et qui atteindra bientôt 1 800 mètres au Witwatersrand, ne porte plus ces collines aux profils géométriques si caractéristiques du Karoo ; on n'y voit plus ces silhouettes pittoresques, qui, le soir, prenaient des teintes si merveilleuses d'azur, de rubis ou de topaze sous un ciel aux grandes flammèches de carmin ; il n'a plus que de molles ondulations d'une orographie assez confuse ; mais la nudité du sol reste la môme et, pour apercevoir un arbre, il faut chercher la ferme de quelque fermier boër, aux abords de laquelle se trouve généralement une mare ombragée de saules pleureurs, avec un bout de verger aux pêchers en fleurs.

Les environs de Johannesburg et toute la région des mines d'or sont dans ce genre, fort peu séduisants presque toujours pour un œil de peintre, si ce n*est peut-être vers l'Est de la ville, du côté de Doornfontein et de Geldenhuis, où de longues crêtes de quartzites abruptes, dominant une vallée plus verte que les autres, donnent quelques jolis coins de tableau. Mais, contrairement au résultat qu'elle amène en général, l'industrie aura eu au Transvaal cette conséquence très imprévue d'embellir le pays : pour les besoins des mines elle a, en efl*et, déterminé la plantation de véritables forêts, eucalyptus, pins, silvertrees, arbres divers d'Australie, etc., destinés à fournir plus tard des boisages aux galeries souterraines et ces arbres ont, dans ce sol qui, malgré sa nudité, est très loin d'être infertile, poussé avec une rapidité extraordinaire : des bois de sept à huit ans ont déjà la taille qu'ils n'atteindraient guère chez nous

qu'au bout d'une quinzaine d'années ; pour lexlraction de Tor également, on a, dans toutes les dépressions du sol, recueilli, au moyen de grandes levées de terre, les eaux surabondantes de la saison pluvieuse * et ces larges étangs, parfois ombragés de grands arbres, donnent aux abords des mines (en particulier du côté de Langlaagte) un aspect riant qui contraste avec Taridité environnante. Nous accusera-t-on d'une imagination par trop romanesque, si nous ajoutons que même les chevalements des puits de mines, les hautes cheminées de tôle noire adoptées pour toutes les installations de machines, les tas de résidus sableux, blancs, roses ou bruns ne sont pas, surtout d'un peu loin, dans la pénombre du crépuscule ou à contre-jour, quand on n'en a plus que l'impression d'ensemble en perdant de vue les détails, sans présenter quelque charme : parfois, en rentrant à Johannesburg le soir, à travers ce paysage au ton d'ocre rouge, rouge de la poussière ferrugineuse qui couvre tout , qui saupoudre les arbres, les toits et les maisons, rouge encore plus des rayons du couchant, nous avons eu, en apercevant la silhouette accidentée de la ville avec ces formes indistinctes de tours, de flèches, de coupoles, de minarets, l'illusion très brève que nous nous retrouvions dans un de ces pays de l'Orient classique dont, quand on les a abordés une fois, on garde toujours la nostalgie.

De môme que les bois plantés autour des mines, les villes, pour la plupart riantes et coquettes, avec leurs villas entourées de verdure et leurs jardins fleuris, donnent l'idée de ce que pourra devenir le pays quand, au seul travail des mines, aura, comme en Californie, succédé, en môme temps qu'une vie plus normale, l'industrie agricole.

Johannesburg^ d'abord, il y a dix ans pas môme un village, est aujourd'hui une grande cité de plus de 80 000 âmes, la plus importante de toute l'Afrique du Sud, croissant tellement vite qu'un dénombrement, datant seulement d'un an, ne donne déjà

> Les sources sont fort rares dans toute la zone Sud du Witwatersraud, bien que le nom de /bn/eiw, appliqué à la plupart des fermes, puisse induire en erreur ; ces fontaines ne sont, pour la plupart, que des retenues d'eau artificielles.

• Le nom de Johannesburg vient, parait-il, de Johannes Rissik, ingénieur hollandais qui en trara les plans; Pretoria de Prctorius, le premier président du Transvaal.

plus une idée de sa population réelle. La ville s'est bâtie au flanc de la crête du Witwatersrand, à environ 1 800 mètres d'altitude au-dessus de la ligne des mines d'or, dont quelques-unes apparaissent parfois vers le Sud à l'extrémité d'une rue. L'aspect en est d'une tranquillité, d'une bonhomie tout à fait inattendues pour qui arrive d'Europe, la mémoire pleine des histoires lues jadis sur les campements des mineurs en Californie ou en Australie : on dirait une ville de province anglaise, où rien, si ce n'est rarement la rencontre d'un nègre ou d'un chariot de boër traîné par seize bœufs, ne rappelle qu'on est au Sud de l'Afrique, une ville qu'on croirait habitée par des rentiers paisibles, où l'on ne voit ni mineurs, ni fumée de houille, ni poussière de charbon, ni rien de cet air affairé et sombre qui caractérise souvent les villes industrielles, et où l'on a même, beaucoup moins qu'à Paris, la sensatioti toujours présente du jeu effréné auquel ces actions des mines d'or donnent lieu, car on n'y voit ni cotes de la Bourse au coin de chaque rue, ni pancartes chez les changeurs portant : « Renseignements sur les mines d'or sud-africaines. » Seules, les conversations rappellent que chacun ici vit plus ou moins directement de ces mines et que toutes les pensées gravitent autour d'elles.

Dans le centre, sont les rues commerçantes, où les maisons en pierres ou en briques ont deux, trois étages, avec une circulation de tramways, des théâtres, des magasins brillamment éclairés le soir, un club élégant à la cuisine française très raffinée, etc. ; puis, quand on s'éloigne vers les faubourgs, qui déjà, comme à Londres, sont le quartier élégant, où l'on rentre le soir après les affaires finies, vers Doornfontein ou Hospital Hill, on trouve les cottages à un étage, avec véranda circulaire et jardin, les parcs plantés d'eucalyptus, les terrains de lawn-tennis et de foot-ball, qui représentent toujours la première préoccupation des Anglais arrivant dans un pays nouveau ; si l'on va, au contraire, vers la banlieue populaire, on voit les maisons encore bâties suivant le système primitif, avec une charpente de bois sur laquelle on a cloué, en guise de murs et de toits, des feuilles de tôle ondulée ; plus loin encore, s'entassent les taudis des nègres, faits d'une extraordinaire combinaison de vieux débris de ferraille,

de bois et de [pierre agencés tant bien que mal, si bas qu'on n y entre qu'en se courbant et toujours remplis d'une épaisse fumée.

Les autres petites villes du Sud du Transvaal ressemblent aux faubourgs verdoyants et coquets de Johannesburg, avec cette supériorité que, pouvant choisir leur emplacement sans se préoccuper d'être au centre d'une région minière déterminée, elles se sont bâties pour la plupart aux abords d une rivière permanente, qui y introduit un agrément tout particulier ^

Ainsi, quand on arrive à Potchefstroom, l'ancienne capitale (au Sud-Ouest du pays), après neuf mortelles heures de diligence à travers des solitudes arides, on éprouve une surprise analogue à celle que cause, en ces déserts de Syrie auxquels nous pensions tout à l'heure, à Damas ou à Baalbeck notamment, l'apparition brusque, au fond d'une vallée coupant le désert morne, d une longue traînée de verdure pleine de chansons d'eau courante et de gazouillements d'oiseaux, au-dessus de laquelle le calcaire stérile et dénudé dresse brusquement, sans transition, ses strates oranges. Cela semble si extraordinaire, après un certain temps de séjour à Johannesburg, de voir une jolie rivière claire, limpide, ombragée d'arbres (la Mooi) courant au milieu des prés que paissent des bestiaux gras et faisant tourner des moulins ! Les rues de Potchefstroom, droites et larges, sont bordées de maisons basses très espacées, sur le seuil desquelles apparaissent souvent des Indous basanés en robe blanche et turban, avec de grands jardins dans l'intervalle et les superbes masses vertes des saules pleureurs, implantés, dit-on, de Sainte-Hélène. Au delà de la ville, vers BufTelsdoorn et Klerksdorp, dans le sens de la vallée du Vaal, on traverse encore longtemps des bois de mimosas.

Heidelberg, au Sud-Est du Transvaal, est aussi fort joliment situé au flanc de hautes collines de quartzite très abruptes', dominant une vallée où coule, même dans la saison sèche, une

* Johannesburg est alimente par de grandes retenues d'eau Taites dans des vallées, en particulier dans celle de Geldenhuis ; l'eau, remontée par des machines vers un réservoir situe au sommet d'une colline, arrive dans les maisons sous pression et, en général, en abondance. Pourtant on nous a écrit que récemment, au mois de novembre, à la fin d'une saison d'hiver exceptionnellement sèche, elle avait commencé à faire sérieusement défaut.

