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chiffr rlaJ dcep.
Ce tableau montre la proportion des actions gardées par la Rand Mines dans ses filiales. Cette proportion, que nous retrouverons à peu près la même pour l'autre grande compagnie à filiales FEast Rand, est, en gros, des deux tiers, exactement 63 p. 100 au 31 janvier 1894.
En tenant compte de cette proportion, appréciant d'autre part la valeur de chacune des filiales et déduisant du résultat le quart des bénéfices réservé aux promoteurs, on peut tenter d'arriver à une évaluation approximative des actions de la Rand Mines. C'est un calcul que nous nous abstiendrons, on le comprendra, de faire ici ; car il nécessite une hypothèse préliminaire, un peu trop périlleuse à formuler, sur la teneur probable des minerais dans cette énorme étendue de terrains où les travaux de mines, bien que poussés avec une grande activité, sont encore forcément très restreints, puisqu'ils ont dû Ctre précédés du fonçage de puits verticaux à grande profondeur, destinés à atteindre la couche aurifère vers 2 ou 300 mètres. Sur le nombre des filiales, une seule a commencé ses broyages au mois d'octobre, la Geldenhuis deep ; trois autres, la Rose decp, la Nourse decp et la Crown deep, les commenceront probablement vers la fin de cette année ; puis la Jumpers deep et la Langlaagte deep à la fin de 1897; les suivantes en 1898, 1899, etc.
Nous ajouterons seulement, pour terminer, un tableau représentant les variations des cours de l'action de la Rand Mines depuis la constitution de la société. Les actions, nous le rappelons, ont été, au début, théoriquement de 23 francs :
!«' janvier 1*' février 1*' avril 1" août 1*' octobre 1" décembre
150 fr. 150 fr. 225 fr. 21o fr. 306 fr. 440 fr.
l«'janv. 1*' févr. 1" mars 1" avril 1" mai i" juillet 1" sept. 1" novem. 31 déc.
530 fr. 510 fr. 600 fr. 700 fr. BiO fr. 818 fr. 865 fr. 860 fr. 531 fr.
Nous passons maintenant à la compagnie de ÏEast Rand Pro^ prieiary. Cette compagnie a été constituée, en avril 1893, pour
acquérir l'actif de Y Anglo-French Exploration. Ses propriétés sont situées, à TEst de la grande zone centrale du Witwatersrand, entre cette zone et celle de Van-Ryn et Modderfontein, dont elles sont séparées par une lacune correspondante aux terrains d'Apex et de Benoni ; vers TOuest, les concessions limitrophes sont celles de Balmoral, Ginsberg et Witwatersrand. Le territoire de TEast Rand, déjà considérable au début, s'est encore accru d'achats successifs ; mais, par contre, la société mère a, comme celle des Rand Mines et à peu près dans les mômes conditions, formé des filiales ou reconstitué des sociétés déjà existantes, dans lesquelles elle avait acquis une part prépondérante, de manière à les agglomérer d'abord et à lea découper ensuite en une série de blocs de dimension à peu près uniforme. Il en résulte que, sans avoir fait des opérations aussi compliquées que la Rand Mines, parce que son territoire est plus compact, dans une région plus neuve et aussi notablement plus petit, l'Hast Rand est, de mCme, à la fois trust et société minière : en sorte que son actif change incessamment de nature et que l'évaluation précise en est assez délicate.
Comme nous le verrons, d'ailleurs, dans la partie géologique de cet ouvrage, les terrains de l'EastRand présentent, avec ceux des. Rand Mines, cette différence qu'ils sont sur l'affleurement au lieu d'être en deep level et le fait qu'une propriété aussi grande a pu se constituer aussi récemment, en plein Witwatersrand, sur des couches encore vierges, s'explique uniquement par celte circonstance que les couches aurifères y sont partout masquées à la surface par d'épais limons, au lieu d'être bien visibles comme autour de Johannesburg, de manière qu'il a fallu, pour les découvrir, entreprendre au début, avec une persévérance que le bon résultat de tant de mines voisines pouvait seule encourager, des travaux de recherche assez coûteux.
Sous sa forme actuelle et par suite de l'acquisition toute récente de l'East Rand Central, qui a motivé l'augmentation du capital de 630 000 à 750 000 livres, l'East Rand Proprietary est une société au capital de 750 000 livres en actions de i livre, qui possède en propre 97 i claims et a un intérêt prédominant (d'environ les deux tiers), dans 3H autres appartenant
BAUDRy 4 C*. Éditeurs, Pans
aux sociétés de New Cornet, Angelo, Driefontein, Agnes Munro, Cinderella, New Blue Sky (voir PL III).
L'historique de Taffaire est le suivant :
La société s'est formée, en avril 1893, au capital de 650 000 livres (entièrement émis) ; 420 000 actions furent remises aux vendeurs en échange de leur propriété ; 150 000, souscrites au pair, constituèrent le capital d'exploitation ; sur les 80 000 restantes, 40 000 furent vendues à 26 fr. 90 et 40 000 à 28 fr. 75 avant le 1*^' décembre 1894 : en sorte que le capital total émis fut de 14 472 600 francs ; et le capital d'exploitation primitif de 2 235 300 francs. Les promoteurs se sont réservés, comme dans la Rand Mines, 25 p. 100 des profits nets ou répartitions d'actif, après que les actionnaires auront touché, en espèces, le montant de leur capital.