* lleidelberg est à l 500 mètres d'altitude, au pied du Jeannette-Peak, qui atteint i 911 mètres.

petite rivière, le Beschbokspruit, un gros bourg également verdoyant, gai, aimable, avec de jolies villas à un étage, entourées d'arbres.

Quand on traverse la crête du Witwatersrand et qu'on commence à descendre vers Pretoria, puis vers le Buschfeld et la vallée du Limpopo, le caractère du pays ne change pas brusquement : ce sont toujours les mômes ondulations molles, assez monotones, de terrains sans grandes saillies et sans accidents prononcés; mais on sent bientôt qu'on a quitté le haut plateau, oîi souffle trop souvent en tempête le vent du Sud (qui est là-bas le vent froid) : on est abrité par la crête, et Ton est, en même temps, plus bas, de telle sorte que la chaleur augmente ; en outre, par suite de la nature géologique différente du terrain, les sources apparaissent et, avec elles, un peu de verdure, quelques champs cultivés, des arbres.

A Pretoria déjà, quoiqu'on soit encore à 1 360 mètres d'altitude, le climat est beaucoup plus chaud qu'à Johannesburg, la végétation plus abondante, mais aussi la salubrité moins grande : on sent qu'on se rapproche des tropiques et du pays des fièvres.

Pretoria, le siège du gouvernement transvaalien, est une ville d'une certaine importance*, avec de belles avenues d'arbres et de grandes maisons de plaisance entourées de parcs à la végétation exotique, qui font songer parfois à nos villes élégantes de la Méditerranée, sur la côte de la Corniche ; on y voit aussi quelques rues bordées de magasins et de grandes bâtisses officielles pour la Chambre des députés, la Banque nationale, la Poste, etc. C'est un des rares points du Transvaal, où l'on peut rencontrer des habitants du pays, des Boërs, qui soient autre chose que de simples fermiers : gros propriétaires enrichis, fils de paysans eux-mêmes et gardant pour la terre cet amour qui est dans le sang, à tel point que l'achat de fermes nouvelles continue à leur paraître le seul placement admissible de l'argent que leur a apporté sans peine l'industrie des mines d'or.

Plus au Nord encore, on continue à descendre vers la région

* Pretoria est à 1 356 mètres au pied des monts Magalies (ou du Rhinocéros noir). On parle de 6000 habitants blancs et de 6 000 noirs.

chaude et toujours verte du Buschfeld *, où les Boërs conduisent leurs troupeaux des régions les plus lointaines, dès que l'hiver arrive avec la sécheresse et où, quand le froid sévit trop violemment sur la région des mines, les noirs, qui ne peuvent supporter cette température rigoureuse, viennent parfois, en quittant brusquement leur travail, se réchauffer au soleil.

Au delà, on retrouve une hauteur de collines vers Nylstroom (1300 mètres) et le plateau de Waterberg; puis les pentes s'abaissent vers la vallée du Limpopo, qui se rattache déjà, par sa végétation et sa faune tropicales, aux caractères des pays situés plus à TEst, dans la colonie portugaise de Mozambique.

Nous avons dit déjà qu'à l'Est du Transvaal, la chaîne Nord- Sud du Drakensberg, le Murchison Range et, plus au Nord, le Zoutpanbserg, ou mont des Salines, constituaient une région très différente du reste du pays, dans laquelle le relief du sol s'accidente et prend des formes alpestres. Ce sont ces aspects que Ton voit en se rendant aux filons d'or de Barberton, Lydenburg et du Zoutpansberg, ou simplement en descendant par le chemin de fer de Johannesburg à Delagoa-Bay.

D'après les voyageurs qui ont fait ces trajets, le Drakensberg, avec ses sommets de plus de 2 000 mètres % ses vallées très escarpées et les brusques dépressions qui, sur son flanc Est, limitent avec lui le plateau du Karoo, dont il est la bordure extrême, présente de fort beaux paysages. Les dolomies et les diabases y sont parfois découpées par l'érosion d'une façon très imprévue et, suivant M. Schmeisser, on y aperçoit un curieux mélange de pics aigus avec les tables horizontales toujours caractéristiques des terrains du Karoo. Du côté de Pietersburg, on trouve, en outre, les dômes habituels des pays granitiques.

A l'Est du Drakensberg, et jusqu'à la chaîne également Nord- Sud du Lobombo, c'est le bas pays, avec l'enclave récemment incorporée du Swaziland, séparé de l'Océan Indien par une bande

' 1 200 métrés à Warmbath.

' 2660 luèlres au mont Maiich (ainsi nommé du nom de Texplorateur qui décou vrit les gisements d'or de la régi(»n), et 2 220 au Spilzkopf près de Lydenburg, 2 300 au Walkersmountain et, plus au Sud, vers Natal, 3 400 mètres au mont aux Sources, 3 480 au Mont Ilamillon, 2 940 au Giants Cnstle.

étroite qui comprend les terrains portugais de Lourenço Marquez, le Tongaland et le Zoulouland.

Le climat. Les pluies. Là question de Feau. — Les saisons, au Transvaal, sont Tinverse de ce qu'elles sont en Europe, c'està-dire qu'on a Fhiver en juin, juillet, août ; Tété dure de décembre à mars. La saison d'hiver est ici la saison sèche : d'avril à novembre, pendant sept à huit mois, il ne tombe généralement pas une goutte d'eau dans le Witwatersrahd : ce qui force les paysans à emmener leurs bestiaux vers le Buschfeld, où l'hiver est moins rude et ce qui finit parfois aussi par faire arrêter, faute d'eau, le travail des pilons ; puis viennent la chaleur et les pluies, d'abord annoncées sur les côtes, au Cap ou à Nalal, et, peu à peu, à partir de là, escaladant, avec les alizés de l'Océan Indien, le haut plateau. Ces pluies tombent alors avec une telle abondance qu'elles produisent une chasse d'air qui s'étend au loin et souvent, quand il pleut ainsi à distance, on ressent, le temps restant superbe, un courant d'air extrêmement violent *, suivi d'un abaissement de température considérable.

Ces véritables trombes ont même parfois emporté les retenues d'eau, qui s'étaient crevassées pendant la sécheresse de l'été : en sorte qu'on est obligé de donner à celles-ci des dimensions très fortes. Il peut également arriver qu'elles noient les parties superficielles de quelques mines.

La question des pluies joue, par suite, au Transvaal un double rôle, également important au point de vue des mines : d'une part, quand les pluies tombent, il peut y avoir lieu de se garer contre l'invasion de l'eau dans les mines et, après leur infiltration dans le sol, d'examiner le régime hydrographique souterrain qui en résulte ; de l'autre, dans les saisons sèches, il est indispensable d'avoir des réserves d'eau accumulées pour que le travail des batteries de pilons ne soit pas interrompu. Nous aurons à examiner plus tard ces deux questions : on nous permettra donc d'entrer, dès à présent, dans quelques détails sur le régime des pluies.

* Les vents violents, qui amènent les tempêtes autour du Cap» sont ceux du S.-E. ; ceux du S.-C, qui viennent directement du pôle antarctique, sont froids, mais généralement accompagnés de beau temps.

La quantité d'eau tombée à Johannesburg dans ces dernières années a été la suivante :

jusqu'au i*' décembre.

0»,50 0™,67 1^,06 0»,71 Jeomlïcu. 0"»92 0»,57

D'une façon générale, le Witwaiersrand, par suite de sa situation sur la crête de partage entre TOcéan Indien et TOcéan Atlantique, est assez bien situé pour recevoir des pluies relativement abondantes. Dans les régions voisines, la chute d'eau annuelle est : à Pretoria, de 0™,60 ; à Kimberley, de 0™,40 ; à Bloemfontein, de 0'",58 ; au Cap, de 0",68.

Pendant la saison sèche, qui dure de mai à octobre, la quantité d'eau tombée a été seulement la suivante :

Comme on le voit d'après ces deux tableaux, c'est dans Télé, de novembre à mai, que tombent presque toutes les pluies et, comme le pays n'a ni sources ni eaux courantes, c'est uniquement en emmagasinant dans des étangs, réservoirs ou citernes les pluies de Tété, qu'on peut subvenir aux besoins de la saison sèche. Au printemps, de juillet à octobre, les vents chauds activent l'évaporation de ces retenues d'eau et le mois d'octobre constitue alors une période critique, pendant laquelle, si le retour des pluies se fait trop attendre, on peut arriver à manquer d'eau, comme cela s'est produit cette année môme.

11 ne faut pas oublier, en ellVît, qu'en dehors de la consommation de la ville de Johannesburg, il existe actuellement, au voisinage, près de 2800 pilons en marche constante. Or 100 pilons, broyant 360 tonnes par jour, exigent environ 3 600 mètres cubes d'eau par jour, dont à peu près un quart, soit 900 mètres cubes, se trouve, en fin de compte, perdu ; en sorte que les 2800 pilons consomment, par vingt-quatre heures, 23200 mètres cubes d'eau. Six mois de sécheresse continue, soit 160 jours de broyage effectif, exigent, par suite, une accumulation préalable de 4 millions de mètres cubes. Si, comme on le pense, le nombre des pilons est

à peu près double d'ici trois ans et atteint 8 000 dans cînq ou six, il sera bientôt nécessaire d'augmenter dans de fortes proportions les retenues actuelles afin que la disette d'eau ne se fasse pas sentir avec acuité et ne se joigne pas aux difficultés prévues dans le recrutement de la main-d'œuvre pour entraver le développement industriel espéré.

Nous' revenons maintenant aux particularités du climat dans le Transvaal : dans la région^ élevée du Witwatersrand, l'hiver est assez froid et, surtout après le coucher du soleil qui se produit brusquement presque sans crépuscule, on sent une chute de la température extrêmement marquée, descendant souvent au-dessous de zéro. Pendant les deux mois de notre séjour (août et septembre) nous avons eu un beau temps constant, mais assez froid, surtout par les jours de grand vent, qui étaient le seul désagrément de ce perpétuel printemps : quelque chose d'analogue à ce que peut être le mois de mars à Cannes ou à Nice. La moyenne de la température est, dans cette saison d'hiver, de 12 à 15"*. En été, la chaleur est parfois forte au soleil ; mais l'altitude élevée de Johannesburg la rend, paraît-il, très supportable ; au contraire, plus au Nord ou vers l'Est (à Leydsdorp d'après M. Sawyer, à Barberton d'après M. Schmeisser), elle dépasse souvent 42 et 43".

Le haut plateau est, comme le Karoo qu'il prolonge, une des régions les plus saines du globe, très analogue comme climat à la France, particulièrement propice, dit-on, aux poitrinaires et amenant seulement, par suite de la faible pression de l'air à 1700 mètres d'altitude, une certaine fatigue, analogue à celle qu'on observe à la longue dans nos montagnes et qui se traduit parfois par de l'anémie.

Quelques points bas de la région des mines, vers Bocksburgou Modderfontein notamment, étaient seuls, jadis, par suite de la stagnation des eaux dans des dépressions sans écoulement, légèrement fiévreux ; les travaux des mines, en produisant un véritable drainage des eaux souterraines, les ont rapidement assainis.

On ne peut faire le môme éloge des régions basses comme le Buschfeld, la zone aurifère du Murchison Range et celle de de Kaap, où le retour des pluies et du vent d'Est amènent des fièvres, qui sont souvent assez violentes, bien que n'ayant pas l'intensité de

celles qu'on observe à Mozambique ou, de l'autre côté de la mer, dans la zone basse de Madagascar.

Vers le Nord-Est, un autre fléau, qui ne s attaque pas aux hommes mais à toutes leurs bètes de somme, la mouche tsétsé, apparaît lorsqu'on approche du pays des grandes chasses au lion et à l'éléphant : à partir de là, le cavalier est obligé de mettre pied à terre et d'abandonner sa monture, ou tout au moins de ne voyager que la nuit. ,

Productions. — L'Afrique australe est, jusqu'ici, un pays fort peu productif, qui ne vit guère que d'importations. Seuls, la bordure Est de la colonie du Cap et Natal font un peu exception avec leurs vignes*, leiirs plantations de sucre et de coton; mais, partout ailleurs, un champ cultivé est une véritable rareté ; tout au plus, aux abords des kraals cafres, aperçoit-on quelques pièces de maïs ou, près des fermes boërs, un peu de blé, des légumes*. Les paysans ne font que de Félevage et se contentent de surveiller de loin leurs troupeaux ; la seule exportation sérieuse de la colonie du Cap (en dehors de l'or, des diamants et des plumes d'autruche, qui sont très insuffisants pour remplir les navires), est formée de laines et de peaux de bètes.

Le sol est pourtant très loin d'être infécond et la façon dont les récoltes y poussent chaque fois qu'on se donne la peine de le cultiver, est, au contraire, très encourageante pour l'avenir'; le labourage à la vapeur semblerait tout indiqué sur ces grandes plaines; mais ceux qui pourraient être tentés d'y créer une industrie agricole se heurtent encore à une difficulté capitale : pour obtenir l'engrais nécessaire à la fumure du sol, il faut des bestiaux à l'élable ; pour les nourrir, il faut une installation, des soins, de l'herbe dans la saison sèche, etc., et ces dépenses ne peuvent

* Les vins du Cap, qui ont eu autrefois une certaine réputation, ne semblent guère la mériter d'après les échantillons qu'on a l'occasion d'en boire dans le pays.

' On produit au Transvaal une certaine quantité de tabac de qualité inférieure ; dans le bas-pays de l'Est, on cultive, comme à Natal, un peu de coton, de café, de sucre.

' Les arbres, dont on a fait de grandes plantations aux abords des villes et sur les mines (dans ce dernier cas, pour fournir des boisages aux galeries) pcrnssenl avec une rapidité tout à fait extraordinaire. Les principaux s(mt les eucalyptus, le» silver trees (Leucodendrum argenteum) ainsi nommés à cause de leur feuillage argenté, les pins, les saules pleureurs, etc. Comme dangers à prévoir, on mentionne,, outre les incendies, les invasions fréquentes des sauterelles.

ôtre rémunératrices que si Ton est suffisamment à proximité d'une ville pour y écouler les produits, le lait, le beurre, puis la viande à un bon prix ; les centres populeux sont encore trop insuffisants, les débouchés trop restreints.

Quant à la faune, elle n'a rien de bien intéressant : l'habitude de brûler chaque été les herbes, pour fertiliser le sol par leurs cendres, a fait fuir le gibier de toute la région du Witwatersrand; il faut aller en quelques coins privilégiés, vers le Buschfeld, du côté de Kimberley, etc., pour trouver les Antilopes de toute csp(>ce qui, au moment de l'arrivée des Boërs dans le pays, il y a un demisiècle, pullulaient, dit-on, en quantités extraordinaires. Les seuls animaux un peu spéciaux à la région que Ton rencontre sont des oiseaux, de grands Secrétaires, protégés par la forte amende que Ton doit payer si on les blesse, des Korans, des multitudes d'oiseaux gris de la taille d'une perdrix et surtout des vautours, qu'on voit s'envoler lourdement par troupes quand on les trouble dans le dépeçage des botes mortes, chevaux ou bœufs, abandonnés, suivant un usage très primitif, en pleine campagne, en pleine route.

Moyens d'accès au Transvaal. Voies de communication dans le pays. — L'accès au Transvaal n'est actuellement encore pratique pour les voyageurs que par la voie du Cap. De Londres au Cap les paquebots anglais mettent dix-sept à dix-huit jours ; du Cap à Johannesburg, le trajet en chemin de fer dure deux jours et demi, soit en tout vingt et un jours. Quand on veut arriver au Transvaal par l'Est, par le canal de Suez, le voyage, beaucoup plus court sur la carte et, en outre, beaucoup plus agréable et plus intéressant, dure près du double de temps : il faut prendre, soit un des .bateaux français de la ligne de Madagascar et la Réunion, soit un des bateaux allemands de la ligne de Zanzibar et, par une correspondance compliquée, atteindre Delagoa Bay ou Port Natal (Durban) ' , d'où l'on monte également en chemin de fer à Johannesburg. Il est bien regrettable qu'une compagnie de navigation française n'ait pas compris plus tôt l'intérêt considérable qu'il y aurait, et pour elle-même et pour notre industrie nationale, à

' 11 existe maintenant une ligne directe, mais assez longue, de Hambourg à Delagoa, l*Ost Africa-Liuie.

desservir plus directement Delagoa Bay, port si voisin de notre grande colonie de Madagascar et naturellement destiné, malgré quelques difficultés passagères, à supplanter absolument le Cap comme voie d'accès au Transvaal et en Afrique australe*. Tant que nos marchandises et nos machines n'arriveront pas au Transvaal par cette voie, en évitant d'emprunter les services anglais, la mauvaise volonté de nos concurrents d'outre-Manche qui se traduit par des retards à l'embarquement et des complications de toute sorte, sera un obstacle à notre pénétration sur ce marché appelé à devenir un jour si important.