Dans le premier exercice clos le 30 avril 189i, les dépenses excédèrent les recettes de 414 200 francs. Dans le second exercice clos le 30 avril 1895, les dépenses ont été de 305 300 francs et les recettes (venant surtout d'une prime sur des actions de réserve) de 257 500 francs, d'où un excédent des dépenses de 47 800 francs, qui, ajouté aux dépenses de l'exercice précédent, donne 462 000 francs. Pendant ce temps, des travaux très importants ont été exécutés, pour lesquels celte dépense insignifiante ne représente, en réalité, qu'un chapitre de frais généraux; cela tient à la constitution successive d une série de filiales, qui sont venues apporter, l'une après l'autre, les capitaux nécessaires à la mise en valeur de leur propriété. C'est donc l'histoire de ces filiales qu'il convient, avant tout, de passer en revue.
La première de ces filiales a été la New Cornet ; c'était une ancienne affaire, datant de 1889 et déjà plusieurs fois reconstituée (notamment en octobre 1892, au capital de 2 500 000 francs) dans laquelle l'East Rand avait acquis la majorité des actions (64 364 sur 75 000). Celte société fut reconstituée, en février 1895, au capital de 225 000 livres et deux actions nouvelles furent alors attribuées pour trois anciennes (ci 50 000) : en sorte que l'East Rand en obtint de ce chef 42 909 ; en outre, on lui en donna 50 000 pour 57 claims du dcep level lui appartenant en propre et enfin on accorda aux 7 500 anciens actionnaires (c'est-à-dire, en
fait, à TEast Rand, propriétaire de la presque totalité) le droit de souscrire les actions de réserve à raison d'une action pour une action ancienne, à 3 1 fr. 25, avec une option à 37 fr. 60 sur les 50 000 actions restantes jusqu'au 30 novembre 1895. L option ayant été exercée, TEast Rand eut, d'abord, 84 364 actions, qu'elle offrit à ses propres actionnaires comme bonus à raison de i action pour 10 actions de l'East Rand et se trouva posséder, en outre, 135 818 actions (42 909 + 50 000 + 42 909) sur 225 000.
Quant à la New Cornet, qui avait, au moment de la reconstitution, 1 million de dettes, elle toucha 4 219 250 francs (75000 x 31,25 + 50 000 X 37,50), c'est-à-dire une somme plus que suffisante pour payer ses installations, estimées environ 2 500 000 fr.
La propriété de la New Comet, sur laquelle 40 pilons ont commencé les broyages en octobre 1895 et 20 autres marcheront bientôt, comprend 93 claims, dont environ 82 productifs sur le Norlh reef et 66 sur le South recf (situé environ 200 mètres plus au Sud). On estime qu'elle peut contenir, sur ces deux couches, environ 2 millions de tonnes de minerai et Ion a l'intention de porter le nombre des pilons à 120 en 1896.
Après la New Comet, VAiigelo a été constituée le 20 avril 1895. Là encore, le point de départ a été une première société au capital de 150 000 livres, la S*-Angelo, dont l'East Rand possédait 148 000 actions. La société fut reformée avec 225 000 actions, dont 50 000 en réserve ; 30 000 furent données aux anciens actionnaires de la S*-Angelo pour 33 claims ; 15 000 à la Driefontein pour 38 claims (dont 11 seulement productifs) et 55 000 à l'East Rand pour 43 claims de deep et 75 000 furent réservées au pair aux vendeurs : (10 000 à la Driefontein ; 65 000 à l'East Rand). L'East Rand, à son tour, recéda ce droit de souscription comme bonus à ses actionnaires à raison de 1 Angelo pour 10 East Rand.
La souscription de ces 75 000 actions à 25 francs ayant été garantie par les vendeurs, ceux-ci reçurent, en échange, une option sur les 50 000 actions de réserve : 25 000 à 28 fr. 10 jusqu'en avril 1896 et 25 000 à 29 fr. 70 jusqu'en juillet 1896. L'option a été exercée et il en est résulté qu'en fin de compte l'East Rand est arrivé à posséder :
Gomme actionnaire de la S*-Angelo 29 790 actions.
— — Driefontein ... 25 125 —
Gomme vendeur de claims 55 000 —
A titre d'oplion 41 185 —
151 000 actions.
c'est-à-dire que TEast Rand possède 61 p. 100 de la propriété de TAngelo.
D'autre part, TAngelo a reçu, comme capital d'exploitation, 3 320000fr. (73 000x25 + 25 000x28,10 + 25000x29,70). En en défalquant une dette de 250 000 fr., il reste une somme disponible de plus de 3 millions, largement suffisante pour les installations.
Cette propriété de TAngelo comprend 87 claims occupant une longueur de 18 claims et dont 70 environ productifs sur leNorth reef et 52 sur le South reef. Elle a été délimitée de manière à comprendre approximativement le même tonnage que la New Comet, soit 1 800 000 à 2 000 000 de tonnes.
Jusqu'ici, les principaux travaux ont porté sur le South reef, où le minerai semble riche. On pense avoir 100 pilons en marche à la fin de 1896.
Après l'Angelo, est venue la Driefontein ; il y avait là une ancienne société au capital de 7 500 000 francs, reconstituée une première fois en février 1893 sous le nom de Driefontein Gold mining au capital de 4 250 000 francs et dont les tronçons ont fait : d'une part, une fraction de l'Angelo; de l'autre, la Driefontein Consolidated reconstituée le 4 mai 1895, au capital de 5 625 000 francs comme les précédentes.
Lors de la reconstitution de février 1893, les anciens actionnaires avaient reçu 25 598 actions sur 130 000, les promoteurs (groupe Farrar) 94 402 actions pour 500 000 francs (20 000 livres) et 10000 actions étaient restées à la réserve. Sur ces 20 000 livres, on constate, au bilan du 31 janvier 1895, que la majeure partie a été prêtée à la New Comet pour lui permettre de commencer ses travaux.
Quand la Driefontein Consolidated se constitua le 4 mai 1895, elle donna:
A la Driefontein Gold mining, pour 63 claims (dont
37 1/2 productifs) avec bâtiments, machinerie, etc. 30 000 actions. A TEast Rand proprietary, pour 61 1/2 claims . . . 70 000 —
Puis 75 000 actions furent offertes à 37 fr. 50 : 10 000 à la Driefontein Gold mining; 65 000 à TEast Rand, qui, comme dans les autres cas, rétrocéda le droit à ses actionnaires à raison de 1 Driefontein Consolidated pour 10 East Rand. Les 10000 actions réservées à la Driefontein Gold furent prises par elle; mais, comme elle n'avait en caisse que 150 000 francs, tandis qu'il en fallait 375 000, l'East Rand lui prêta la somme nécessaire. En sorte que la Driefontein Gold a eu en mains 40 000 Driefontein Consolidated. D'autre part, une opération du* môme genre, faite antérieurement avec TAngelo et d'autant plus facile dans les deux cas que les acheteurs (l'Angelo et Driefontein Cons.), le vendeur (Driefontein Gold) et le bailleur de fonds (l'East Rand) obéissaient, en réalité, à la môme direction du groupe Farrar, procurg^à la Driefontein Gold, en échange de sa propriété, 25 000 Angelo et 40 000 Driefontein.
En outre, la Driefontein Gold reçut encore une option sur 3 750 Angelo à 28 fr. 10 jusqu'en avril 1896 et sur 3 750 à 31 fr. 10 jusqu'en juillet 1896. 10000 Angelo ayant été réalisés à 25 francs, la Driefontein Gold aurait eu en mains 32 500 Angelo et 40 000 Driefontein, avec une dette totale de 440 000 francs. Le
5 août 1895, ces actions ont été recédées à l'East Rand contre
6 450 000 francs, laissant environ 6 millions, toutes dettes payées. Quant à la Driefontein Consolidated, elle s'est trouvée avoir
émis 175 000 actions et avoir une réserve de 50 000, dont l'option, à raison de 43 fr. 75 jusqu'en août i896, a été réservée aux vendeurs. Par suite de cette option, TEastRand arrive finalement à avoir en mains 142000 actions sur 225 000, soit 63,10 p. 100 et la Driefontein a un capital important de 5 500 000 francs, l'argent suffisant pour organiser la mine.
La propriété de la Driefontein Consolidated comprend 98 claims productifs, et a été constituée pour correspondre à un tonnage de minerai égal à celui des autres compagnies, tonnage qui paraît être d'environ 2 millions de tonnes. Les travaux sont commencés sur les deux reefs, mais pourront difficilement donner lieu à un broyage important avant le milieu de 1897, bien qu'on annonce la mise en marche de 120 pilons pour 1896.
Telles sont les filiales jusqu'ici constituées par l'East Rand.
Depuis ce moment, l'opération la plus importante effectuée
par cette Société a été, à rassemblée du 28 octobre 1895, Tachât des propriétés de TEast Rand Central. Ces propriétés consistaient en 99 claims formant les claims de la Plantation, 33 formant le Cason Block, 40 dits Rautenbach (au Nord du reef), un droit d*eau sur Tétang de Bocksburg et un encaisse de 2 600 000 francs. Le tout a été payé par 76 325 actions : soit 455 actions par claim, chidre admis pour les achats précédents de TEast Rand. On a donné, en outre, 18 500 actions pour 119 claims formant les claims de Brayshaw et 1 500 pour 7 autres (Sledge block) et, l'émission totale ayant été de 100000 actions, il est resté 3675 actions à la réserve. Enfin Ton a acheté (en utilisant l'encaisse de TEasl Rand central), pour 1 200 000 francs, les 46 claims de la compagnie Holdfast.
Actuellement on projette de flotter quatre compagnies nouvelles, au capital de 225 000 livres chacune : 1** Agnes Munro et Cason Block, avec un morceau contigu de Cinderella, constituant la Munro Mines ; 2** le reste de Cinderella, un morceau de New Blue Sky et des claims de deep à TEast Rand, formant la Cinderella Mines ; 3** le reste de New Blue Sky, avec des claims de TEast Rand, formant la Blue Sky; 4*^ à TOuest, un morceau de 112 claims en deep level sous Ginsberg.
Comme on a pu le voir par Thistorique précédent, toute cette propriété a été successivement mise en valeur avec très peu de capitaux : 500 000 francs ayant constitué le capital de la Driefontcin Gold, reprôtés par celle-ci en partie à la New Comct, qui a emprunté, d'autre part, à TEast Rand; puis toute la dette de la New Comet remboursée et son capital d exploitation souscrit par rémission des actions de cette filiale, etc.
Actuellement l'East Rand possède, en résumé, 974 claims en propre et environ les deux tiers de la propriété de 51 1 autres, à savoir :
' 135000 New Cornet sur 225 000 = 61 p. 100.
Nouvelles filiales. | 151 000 Angelo sur 225000 = 67 p. 100.