Actuellement les voies d'accès au Transvaal sont au nombre de quatre, dont les simples chiffres suivants permettent de juger la valeur comparative :

Delagoa Bay. — Pretoria. — Johannesburg. . 631 kilomètres. Port-Natal (Durban). — Johannesburg. . , . 702 —

Port-Elisabeth*. — Johannesburg 1140

Le Cap. — Johannesburg . 1620 —

Le rapprochement de ces nombres montre aussitôt combien le port du Cap, déjà passablement diminué comme importance commerciale depuis l'ouverture de la voie de Suez vers les Indes et l'exlrùme-Orient, se trouvera bientôt incapable de lutter comme accès de l'Afrique australe'. La rivalité ne peut s'exercer qu'entre

* Nous croyons savoir que la Compagnie des Chargeurs Rt^unis étudie, en ce moment, un prolongement de sa ligue de l'Afrique Occidentale vers Delagoa Bay et Madagascar, de manière ù mettre nos colonies du Sénégal, du Congo, etc., en relation directe avec Madagascar, à laquelle elles sont appelées à fournir des noirs. Le service entre Madagascar et Delagoa Bay permettra peut-ôtre à notre grande colonie, destinée selon toute apparence à devenir un pays de culture important, d'expédier ses produits au Transvaal : par exemple, les bœufs qui valent au plus 30 ou 40 francs à Madagascar. Le trajet par la côte Ouest d'Afrique, qui demande seulement cinq jours de plus que par la côte Est, permet aux navires d'éviter les frais de transit fort coûteux du canal de Suez. On pourra, d'ailleurs, exécuter le trajet sans toucher aux ports anglais, qui (malgré tous les traités de commerce et quoique nous ayons le tort de ne pas leur rendre la réciproque) s'arrangent, en faisant intervenir des C(mipagnies concessionnaires de ports, etc., pour percevoir sur les navires français des droits infiniment plus considérables que sur les navires nationaux.

2 On sait que Port-Elisabeth est le port le plus animé de l'Afrique australe et la ville anglaise par excellence dans la colonie du Cap,

* Malgré les travaux constants faits pour garder au port du Cap sa sécurité, toute cette côte n'en reste pas moins, jusqu'à Port-Elisabeth et Natal, exposée aux tempêtes violentes qui firent appeler d'abord le caj) de Bonne-Espérance, cap des Tourmentes. Le port du Cap, si l'on s'en rapporte aux statistiques, a gagné, depuis vingt ans, comme nombre de bateaux ; mais cet accroissement est hors de proportion avec ce qu'il aurait été sans l'ouverture du canal de Suez.

Port-Natal et Dclagoa Bay et Ton peut prévoir que les Anglais feront tout au monde pour obtenir le triomphe de Port-Natal. Le port de Delagoa, beaucoup plus sûr, largement ouvert, profond, et mieux situé, a deux inconvénients : le climat assez malsain et l'organisation portugaise quelque peu défectueuse, dont les intéressés s'attachent, comme de juste, à faire ressortir les défauts*. Dans ces derniers temps, les importations énormes faites au Transvaal ont amené, sur cette ligne de Delagoa, ouverte seulement en juillet 189S, un encombrement et une pénurie de wagons regrettables, que les concurrents ont naturellement signalés dans la presse avec grand fracas. Mais il suffit d'avoir un peu voyagé sur les lignes anglaises pour savoir à quel point est surfaite la réputation d'ordre et d'organisation pratique que le parti pris, trop habituel aux Français, de dénigrer les choses de leur pays leur a laissé attribuer chez nous et l'on peut espérer que, dans un avenir prochain, le port de Delagoa, comme la ligne de chemin de fer y aboutissant, seront améliorés, ainsi que chacun en reconnaît la nécessité*.

Dans tous les cas, la concurrence entre ces diverses lignes ne peut qu'être favorable à l'industrie aurifère du Transvaal en amenant des réductions de tarif qui abaisseront les prix de tous les objets importés.

* Fidèle au procédé séculaire qu'elle a toujours appliqué vis-à-vis des peuples faibles et incapables de lui résister, l'Angleterre a essayé, à deux reprises, de dérober au Portugal, soit la baie de Delagoa, soit Tile Inoak ou Uuhaca, qui en ferme l'accès ; une décision d'arbitrage, rendue en 1875 par le maréchal de Mac- Mahon, président de la République Française, a pu, cette fois du moins, faire justice de ces prétentions iniques ; mais un retour offensif — qui, pour notre grande colonie de Madagascar si voisine de là, comme pour le développement de notre Influence au Transvaal, serait désastreux — reste toujours à prévoir.

La baie de Delagoa, découverte en 1506 par les Portugais, est restée constamment en leur possession ; mais, en 1822, un Anglais, le capitaine Owen, ayant obtenu d'eux rautorisation d'y faire des travaux hydrographiques, en profita pour passer des traités avec les roitelets nègres de Tembo et de Mapouto : traités, sur lesquels l'Angleterre, s'appuya trente-neuf ans après, en 1861, pour annexer, sans déclaration préalable, l'île d'Unhaca dans le sud de la baie. Le Portugal ayant protesté, l'affaire a'eùt pas de suite; mais on y revint en 1871, à l'occasion du traité du Portugal avec le Transvaal et c'est alors que la question fut soumise à l'arbitrage du maréchal de Mac-Mahon.

Le port de Delagoa est déjà desservi par une ligne de Hambourg, l'Ost Africn Linie, sur laquelle le fret pour l'Afrique du Sud n'est que de 32 fr. 50 jpar tonne au lieu de 57 par les lignes anglaises.

■ Entre autres détails, nous avons pu constater par nous-mêmes, sur la ligne du Cap à Johannesburg, qu'il arrivait, sans que personne s'en étonnât, d'égarer, pen. dant plusieurs jours, tout le fourgon des bagages d'un train de voyageurs.

i8 LES MINES D'OR DU TRANSVAÂL

A rintérieur du Transvaal, les chemins de fer appartiennent tous à la Société néerlandaise, ou Nederlandsche Zuidafrikaansche Spoorweg-Maatschappij (formée de capitalistes hollandais et allemands, mais rétrocédant, en réalité, la majeure partie de ses bénéfices à FEtat'). Cette compagnie abuse de ce monopole pour imposer, notamment au transport des houilles, des tarifs exorbitants et des conditions de payement draconiennes et c'est ainsi que la houille, vendue à Bocksburg, sur le carreau de la' mine 8 fr. 25 à 13 fr. 75 la tonne, revient à 22 fr. 50 aux environs de Johannesburg ; le prix du transport kilométrique sur la ligne qui suit les mines d'or de Bocksburg à Kûgersdorp est, an minimum, de 0 fr.20 par tonne kilométrique : soit 3 à 4 fois plus cher que sur nos chemins de fer français, dont les tarifs sont cependant déjà tout particulièrement élevés, alors que l'exploitation y est moins coûteuse qu'en France. Il n*cst pas étonnant, dès lors, que cette seule ligne du Rand rapporte, à elle seule, de quoi payer les intérêts de tout le capital engagé dans le réseau transvaalien; mais il faut avouer que les Anglais, toujours disposés à profiter des fautes du gouvernement boër pour mener campagne contre lui, avaient trouvé, dans l'exagération évidente de ces tarifs, un terrain particulièrement favorable.

Cette même compagnie néerlandaise exploite la ligne depuis la frontière de l'Etat d'Orange à Vereeniging jusqu'à Pretoria, celle de Pretoria à la frontière portugaise vers Delagoa Bay, avec embranchement sur Barberton, celle de Johannesburg vers Natal (dont il reste un tronçon à terminer) et celle qui suit toute la longueur des mines d'or de Krugersdorp à Bocksburg et Springs. C'est cette dernière qui lui procure ses plus grands bénéfices*.

On projette aujourd'hui de continuer la ligne de Krugersdorp

* Après prélèvement des fonds nécessaires au service des intérêts, à la constitution d'un fonds de réserve et d'une caisse de retraites, etc., le gouvernement touche 85 p. 100 des bénéfices et la compagnie 15 p. 100. Cette Société a été constituée en juin 1887.

> En 1895, les recettes totales de la compagnie néerlandaise ont atteint 18557000 florins contre 9889956 en 1894. Un groupe franco-belge a obtenu la concession d'une ligne partant de Komatipoort (sur la ligne de Delagoa) et allant à Leydsdorp (à 350 kilomètres de distance), de manière à ouvrir Taccès des champs d*or du Zoutpansberg ; à la fin de 1894, la ligne arrivait déjà au delà de la rivière Sabia, à 100 kilomètres de Komatipoort. Le pays quVlle traverse est à peu près désert.

yers Potchefstroom le long des champs aurifères de l'Ouest et celle de Pretoria vers Nylslroom dans la direction du Nord. Quant à Taccès des territoires de la Chartered, Tintention actuelle de la Société (que Ton commence, croyons-nous, à réaliser) est de faire la ligne du Sud au Nord, sans quitter le haut plateau, en prolongeant la ligne actuelle de Kimberley à Mafeking vers Palapye et Bulùwayo *.

L'établissement des chemins de fer au Transvaal n'a pas été sans offrir d'assez grandes difficultés et, en 1890, le pays ne présentait pas encore un seul kilomètre de voie ferrée. Le gouvernement transvaalien était, comme nous le dirons, très loin d'être riche avant le développement récent des mines d or ; il ne pouvait subventionner la ligne qui formait le débouché naturel du pays vers Delagoa Bay, dans TEst, et la très naturelle frayeur de tomber sous la sujétion anglaise lui faisait repousser les offres de relier Johannesburg naissant au réseau des chemins de fer du Cap ou de Natal. C'est seulement quand la construction de la ligne de Delagoa (Lourenço Marquez) a été assurée* que le gouvernement boër a autorisé la jonction avec la ligne de Natal.

En dehors des chemins de fer, les moyens de circulation sont assez défectueux au Transvaal ; il s'est produit là ce qui arrive •dans tous les pays neufs, où l'on n'a jamais le temps de construire des routes ; nous ne croyons pas que, dans toute la contrée (sauf aux abords immédiats de Johannesburg), on puisse constater l'existence du moindre travail de ce genre ; néanmoins la nature du terrain généralement résistant et son relief peu accidenté font que Ton se passe de chaussées avec une facilité qui parait tout

* On prolonge, d'autre part, la ligne de Beira à Chimoio sur Umtali vers Fort SalUbury.

' Cette ligne de Delagoa fut concédée une première fois, en 1871, & ^fM. Moodie et Levert, qui ne purent réunir les capitaux nécessaires. En 1875, le président Burgers vint lui-môme en Europe contracter un emprunt à ce propos : mais, sur sept millions et demi, il ne put en trouver que deux. Sur le territoire portugais, cette même ligne fut concédée en décembre 1883 à un major du génie, M. Machado, dont le colonel américain Mac-Murdo devint Tentrepreneur. Celui-ci n'ayant pu remplir les conditions de son contrat, notamment en ce qui concernait le dernier tronçon voisin de la frontière transvaal ienne, le gouvernement portugais, en juin 1^9 s'empara de la ligne, où il eut de grosses dépenses à faire pour la réfection : actuellement la veuve de cet Américain, soutenue par le gouvernement des États- Unis, plaide contre le Portugal et la question est soumise à un arbitrage à Berne. La ligne a uni par être inaugurée le 8 juillet 1895.

d'abord extraordinaire à un Européen ; peu à peu, par la circulation même, des pistes se sont établies, sur lesquelles les voitures à deux roues, toujours attelées de deux chevaux, circulent au grand trot, même la nuit, fortement cahotées, mais sans trop d'accidents ; quand la piste est devenue par trop mauvaise, comme on n'est nulle part gêné par la culture, on passe à côté ; mais personne ne songerait à mettre seulement quelques cailloux dans une ornière ; quant aux passages des rivières, ils se font à gué.

Sur un assez grand nombre de ces pistes, des services de diligences sont organisés*, diligences de provenance américaine, semblables à des carrosses Louis XIV, peintes en rouge avec arabesques jaunes, que traînent huit ou dix chevaux ou mulets et que supportent, en guise de ressorts, des courroies en cuir, combinées comme une suspension à la Cardan de manière à réduire au minimum l'effet des inévitables secousses. Leurs conducteurs arrivent à'connaître tellement les moindres accidents du chemin que, dans l'obscurité complète, ils se dirigent en zigzaguant sans encombre au milieu des blocs de pierre et des ravinements. Dans ces longs trajets, qui se transforment rapidement en un vrai supplice, on, a d'heure en heure, le repos d'un très bref relai et parfois une halte devant une auberge bâtie en pleine solitude, où Ton trouve une table d'hôte prête, servie par des Indous ou des Hottentotes.

En outre de ces diligences, qui portent chacune neuf ou douze voyageurs avec peu de bagages, les transports se font généralement, dans tout le Transvaal, par de grands wagons à bœufs qui sont une des curiosités du pays, des sortes d'énormes fourgons, chariots ou maisons roulantes, souvent presque deux fois longues comme nos voitures de saltimbanques, que traînent d'un pas lent dix-huit ou vingt bœufs aux longues cornes, attelés deux par deux. Il n'y a pas plus de deux ans, quand le chemin de fer n'était pas encore ouvert jusqu'à Johannesburg, c'était encore dans cette installation pittoresque qu'arrivaient, avec leur famille et leurs bagages, les immigrants, ingénieurs, commerçants, financiers, venus pour s'établir dans le pays.

* Voir la liste dans Schmeisser, loc. cit.^ p. 19.

Les ruines monumentales de Zimbabyé. — Le développement des mines d'or.

Le Transvaal n'a pas une histoire bien ancienne, comme c'est le cas, du reste, de l'Afrique australe tout entière, où les blancs ont pénétré tard et n'ont progressé que très lentement *.

Après que Bartholomeo Diaz eut, en 1486, doublé pour la première fois le Cap des Tempêtes et que Vasco de Gama eut poursuivi, au delà, sa route jusqu'aux Indes, il se passa deux siècles avant que les Européens vinssent s'établir dans le pays. En 1652 seulement, la compagnie hollandaise des Indes Orientales fit quelques établissements au pied de la Montagne de la Table, sur l'emplacement actuel de Capetown (la ville du Cap) afin de faciliter les approvisionnements de ses navires allant aux Indes. Cette petite colonie hollandaise s'accrut peu rapidement ; en 1685, elle ne comprenait encore que six cents personnes, quand la révocation de l'Edit de Nantes y amena un certain nombre de protestants français, gens énergiques pour la plupart et d'une haute valeur morale puisqu'ils avaient su sacrifier leur patrie et leur fortune, tous les biens de la vie présente, à ce qu'ils considéraient comme

^ Les Anglais ne se sont jamais sentis absolument chez eux dans la colonie du Cap, où ils étaient en présence d'un nombre supérieur de boërs (d'origine hollandaise ou française), et de noirs et se sont, par suite, détournés de cette colonie pour aller de préférence en Amérique, en Australie, aux Indes, etc. D'où vient le peu de résultats qu'ils y ont obtenus, en somme, au bout d'un siècle de séjour sous un climat aussi propice.

réternel devoir. Ces Français, qui arrivaient avec leurs familles, se multiplièrent vile et c'est d'eux autant que des Hollandais que descendent aujourd'hui les habitants du pays, les Boërs, comme en témoignent tant de noms français : Joubert, de Villiers, du Marais, du Plessis, du Toit, de Pradines, Malherbe, la Cornillère, Marais, Théron, Labuschagne, Petiot, du Clercq, Faure, etc., et parfois même des types de Languedociens ou de Gascons, si étonnamment perpétués, que nous avons cru, dans plus d une occasion, au premier aspect de certains boërs, avoir affaire à des compatriotes.

Les Boërs d'origine française, contrairement à ce qui s'est passé pour les Canadiens, ont très vite perdu l'usage de leur langue, qui leur fut interdite par l'ordre de la Compagnie hollandaise : un siècle après leur débarquement, il n'en restait plus un parlant le français, et la seule trace de l'ancienne patrie qu'on rencontre encore parfois chez. eux, c'est quelque vieille bible dans laquelle ils ne savent plus lire. Il faut bien ajouter, d'ailleurs, que la France est demeurée pour eux, avant tout, le pays de TAntéchrist qui les a chassés et, s'ils n'étaient poussés vers nous comme vers les Allemands par la crainte des Anglais, ils répondraient volontiers ce que disait un jour le président Krûger à quelqu'un lui demandant pourquoi il n'aimait pas les Français : « Vous oubliez Louis XIV ! » Cependant — nous avons pu l'observer plus d'une fois, non sans quelque satisfaction chauvine — c'est avec une véritable fierté que plus d'un vous dira : « Moi aussi, je descends des Français. »

Pendant le xvin*. siècle, la colonie du Cap s'étendit peu à peu, malgré les défenses de la Compagnie hollandaise, qui voulait garder tous ses sujets dans sa dépendance immédiate. Les Boërs avaient, dès lors, cet esprit d'indépendance et cet orgueil intime, qui, peu à peu, les ont amenés à étendre leurs migrations, leurs trekken vers le Nord, à mesure que l'insupportable réseau de conventions et de lois, caractéristique des sociétés organisées, se tt'essait autour d'eux, cherchant à les emprisonner. C'est ainsi que, dès 1786, ils étaient arrivés au Grear-Fish-River, au contact des bandes aguerries des Hottentots.