( 142 000 Driefoiitein sur 225 000 = 63,10 p. 100.
/ 62 494 Agnes Munro * sur 93000 émises = 67,20 p. 100. Anciennes sociétés. ] 78417 Cinderella sur 100000 =78,41 p. ^00.
( 109 155 New Blue Sky sur 150000 =72,70 p. 100.
1 L'Agnes Munro, la Cinderella et la New Blue Sky sont trois anciennes sociétés de 1889 reconstituées en 1892 par TAnglo-French exploration.
D'une façon générale, il parait probable que le reste de la propriété sera mis en valeur toujours suivant la même méthode : c'est-à-dire, par une vingtaine de compagnies ayant chacune environ 2 millions de tonnes à exploiter et dans lesquelles TEast Rand conservera un intérêt d'à peu près les deux tiers, intérêt dont les actionnaires (une fois 28 francs de dividende payés) ne toucheront eux-mêmes que les trois quarts, l'autre quart étant, par les statuts, réservé aux promoteurs.
Nous ajouterons seulement encore un mot sur les cours de TEast Rand.
Restées à 17 fr. 50 pendant toute Tannée 1894, les actions sont montées à 63 francs en janvier 189o, 93 francs en avril, 140 fr. en juillet, 260 francs à la fin de septembre, et ont dépassé, un moment, 340 francs vers le début d octobre. Au moment du krach, elles ont été parmi les valeurs les plus atteintes, en raison même de la spéculation effrénée à laquelle elles avaient donné lieu et sont retombées vers 110 au début de janvier 1896.
DEUXIÈME PAHTIE
Géologio g«'nt*ral«* de l'Afrique du Sud et, plus spécialement, du Transvaal. — Allure straligraphique des couches aurifères. — Descripliou des minerais. — Variations dans la teneur en direction ou en profondeur. — Failles et dislocations. — Roches éruptives, dykes.
Avant d*aborder en détail Tétude géologique de la série aurifère du Witwatersrand, nous croyons utile d'en résumer ici sommairement les résultats principaux, de manière à pouvoir faire appel ensuite, dans notre description, à ces notions fondamentales et préliminaires, sans être oblige d'interrompre constamment, par des explications incidentes, l'ordre d'exposition que nous avons cru devoir adopter.
Les gisements d'or du Witwatersrand, au Transvaal, présentent un caractère géologique tout à fait spécial et qui a contribué pour une grande part à leur merveilleuse fortune, en leur assurant une constance et une continuité relatives, jusque-là inconnues dans les autres mines, souvent beaucoup plus riches par endroits, d'où l'on extrayait auparavant le métal précieux : c'est le premier point qu'il importe de mettre en lumière.
En général, quand l'homme aborde une région aurifère nouvelle— et nous pensons par exemple, en ce moment, à ce qui s'est produit en 1848 pour la Californie, — c'est.d'abord dans les sables des ruisseaux et des rivières, que les paillettes du jaune et brillant métal, toujours si avidement recherché, commencent par attirer
SCS regards. Il se met alors au travail dans les vallées, dont il remonte peu à peu le cours en lavant, sur son chemin, les sables et les graviers, qu'il a bien vite fait d'épuiser. Puis il cherche à passer de ces placers aux gisements géologiques plus profonds, plus anciennement constitués, qui, détruits à la surface sous l'action des eaux courantes, ont, par leurs débris charriés et mécaniquement préparés dans ces cours d'eau, formé les alluvions récentes, sur lesquelles a porté son premier effort.
Alors il arrive parfois, comme cela s'est produit en Californie et dans quelques autres régions plus pauvres, qu'on découvre des sortes de placers anciens, remontant à une époque géologique plus reculée, des dépôts de rivière faits dans des conditions très analogues à celles des placers actuels, mais antérieurement à l'homme, — soit à la fin de la période tertiaire, pendant le pliocène (Californie), soit même dans la période antérieure, pendant le miocène (Australie, province de Grenade), — dépôts qui, formés en des temps plus éloignés de nous, ont été, dans les phases suivantes de l'histoire du globe, recouverts par d'autres couches plus récentes, sous lesquelles ils disparaissent à la surface : tantôt des sédiments gréseux et calcaires; tantôt même, comme en Californie ou en Australie, des coulées de roches éruptives, comme les basaltes ou les laves.
Ces dépôts d'alluviojis anciennes, qui suivent, dans les profondeurs du sol, d'anciens lits de rivières, dont on finit par retrouver le cours au moyen d'une série de puits et de sondages coûteux, constituent déjà, par leur extension et leur constance relative, des gisements beaucoup plus considérables que les petits placers restreints du début et pouvant donner lieu à une exploitation en grand d'un caractère vraiment industriel. C'est à eux que l'on a appliqué en Californie la fameuse méthode hydraulique, dans laquelle, par des jets d'eau puissants venant frapper le front de taille d'une grande tranchée à ciel ouvert, on désagrège et abat peu à peu des épaisseurs énormes de sable et graviers, en donnant naissance à des torrents d'une boue aurifère, dont on parvient à extraire le métal par des procédés divers.
Enfin, de ces alluvions anciennes — ou directement des premiers placers, quand les alluvions anciennes n'existent pas — on
finit par remonter à la forme première du dépôt aurifère, à celle où, dans la presque totalité des cas, Tor, arrivant des profondeurs du globe à Tétat de dissolutions chaudes plus ou moins chargées d'autres sels divers, a commencé par cristalliser, en môme temps que la silice qui l'accompagne toujours : c'est-à-dire aux filons de quartz aurifère.
Ces filons de quartz aurifère, qui, en dehors du Transvaal, constituent aujourd'hui la source principale de l'or, présentent un certain nombre de caractères, qu'il n'est peut-ôtre pas inutile de rappeler, ne fût-ce que pour montrer plus précisément par où les minerais du Witwatersrand s'en distinguent.
Tout d'abord, ce sont des filons, c'est-à-dire que la substance minérale y remplit les vides produits par quelque dislocation de l'écorce terrestre, vides plus ou moins complexes, plus ou moins ramifiés, mais en principe compris entre deux plans à peu près verticaux et parallèles, recoupant tous les dépôts sédimentaires, initialement horizontaux, qui peuvent exister à la surface du sol. Entre ces deux plans, le filon, qui, si on le mettait à nu, si on le dégageait des roches encaissantes, ses épontes*, apparaîtrait comme une sorte de grand mur (en général, un peu penché), est constitué par un mélange de minéraux, les uns utiles (qui sont les minerais), les autres stériles (qui sont les gangues), ces derniers jouant toujours de beaucoup le rôle prédominant.
Dans le cas spécial de l'or, quand on arrive à une certaine profondeur au-dessous de la surface du sol, on trouve généralement, comme gangue, un quartz légèrement bleuté ou grisâtre, peu transparent mais vitreux, hyalin, rarement cristallisé, parfois rubané de traits noirs", avec des sulfures métalliques souvent chargés d'arsenic, tout particulièrement de la pyrite de fer et du mispickel, et une certaine proportion d'or, soit libre, soit combiné avec du tellure, du sélénium ou du soufre.
* Les épontes d'un gîte métallifère sont les parois de roche stérile qui rencaissent. Quand ce gite n'est pas absolument vertical mais un peu incliné, comme c'est le cas habituel, la paroi du dessus s'appelle le toit^ celle du dessous le mur. Souvent, entre le gite proprement dit et l'éponte, il existe un petit lit argileux que l'on appelle la salbande. L'affleurement est la ligne suivant laquelle le gisement se montre à la surface du sol. Ce sont des termes que nous aurons à employer fréquemment.
* Les quartz blancs laiteux ou calédonieux sont, presque toujours, stériles.
TRANSVAAL. iO
Au voisinage de la surface, ces gisements aurifères ont subi, par Teffet du contact avec les eaux superficielles, chargées d'oxygène de Tair constamment renouvelé, qui circulent toujours dans les parties hautes de Técorce (au-dessus de ce qu'on nomme le niveau hydrostatique de la région), une modification profonde. Celte modification, toujours très importante pour tous les gîtes métallifères, est particulièrement nette et caractérisée pour ceux d'où l'on extrait l'or* ; car elle a eu pour conséquence d'amener, dans les parties hautes du filon d'abord atteintes par les travaux de mines, un enrichissement et des facilités de traitement exceptionnellement favorables, qui, généralement destinées à disparaître en profondeur, causent, après quelque temps d'exploitation, de sérieux déboires. Pour le Witwatersrand en particulier, cette différence habituelle d'allure se présente entre le gisement superficiel (jusqu'à 30 ou 50 mètres de profondeur verticale) et celui qui ensuite persiste à peu près indéfiniment ; mais, dans ce cas particulier, il s'est présenté cette circonstance singulièrement heureuse que, grâce à la nature spéciale du minerai, grâce aussi à la découverte du procédé au cyanure de potassium, venue juste au moment opportun, on n'a pas eu, en profondeur, l'appauvrissement normal, que Ion était en droit de craindre au début des travaux, jusqu'en 1891 ou 1892 environ. Voici en quoi consistent ces modifications superficielles, dont les travaux souterrains constatent peu à peu la disparition en s'éloignant de la surface :
Les eaux, chargées d'oxygène de l'air et de traces de sels divers, chlorures, nitrates, etc.. comme on en trouve toujours dans toutes les eaux de surface, arrivant au contact de la pyrite de fer aurifère, ont d'abord agi, sur cette pyrite (ou sulfure de fer), qu'elles ont dissoute à l'état de sulfate et emportée à une certaine distance pour la reprécipiter plus ou moins complètement sous forme d'oxyde de fer. Il en résulte que, dans le quartz aurifère des affleurements, cette pyrite, que l'on est destiné à retrouver intacte en profondeur, a disparu ou s'est oxydée et que sa pré-
< Nous ne pouvons donner ici de longs détails à ce sujet ; nous nous contenterons de renvoyer ceux que la question pourrait intéresser à notre petit travail sur la Fortnation des gîtes métallifères (1 vol. in-16, chez Gauthier-Villars, p. J74 à 182). La description générale des gisements d*or se trouve dans notre Traité des gîtes minéraux et métallifères^ t. II, p. 883, etc.
sence ancienne n'y est plus manifestée que par des cavités nombreuses, gardant souvent la forme cubique des cristaux de pyrite et donnant à toute la roche un aspect carié, corrodé, très caractéristique, ainsi que par la teinte rouge ou brun rouge résultant de la présence de loxyde de fer.