Vers celte époque, en 1780, les Anglais firent une première

tentative pour s'emparer du Cap, qui leur était indispensable comme porte de la route des Indes et y envoyèrent une flotte ; mais la flotte française de Sufi*ren les battit au Cap Vert et 2 000 Français arrivèrent au Cap seconder leurs alliés hollandais. Malheureusement, seize ans après, en 1796, tandis que la France avait d'autres soucis, l'Angleterre prit possession du pays qui, dès lors, sauf une interruption de trois ans, causée par la paix d'Amiens, n'a pas cessé de lui appartenir ^

Il en résulte que, depuis cette époque, il existe, dans l'Afrique australe, deux peuples en présence, les Boërs ou Afrikanders et les Anglais, sans parler des noirs refoulés peu à peu vers l'intérieur. Pour soumettre les Boërs, le gouvernement anglais leur interdit, en 1825, l'usage de leur langue et leur imposa une série de mesures vexatoires, qui, en 1834, amenèrent un départ en masse, un trek vers l'Etat d'Orange, suivi d'une guerre contre lesCafres, dont les Boërs, ainsi chassés de leur pays, envahissaient à leur tour le domaine. En 1837, un nouveau pas fut franchi, en plein Transvaal celte fois et la ville de Potchefstroom fondée, après une lutte terrible contre les noirs commandés par Matalébé.

Depuis cette époque, le peuplement du pays s'est fait peu à peu et, chaque jour, les Boërs, qui croissent et se multiplient suivant la promesse du Dieu biblique auquel ils sont restés fidèles, avancent un peu plus vers le Nord. Parfois, si la région où ils arrivent est bonne seulement pour nourrir des bestiaux, l'Angleterre a la bonté de les y laisser paisiblement s'établir; mais, dès qu'on y rencontre quelque substance précieuse, comme cela s'est produit pour le diamant en Griqualand, puis pour l'or au Transvaal, il se découvre toujours que la Grande-Bretagne avait sur ces terrains quelque vieux privilège de longue date, de part ce droit antique et primant tous les autres qu'on nomme le droit du plus fort. L'histoire de cette lutte entre Boërs et Anglais a passé par un certain nombre de phases qu'il peut être intéressant de rappeler.

En 1815 d'abord, dans la colonie du Cap, première révolte des

1 C'est à la suite de Talliance conclue le 16 mai 1795 entre la France et la Hollande que TAngletcrre déclara la guerre à celle-ci, battit sa .flotte le 15 août 1796 devant le Cap et prit possession du pays.

gl LES MINES D'OR DU TR ANS VA AL

Boërs, aussitôt cruellement réprimée; puis, en 1827, interdiction de Tusage du Hollandais dans les tribunaux, vexations diverses et, en 1834, l'exode vers le Nord, suivi, en 1848, par la prise de possession de TEtat d'Orange au nom du gouvernement britannique, malgré la résistance des Boërs ; c'est à ce moment que Prétorius, leur chef, vaincu à Boomplaats et ayant vu sa tête mise à prix, s'enfuit au Transvaal, dont il devint le premier président.

Cependant les Anglais s'étaient aperçus que leur nouvelle conquête coûtait fort cher, exigeait des guerres difficiles contre les indigènes et ne rapportait rien ; généreusement, ils l'abandonnèrent : après avoir, en 1852, reconnu l'indépendance du Transvaal, ils reconnurent, en 1834, celle de l'Etat d'Orange.

Sur ces entrefaites, par une chance malheureuse pour les Boërs, on découvrit, en 1870, dans le Griqualand, les merveilleuses mines de diamants de Kimbcrley; avec cet admirable cynisme qui, joint à leur audace persévérante et à leur esprit commercial, a fait leur force dans l'histoire, les Anglais imaginèrent aussitôt que ce pays du diamant devait appartenir sans conteste à un certain Waterboer, chef des Griqua, évidemment désireux d'être soumis à la suzeraineté britannique et, pour rétablir à Kimbcrley l'ordre qui n'avait jamais été troublé, ils y envoyèrent quelques policemen, qui amenèrent le drapeau du Free State et hissèrent à sa place le drapeau anglais; les mines de diamants de Jagersfontein et de CofFeefontein n'étant pas encore connues à cette époque, on ne jugea pas nécessaire d'invoquer des titres sur cette portion du pays. Cette fois, la spoliation était si forte, si manifeste, que l'Angleterre elle-même reconnut un peu plus tard avoir pris injustement ce pays; il est vrai qu'elle ne le rendit pas pour cela; mais, en 1877, elle paya comme indemnité à l'Etat d'Orange 2.250.000 francs'.

En cette année 1877, les Anglais avaient, au reste, d'autres soucis : on venait de découvrir des gisements d'or sur le territoire du Transvaal, vers Lydenburg et de Kaap, et il en résultait, comme de juste, que ce pays devait faire partie du domaine britannique : un commissaire, suivi d'une trentaine d'hommes armés, arriva

* Le capital nominal de la seule Société diamantifère de Beers est de 98 750 000 francs et représente, au cours de la Bourse, plus de 500 millions.

un beau jour à Pretoria (capitale du Transvaal) et proclama rannexion de tout le territoire à la Grande-Bretagne, sous prétexte de le défendre contre les Zoulous. Les Boërs, qui avaient à ce moment bien du mal à se défendre contre les noirs, ne se sentaient pas de force à lutter également contre les blancs : ils se contentèrent d'envoyer à Londres, pour protester, deux députés, Paul Kruger et Joubert, auxquels on répondit qu'il n'y avait rien à changera un fait accompli. En 1879, lord Wolseloy, vainqueur du fameux Cetliwayo, chef des Zoulous, dans cette campagne célèbre qui vit mourir le dernier des Napoléon * , confirma cette réponse peu courtoise ; et les Boërs, encouragés d'abord dans leurs espérances par les paroles de M. Gladstone, chef de l'opposition, ayant constaté que l'arrivée de celui-ci au pouvoir avait complètement transformé sa manière de voir à leur sujet, reconnurent enfin que leur bon droit n'avait de recours qu'en la révolte : un triumvirat, formé de Paul Kruger, Prétorius et Joubert, fut mis à la tête de la République sud-africaine ; tous les hommes valides s'armèrent et marchèrent sus aux Anglais. Ceux-ci furent battus toutes les fois qu'ils combattirent, à Bronkers Spruit, à Laings Neck , à Ingogo River, enfin à Amajuba Hill oii tomba, le 27 février 1881, le commandant en chef des troupes anglaises, Sir Georges Colley, gouverneur de Natal, avec la plupart de ses troupes, dont le reste fut fait prisonnier.

Tous ces . glorieux petits combats, que les vaincus ont sans doute oubliés, mais dont les Boërs se souviennent et [qu'ils vous racontent avec un enthousiasme toujours vivant si vous passez sur un des champs de bataille, étaient assurément peu de chose en réalité; et l'Angleterre, si elle l'eût voulu à cette époque, fût venue aisément à bout de ces quelques milliers de volontaires combattant sans discipline pour leur indépendance ; mais l'orgueil anglais, si insolent pour les peuples faibles et sans défense, a cela de particulier que, quand on lui résiste, en général il cède. Les Boërs de la colonie du Cap et de Natal exerçaient d'ailleurs ouvertement une pression sur le gouvernement en faveur

1 \*' juin 1879, près de la rivière Imbanano, non loin du fleuve llyotosi. (-'est de cette campagne que datent, parait-il, les titres de capitaines^ dont se parent volontiers, comme les • généraux » américains, de braves gens d*apparence très paci-> fique, ayant à ce moment servi dans Tarmée comme volontaires.

de leurs frères du Transvaal; enfin, il faut bien l'ajouter aussi, on n'avait pas encore à ce moment découvert les principaux gisements d'or de de Kaap, ni aucun de ceux du Witwatersrand et l'on était bien loin de soupçonner les richesses que renfermait le Transvaal ; M. Gladstone revint à ses premiers sentiments de leader de l'opposition et, après avoir envoyé à Port-Natal une armée de 12 000 hommes pour conquérir le pays, il télégraphia à cette armée de capituler* : par le traité de Pretoria du 3 août 1881 (confirmé et légèrement modifié en 1884), la République Sud- Africaine fut reconnue une fois de plus, à la seule condition de passer par l'Angleterre pour ses traités avec l'étranger, moyennant le payement de 9 550 000 francs portant 3 1/2 p. 100 d'intérêt annuel, somme représentant la note des déboursés faits par le gouvernement anglais pour essayer d'enlever aux Boërs leur indépendance.