Au milieu de ce quartz carié et rougi, Tor, qui pouvait être antérieurement emprisonné au milieu des grains de pyrite, s'est, par une véritable opération métallurgique, isolé à Tétat libre ; et, en outre, il parait bien certain qu'il est entré partiellement en dissolution : ce qui se produit beaucoup plus facilement qu'on ne le croyait jadis, par divers agents chimiques (le traitement au cyanure de potassium suffirait à le prouver) ; par suite de ces deux phénomènes, les cristaux d or primitifs se sont donc nourris, grossis par des dépôts de l'or dissous et il s'est formé, à la partie supérieure du filon, dans les vides, dans les fissures du quartz, de belles ramifications, ou pépites d'or, qui, aux premiers jours des exploitations de quartz aurifères, font souvent concevoir les espérances les plus démesurées, en même temps que les plus illusoires.
Dès lors, quand on aborde l'exploitation d'un filon de quartz aurifère, comme ceux de Californie, d'Australie, etc., on trouve, au début, jusqu'au niveau hydrostatique de la région, des quartz à or libre abondant, facilement amalgamable, souvent en beaux cristaux bien visibles ; après quoi, vers 30 à 50 mètres, en môme temps qu'on commence à rencontrer des difficultés sérieuses pour l'épuisement, on entre dans une zone à minerais pyriteux ou arsenicaux, dont l'or, soit combiné, soit emprisonné dans les sulfures et arséniures, est souvent très rebelle et, en partie, impossible à extraire.
Les filons de quartz aurifères présentent un autre caractère fâcheux, qui existe dans la plupart des gîtes filoniens, mais qui, dans le cas de l'or, est, par suite de la grande valeur du métal et en raison de la très faible teneur absolue des minerais, sur lesquels portent la plupart des exploitations, particulièrement manifeste : c'est l'irrégularité de la disposition des zones riches, qui, généralement, forment des sortes de lentilles ou de colonnes, au delà desquelles il faut repartir au hasard, à travers le quartz stérile, à
Ii8 LES MINES D'OR DU TRANSVAAL
la recherche d'une autre colonne aurifère, que souvent on ne retrouve pas.
Enfin, ces filons sont souvent des sortes de fissures de retrait, des veinules restreintes et ramifiées, qui, à une certaine profondeur, se coincent et disparaissent.
Ces seuls caractères font comprendre pourquoi les quartz aurifères ont, parmi les mineurs, la réputation d'être tout particulièrement aléatoires et de donner lieu aux alternatives les plus fréquentes de fortunes éclatantes et de complètes ruines, sans qu'il soit presque jamais possible de fonder quelque assurance sérieuse sur leur avenir.
C'est dans cet ordre d'idées que les minerais du Witwatersrand, au Transvaal, quoiqu'en résumé d'une teneur moyenne assez faible, se distinguent très avantageusement (par suite de leur nature géologique spéciale), des gisements d'or habituels, c'est-àdire des quartz aurifères, dont, au Transvaal môme, on retrouve des types importants et parfois localement très riches à Barberton (Sheba, etc.), à Lydenburg, au Zoutpansberg.
Ces gisements d'or du Witwatersrand, au lieu de constituer des filons, c'est-à-dire en principe des dépôts d'incrustation presque verticaux et postérieurs à la formation des terrains encaissants, se présentent, en effet, à l'état de couches sédimentaires ayant dii, à l'origine, se déposer à peu près horizontalement, postérieurement à la couche qui forme leur base (ou mur), antérieurement à celle qui représente leur toit et n'ayant pris, plus tard, l'allure inclinée ou plissée, que nous y constatons, que par l'action de mouvements géologiques postérieurs du sol. Toutes les particularités de leur allure résultent de ce premier fait.
Au lieu d'être des quartz aurifères, les minerais sont des conglomérats (fig. 2), auxquels les Boërs ont donné le nom caractéristique de banket en les comparant à un gâteau d'amandes : ils sont, en résumé, formés de galets plus ou moins gros, plus ou moins roulés, réunis les uns aux autres par un ciment siliceux, généralement très dur, dans lequel l'or est exclusivement concentré, en association intime avec la pyrite de fer, sans qu'il existe aucune trace de ces deux substances dans les galets eux-mêmes.
Quand on prend un échantillon de minerai en profondeur, la
soudure entre les galets et le ciment est si complète que la roche se casse à travers galets et ciment, suivant une surface plane où les galets ne se distinguent plus que par la teinte sombre ou claire de leur section elliptique ou circulaire, comme le montrent plus loin diverses figures (6, 8, 9, ^5, etc.); mais, dans les minerais superficiels, plus friables et plus désagrégés par suite de la décomposition de la pyrite (qui joue un rôle important dans le
Fig. î. — Poudingue aurifère île la tiiiiie Angclo (East Rand). Echantillon superficiel du South-lleef, à galets détaché» de la gangue {I47*-1 '). Grandeur nature.
ciment), les galets se détachent en relief sur la gangue, ainsi que l'indique la figure 2 et leur véritable constitution apparaît ainsi clairement.
Les conséquences de cette nature sédîmcntaire des couches de conglomérats du Witwatersrand (indépendamment mémo des conditions dans lesquelles s'y est fait le dépôt de l'or et sur lesquelles nous reviendrons) sont de diverses natures et toutes fort importantes pour l'avenir industriel du pays.
En premier lieu, comme nous venons de le dire, la forme primitive des diverses couches aurifères, qui constituent ce qu'on
e rapportent à ia collection des
appelle très improprement au Transvaal des reefs, ou filons ', a dû, à l'origine et au moment de sa constitution, se rapprocher d'un plan horizontal et, si aujourd'hui nous n'avons plus affaire à une surface plane, c'est que cette surface a subi, postérieurement, des plissements et des dislocations, dus aux mouvements dont l'écorce du globe a étd si fréquemment l'objet dans les temps anciens et dont l'histoire est un des buts principaux de la science géologique. Ces mouvements, on en retrouve la trace dans les terrains divers de tous les pays et, par suite, leur allure et leur disposition d'ensemble ont pu, depuis longtemps, Ctre bien étudiées
Nord Sud
Jahênnttiorg
Kg. 3. — Crtupe transversale thi?ori<|ue du synclinal du Wilwatersranil.
ailleurs : il est donc permis d'en prévoir d'avance, dans chaque cas particulier, les caractères principaux avec une certitude relative.
C'est ainsi que nous pourrons essayer bientùt d'assimiler l'ensemble des dépôts du Witwatcrsrand, de Nigel, d'Hcidelberg et de Klerksdorp, que nous étudierons ultérieurement en détail, à ce que l'on appelle en géologie un pli synclinal, c'est-à-dire une grande dépression en forme de vallée très allongée, dont la direction générale est ici est-ouest (ou ptutàt nord-est-sud-ouest)'. Dans toute la partie nord de cette vallée synclinalc, sur laquelle ont porté jusqu'ici la plupart des exploitations autour de Johannesburg, les couches plongent, nous le verrons, vers le sud ; dans le sud, au contraire, du côté d'ileidelberg, les couches plongent vers le nord : dans l'intervalle, ces deux plongcments inverses doivent se raccorder par un thalweg horizontal, ainsi que la
> Lilléraleinenl récifs, i Voir pi. Y. pnjïc 185.
GÉOLOGIE iSl
figure 3 Tindique d'une façon théorique. On voit comment les couches aurifères du Rand, très redressées à leur affleurement nord (c'est-à-dire au point où leur trace vient apparaître à la surface du sol et où Ton a commencé à s'y enfoncer par des travaux de mine), doivent se rapprocher ensuite peu à peu de l'horizontale en profondeur, avec quelques petites ondulations locales et se redressent ensuite pour venir ressortir au jour du côté de Heidelberg. Cette disposition en forme de cuvette a pour conséquence, comme le montre également ce croquis, que, lorsqu'on traverse la région du nord au sud, on trouve, à la surface, des couches (et spécialement des couches aurifères), dont la pente va progressivement en s'atténuant et, notamment vers le centre du synclinal, une couche presque horizontale, que nous apprendrons à connaître bientôt sous le nom de Black Reef.
Ce fait essentiel, que l'on ne soupçonnait pas lors de la découverte du Witwatersrand, a causé quelques surprises aux premiers exploitants, qui, croyant avoir afl'aire à un dépôt vertical comme un filon, ne s'étaient assurés la possession que d'une bande assez étroite de terrain, dans laquelle ils supposaient que ce filon resterait toujours renfermé, tandis qu'en réalité, comme l'indique la figure 4, page 155, la couche en est rapidement sortie au point B pour passer, de la première ligne de concessions, dite d'affleurement (d'outcrop), dans les concessions de profondeur ou de deep level. Désavantageux pour les premiers concessionnaires, puisqu'au lieu d'avoir la propriété des gîtes jusqu'à une distance indéfinie de la surface, comme c eût été le cas s'il se fût agi d'un filon, ils n'en ont eu qu'une fraction limitée (d'autant plus restreinte que la couche était plus horizontale), ce fait a eu, au contraire, les conséquences les plus heureuses pour l'industrie générale du pays; en efl'et, étant donné que nos travaux de mines ne peuvent jamais pratiquement dépasser une certaine profondeur, il a augmenté considérablement la portion de ces gîtes, sur laquelle pouvaient porter ces travaux et, par suite, la quantité totale de minerai à extraire dans le Transvaal.
Une autre conséquence de l'origine sédimentaire des couches, c'est leur continuité et, par suite, la possibilité que l'on a eue d'installer des exploitations durables, en prévoyant, dans une certaine
mesure (sauf Talea inévitable dans toutes les affaires de mines et sauf une hypothèse fondamentale au sujet de la teneur), la quantité de minerai qu'on aurait à extraire d'une concession donnée et le bénéfice approximatif qui en résulterait*. Assurément, il se présente bien, dans les couches du Witwatersrand, des zones riches et des zones pauvres irrégulièrement réparties, et nous aurons, plus tard, l'occasion d'insister sur les variations dans la teneur, qui sont constantes ; mais elles n'ont rien de comparable avec ces concentrations d'or natif en quelques points; ou sur quelques colonnes isolées, séparées par de grands intervalles stériles, comme on en trouve habituellement dans les quartz aurifères, et surtout, — ce qui est capital pour l'avenir, — l'observation parait prouver, jusqu'ici, qu'il n'y a ni appauvrissement ni coincement du gîte en profondeur.
Cette continuité des gisements du Witwatersrand, sur 50 ou 60 kilomètres de long, a eu ce résultat, qui présente un intérêt économique de premier ordre, de permettre la création d'une soixantaine de mines contiguës, toutes dans des conditions très analogues (richesse de minerai à part), avec une grande ville au voisinage, un réseau de chemin de fer y aboutissant, etc., en sorte que toute entreprise nouvelle, dans cette région privilégiée, bénéficie maintenant des avantages antérieurement acquis par ses devancières ; que, d'une part, l'exploitation y est facilitée et que, de l'autre, on peut en apprécier d'avance le prix de revient, ce grand point d'interrogation de toute entreprise minière fondée dans un pays inconnu. Comme, en outre, la nature spéciale du produit obtenu, qui est l'or, permet d'en prévoir également le prix de vente, on se trouve avoir, pour ses évaluations, une sécurité relative, qu'il est bien rare de rencontrer dans une mine quelconque, en môme temps que des facilités toutes particulières pour l'approvisionnement des matières premières, du charbon et des machines *.