Depuis celte époque, le seul événement politique de quelque importance qui se soit produit dans l'Afrique du Sud, jusqu'à la tentative de coup de main de ces jours derniers, est la campagne de 1895, par laquelle la South African Compagny (Chartercd), qui n'avait pas encore eu l'occasion de prouver sa vaillance contre les Boërs, a, sous la direction de M. Rhodes, montré comment des hommes pratiques devaient s'y prendre avec des nègres, dont le tcrritoirje leur convenait. On sait que, le Mashonaland une fois occupé-, il parut bon de pousser plus au Nord vers le Matabeleland, où Ton venait de découvrir des filons d'or ; sur quoi, l'on déclara brusquement la guerre au roi du pays Lobengula en engageant pour la campagne à forfait des mercenaires, qu'on lança dans le pays noir, bien armés de canons Maxim, bien équipés, vôtus d'habits couleur de terre, pour passer inaperçus

* On connaît cette dépêche fameuse : - wc hâve made a mistake ; wake peacc • nous avons fait une erreur, faites la paix.

• Voir la carte ci-jointe planche II, page 33. La British South African Compagny a été créée, le 31 octobre 1889, avec Tappuidu duc de Fife, gendre du prince de Galles; elle a pénétré en septembre 1890 dans le Manica, au mépris des droits séculaires du Portugal : droits bien évidents ; car toutes les anciennes cartes du pays, faites d'après des documents portugais, en mentionnent les villes et les filons d'or avec exactitude, tandis que les Anglais, deux siècles après, se sont imaginés les découvrir; en outre, par des traités de 1881, solennellement confirmés à Lisbonne en 1885, les pays d'inhambara, de Sofala et de Manica s'étaient reconnus vassaux du Portugal Les choses ont été régularisées entre le Portugal et l'Angleterre par un traité du 28 mai 1891.

et sans plus s'occuper ni de ce qu'ils faisaient aux Cafres, ni de ce qu'ils devenaient eux-mêmes. Qu'importait, en effet, qu'on achevât les blessés, qu'on volât aux nègres l'or envoyé en signe de soumission, qu'on assassinât le roi prisonnier, qu'on dépouillât les indigènes de leurs terres ; et, d'autre part, si les mercenaires mouraient, étant donné le milieu social où on les avait recrutés, ce n'était pas une grande perte : leurs familles, à coup sûr, ne s'en plaindraient pas; eux-mêmes ainsi ne viendraient pas réclamer les terres, qu'on leur avait promises après la victoire, comme Rome faisait pour ses soldats : ce qui serait pour la Société toute économie. L'essentiel était qu'on entrât en possession d'un territoire énorme et c'est ce qui fut fait : après quoi, la Société victorieuse, n'ayant plus d'ennemis en Afrique, se borna, pendant quelques mois, à subjuguer des actionnaires sur le continent européen.

Pendant ce temps, le Transvaal vivait paisiblement sous la présidence patriarcale du président Krtiger ; mais on ne se serait pas douté, au moment où l'on en chassait les Anglais en 188i, que, dix ans plus tard, le pays dût être dans la prospérité où nous le voyons aujourd'hui : à cette époque, la pauvreté était générale, on ne payait plus les fonctionnaires, on ne touchait plus les impôts, quand la découverte des gisements d'or de Sheba en 1884, puis de ceux du Witwatersrand en 1886, vint complètement modifier cet état de choses et, peut-être aussi, par contre-coup , changer l'avenir politique du pays. C'est ce côté de l'histoire du Transvaal, à savoir les phases successives du développement de l'industrie aurifère en Afrique australe, qu'il nous reste à raconter. Mais auparavant il nous parait nécessaire d'ajouter quelques mots sur les graves événements qui se passent au moment même où l'on imprime cet ouvrage.

De longue date, il était évident, pour tous ceux qui avaient seulement traversé le Transvaal, que l'Angleterre cherchait, sous une forme où sous une autre, à s'emparer de ce pays, où ses nationaux s'étaient infiltrés peu à peu, et le gouvernement boër, sentant mieux que tout autre combien il était menacé — ne pouvant plus d'ailleurs, puisque la Chartered lui avait barré le chemin vers le nord, émigrer une fois de plus devant l'envahissement de

son pays — avait tout fait pour s'appuyer sur la seule nation européenne qui parût à ce moment disposé à le soutenir effectivement, à savoir sur TAllemagne, à laquelle il avait, en conséquence, accordé de grands avantages industriels.

Une agitation, qui commença par s'appuyer sur de légitimes revendications économiques, et à laquelle des personnes bien intentionnées purent se mêler au début en croyant servir uniquement les intérêts de l'industrie minière, éclata dans Johannesburg à la fin de l'année 1893, au moment où la baisse générale des Bourses européennes devait contribuer à y mettre les gens d'assez méchante humeur et, brusquement, vers la fin de décembre 1895 et le début de janvier, on apprit en Europe que les grands projets, bien connus de tous les intéressés dans l'Afrique du Sud et môme à Londres, éclataient au plein jour. Le parti agressif, conduit par M. Cecyl Rhodes et hypocritement soutenu en dessous par l'opinion anglaise, se démasquait soudain : la révolution était prête à éclater à Johannesburg, où les uitlanders s'agitaient et s'armaient ; à l'étranger, la presse se chargeait de travailler les esprits contre le gouvernement boër; enfin les soldats de la Charte red, conduits par un certain docteur Jameson et imprudemment appelés par quelques personnalités aventureuses, envahissaient, avec fusils et canons, sans déclarer la guerre, en vrais pirates, le territoire du Transvaal, en même temps qu'ils distribuaient criminellement des armes aux noirs du Zoutpansberg ; on comptait bien que les Boërs n'auraient pas le temps de réunir les 800 hommes d'artillerie qui constituent toute leur armée permanente, et que Ton entrerait sans coup férir à Johannesburg, où l'on hisserait le drapeau britannique, comme jadis à Kimberley ou à Pretoria. Ce qu'il est advenu de cette équipée, on le sait : un second Amajuba Hill, où les Anglais, piteusement battus par les Boërs à Krugcrsdorp, durent se rendre; puis un soulèvement de l'opinion publique en Europe, et la dépêche désormais historique, par laquelle l'empereur Guillaume, imitant l'exemple que venait de lui donner le président Cleveland aux Etats-Unis, signifiait très vertement à l'Angleterre que les nations civilisées en avaient décidément assez de ces façons d'agir.

Actuellement, les événements se précipitent si vite que le

métier de prophète nous paraît dangereux, les prophéties pouvant être contredites par les faits à si courte échéance. Il semble bien que tout dépende de l'attitude que prendront les Boërs après leur victoire. S'ils en abusent, ils risquent de réunir contre eux tous les étrangers, français, allemands, américains, etc., actuellement irrités contre TAngleterre, et alors, ils ne seraient évidemment plus les plus forts. S'ils ont, comme tout porte à le croire, la sagesse de faire quelques concessions, ils grouperont, au contraire, facilement avec eux tous les étrangers non anglais, qui ne tiennent nullement à subir, au lieu d'un gouvernement presque nominal, contre lequel on crie, mais dont on obtient en somme ce qui est juste, la lourde pression du pouvoir britannique. L'Allemagne a déjà pris nettement parti en faveur du Transvaal ; il est à souhaiter que la France fasse de même,' non seulement parce que le bon droit est trop manifestement de ce côté, mais aussi parce que notre intérêt y est visiblement engagé; et, en échange de cet appui, il sera peut-être possible d'obtenir pour nos nationaux, pour notre industrie, de sérieux avantages : car le gouvernement boër doit évidemment désirer voir augmenter au Transvaal le nombre et l'importance des Européens autres que les Anglais, de manière à s'appuyer sur eux pour maintenir son indépendance contre un retour offensif de l'Angleterre. En tout cas, il semble bien que le coup de main anglais soit manqué maintenant pour longtemps. L'hypothèse qui reste à prévoir, c'est plutôt l'établissement d'une république indépendante et libre, ouverte à toutes les nationalités, et englobant l'Etat d'Orange, Natal, etc., dans le genre de ce qu'étaient au début les Etats-Unis d'Amérique.

Revenons maintenant à l'histoire de l'industrie aurifère.

L'existence de l'or dans le Sud de l'Afrique est très anciennement connue; depuis longtemps, on savait que les indigènes de ce pays en offraient en échange de toutes sortes de marchandises, et de vieilles relations portugaises mentionnent, dès le xvi" siècle, les importations d'or du Zambèze et du Monomotapa, royaume qui apparaissait comme quelque peu fabuleux voici vingt ans, mais qui n'est, en réalité, comme le montrent toutes -les vieilles cartes, que le Transvaal avec le Mashonaland. On peut

même aller plus loin et, si Ton en croit des voyageurs, auxquels on ne peut tout au moins refuser le don d*une riche imagination, TÂUemand Cari Mauch, l'Anglais Théodore Bent, etc., c'est dans un passé singulièrement reculé qu'il faudrait aller chercher les origines de cette industrie. Chacun a entendu parler récemment des ruines extraordinaires du grand et du petit Zimbabyé ou de Matindela, dans le Mashonaland, du côté de Manika ; or, pour quelques personnes, ces ruines, qui correspondent d'une façon très probable à des exploitations d'or anciennes situées dans le voisinage, ne seraient rien autre que des constructions phéniciennes et les restes de l'antique Ophir, où les flottes du roi Salomon etd'Hiram, roi de Tyr, se rendaient tous les trois ans !

La thèse, disons-Je d'abord, n'est pas si absolument invraisem-

blable qu'elle le paraît à première vue ; car il est certain que les anciens ont connu l'Afrique beaucoup mieux que nous ne le supposions il y a quelques années : ne trouvc-t-on pas, sur toutes les cartes antérieures au xv^ siècle, Tindication à peu près exacte de ces grands lacs, qui furent plus tard effacés comme une fantaisie de cartographe et n'ont été redécouverts que dans les tout derniers temps >. Mais, si piquant qu'il puisse ôiro et si séduisant qu'il doive sembler aux actionnaires actueh de la Chartered d'être propriétaires des mines du grand roi Salomon, le fait demanderait, tout au moins, à être un peu mieux étudié et, devant les singulières fantaisies que contiennent les récits de Cari Mauch et de Bent, nous croyons qu'il est prudent de réserver encore son opinion '.

* Voir, en particulier, l'admirable volume, où M. Nordenskiôld a récemment reproduit en fac-similé toutes ces cartes anciennes. Voir aussi Tatlas de 165t) que nous citons plus loin (p. 32). Jusqu'au xv* siècle, l'Europe a tiré la plus grande partie de son or de TAfrique. Voir, à ce propos : Marcus, sur le commerce que les anciens faisaient de Tor avec le Soudan {Journal asiatique, II, sér. 3, 1829); Suess. Die Zukunft des Golds^ p. 308-318 ; Sœtbeer, Edel metall Produklion (Petermanns Mittheilungcn, 1878, p. 42), etc.

* Cari Mauch, auquel on doit la redécouverte de ces ruines en 1871, n*hésitait pas à reconnaître, dans la forteresse de Zimbabyé, la reproduction exacte du temple élevé à Jérusalem par Salomon sur le mont Moria (p. 51) et les constructions situées en face étaient pour lui la copie de la demeure de la reine de Saba durant son séjour à Jérusalem. Des cérémonies, auxquelles il n'a pas assisté, ont une ressemblance manifeste avec le culte mosaïque (p. 50). Cn arbre poussé dans les ruines était, pour lui, Tarbre algumin employé dans les constructions de Salomon. N'était-il pas évident, d'ailleurs, que le nom de la rivière de Sabia, qui passe là, était, en réalité, Saba. C'est le même homme qui, découvrant de ce côté un affleurement de quartz aurifère, déclare qu'il est demeuré pétrifié d'admiration et, pendant quelques minutes, incapable de manier le marteau. Un autre auteur anglais ne craint pas, lui, de-

N'ayant ni la capacité ni le temps nécessaire pour aller nous faire sur place une idée personnelle, nous avons du moins cherché à en parler avec ceux qui avaient visité eux-mêmes le pays où se trouvent ces monuments étrangers et nous avons entendu soutenir les thèses les plus contradictoires : les uns, dont M. Cecyl Rhodes (qui, en sa qualité de directeur de la Chartered, a, il est vrai, quelques raisons pour ôtre enthousiaste) nous affirmant que le travail était incontestablement phénicien; les autres, probablement un peu trop sceptiques par contre, nous disant qu'il s'agissait là, sans conteste, d'une simple construction faite vers le xvi° siècle par des nègres, sous la direction de quelque Portugais venu du Mozambique. De tout ce que nous avons lu et entendu sur cette si intéressante question, voici, en résumé, ce qui nous semble résulter * :

11 est un fait certain c'est que, dès 1498, Vasco de Gama, après avoir doublé le cap de Bonne-Espérance, vint aborder à l'embouchure du Zambèzc et que les Portugais pénétrèrent aussitôt dans ce pays, dont ils s'occupèrent activement pendant un siècle et demi, jusqu'au moment où leur attention fut détournée vers le Brésil; c'est à eux que revient certainement l'honneur d'avoir découvert toute cette région, y compris le Mashonaland, dont l'Angleterre a trouvé bon de s'emparer malgré leurs droits historiques et leurs protestations, qui avaient le grand tort de ne pas

donner le chiffre de l'or exporté du Mashonaland par Salomon : vingt-deux milliards cinq cents millions exactement. Quant à Théodore Bent et à son compagnon de voyage, M. W. Swan, • le savant géomètre-astronome, • ils ont des raffinements de symbolisme, qui sont parfois bien amusants. S'ils aperçoivent un rudiment de sculpture indéchiffrable, ils n'hésitent pas à y reconnaître le signe du Verseau et à en conclure par de beaux calculs que la construction a été faite alors que le soleil se trouvait dans ce signe du zodiaque au solstice d'été, soit 2 000 ans avant notre ère. Des blocs de granits sur la plate-forme représentent des gnomons. Les diamètres des deux tours ayant à peu près 12",70 et 4 mètres, il leur parait certain qu'on les a construites ainsi pour former une illustration pittoresque du nombre «, rapport de la circonférence au diamètre ; des morceaux de poterie, faites au tour et sans aucun dessin, d'ailleurs mélangés avec des débris de vases chinois et persans dont on ne tient pas compte parce qu'ils sont trop évidemment récents, - sont dignes par leur travail de la bonne période de l'art classique de la Grèce. » Un fragment d'inscription illisible sur le bord d'un vase (en marne ?) ne peut manquer d'être écrit en proto-arabe, etc.

' Voir notamment Cari Mauch (Petermanns Mittheilungen, 1874, appendice, p. 49 4 52).

Théodore Bent, The ruined ciliés of Mashonaland. London. 1893.

Th. Hallez, Les ruines monumenlales de V Afrique auslrale (Revue des Deux-Mondes du i«' octobre 189i).

s'appuyer sur un nombre suffisant de cuirassés. Dès la première moitié du xvi*' siècle, un de leurs auteurs, Joao de Barros i mentionne, paraît-il, sous le nom de Zimbaoé — qui correspond assez bien à Zimbabyé et qu'on a rappcoché également du nom d'Agyzimba donné par Ptolémée à TAfrique australe — des constructions bien probablement assimilables d'après sa description à celles du Grand- Zimbabyé. Les Maures, qui lui en ont parlé, leur attribuent, dit-il, une grande ancienneté et pensent qu'elles avaient pour but de protéger des mines d'or voisines. Il ajoute, d'ailleurs, que ce nom de Zimbaoé est appliqué par les indigènes à toutes les résidences royales et, par suite, à tous les édifices importants.

Même mention de ces ruines est faite dans un grand et bel atlas publié en 1656, en français, à Amsterdam, chez Joannes Jansonius sous le titre de Nouvel Atlas ou Théâtre du Monde, Sur une carte d'Afrique où, comme sur tous les documents anciens, les grands lacs et les fleuves de l'Afrique australe sont déjà figurés d'une façon bien curieusement exacte, on voit, au nord du Limpopo, les noms suivants : Zimbaos; puis, au nord, Buro Aurifodina et, plus loin encore, au nord-est, Manica^ tibi est aiiri fodma. Le texte annexé dit : « Le roi du Butua, pays riche en mines d'or, est sujet du Monomotapa (Transvaal) : on y voit une magnifique maison nommée Zimbal, de figure carrée, de prodigieuse grandeur et qui est bâtie de fort grandes pierres. »

Ces documents ont une incontestable importance historique ; car il semble bien en résulter que les Portugais ont trouvé ces monuments déjà debout et ont été, comme nous pouvons l'être, surpris de leur aspect singulier. Dès lors, il s'agirait bien réellement d'un ouvrage ancien et l'on comprend qu'on ait été frappé d'une certaine ressemblance qu'ils présentent avec les nouraghes de la Sardaigne, des Baléares, de Pantellaria, ou les trudhu de la province de Bari en Italie, c'est-à-dire avec des édifices attribués aux Phéniciens*.

Ophir étant, d'après la Bible, au delà de la mer Rouge, ce qui

• Joao de Barros. Azia Portugueze.^ 1'* décade, liv. VllI, chap. v (cité par M. Ilallez dans la Revue des Deux-Mondes du !•' octobre 1894, p. 667).

* Voir Perrot, VArt dans VAntiquxté (Sardaigne et Asie Mineure).

L. De Launay. Histoire de Vlndustrie minière en Sardaigne {Annales des Mines mai 1892).

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