* Voir plus loin, à la troisième partie de cet ouvrage, comment peut se faire ce calcul.
■ Actuellement, il est vrai, en ce qui concerne le personnel, on éprouve plutôt rinconvcnicnt que l'avantage de la juxtaposition de tant de mines ; car les ouvriers manquent et les sociétés sont en concurrence pour se les arracher ; mais il n'en est pas moins vrai que l'action en commun de toutes les sociétés intéressées peut atteindre des résultats impossibles à une affaire isolée.
Chacun sait, d'ailleurs, que les gîtes sédimentaires sont toujours recherchés de préférence aux gîtes filoniens, en raison des facilités plus grandes qu'ils présentent pour Texploitation.
Arrivés à ce point de notre étude, nous croyons devoir répondre à une question souvent posée et d'un certain intérêt géologique : existe-t-il dans le monde et connaissait-on, avant la découverte des gîtes du Transvaal, d'autres gisements d'or sédimentaires, c'est-à-dire présentant les mêmes avantages économiques et, plus spécialement, des conglomérats aurifères. Bien que les exemples que nous allons citer aient, en général, fort peu d'importance industrielle, il peut être utile de montrer que le cas du Witwalersrand n'est pas si absolument unique, en ce qui concerne les conditions théoriques du dépôt, qu'on a bien voulu le dire. D'ailleurs, les alluvions anciennes de Californie sont elles-mêmes de véritables conglomérats aurifères, relativement récents, sur lesquels on a pu, par l'exploitation en grand, obtenir des prix de revient exceptionnellement bas.
Parmi les dépôts d'or sédimentaires, on peut, en premier lieu, ranger hypothétiquement certaines couches du terrain primitif, où l'on trouve parfois de l'or, de même qu'on y exploite du sulfure de fer, de l'oxyde de fer, etc.. intercalés en lentilles. On connaît des gneiss aurifères en Sibérie et dans les AUeghany. A Burnt Hickory (Géorgie), à RandolfT, dans la Caroline du Nord et Dahlonga, en Géorgie, on a exploité des schistes amphiboliques et chlorophyllites aurifères.
Les itacolumites aurifères du Brésil présentent déjà des caractères sédimentaires plus nets, en même temps que leur âge semble plus récent, peut-être silurien.
Au silurien également appartiennent, peut-être, certains poudingues aurifères du Queensland, de Tasmanie, de l'Inde, très comparables à ceux du Transvaal. En Espagne (Sierra Jadena), dans les monts Guadarrama, on connaît aussi, dans le silurien, des lentilles de quartz aurifères au milieu de quartzites et conglomérats; en Australie, dans la province de Victoria (Gippsland), il existe des schistes siluriens et dévoniens aurifères.
Dans les terrains plus récents, l'or sédimentaire est très rare ; cependant, en Australie, les remaniements des filons par les
15i LES MINES D'OR DU TRANSVAAL
eaux ont produit des concentrations d'or dans beaucoup de terrains, depuis le houiller jusqu'au jurassique. On a même signalé de Tor dans une couche de charbon, à Newton, dans la terre de Van Diemen.
Dans la Nouvelle-Zélande, M. Herbert Cox a décrit, en plusieurs points, des terrains carbonifères contenant de Tor, au-dessus de couches de charbon.
Des conglomérats carbonifères contiennent également de Tor visible avec des galets de quartz dans le Nouveau Brunswick et près de la rivière Gay dans la Nouvelle-Ecosse.
En France môme, — et c'est là un fait particulièrement curieux à signaler, — des traces d'or ont été depuis longtemps reconnues dans les conglomérats houillers de la vallée du Gardon (Cévenncs).
Puis, dans le permien de l'Inde, les couches de Taltschir, appartenant au système de Gondwana, renferment de l'or détritique.
Près la rivière Barcoo, au Queensland, on connaît de Tor dans des couches jurassiques, au voisinage d'ammonites ; on a prétendu également que le calcaire liasique de la Grave, dans les Hautes- Alpes, en renfermait des indices.
A l'époque miocène, nous avons les conglomérats auriîères tortoniensde Grenade, ou ceux du Gippsland en Australie.
Enfin, à l'époque pliocène et quaternaire, correspondent les grands dépôts aurifères d'alluvions et de placers, qui ont commencé la fortune de la Californie, de l'Australie, etc., et y sont encore activement exploités.
Donnons maintenant quelques indications plus spéciales sur les couches aurifères du Witwatersrand.
Ce que nous avons dit précédemment sur leur allure générale s'applique, en principe, à tous les dépôts exploités autour de Johannesburg ; nous ajouterons seulement que ces couches aurifères, ou reefs*, — formées, comme nous l'avons expliqué plus haut, de conglomérats, grès grossiers ou quartzites, mais plus généralement de conglomérats, — sont fort nombreuses; et, seules, les conditions économiques d'exploitabilité empochent
1 Nous leur laisserons fréquemment ce nom de reefs, qui est commode dans la pratique.
d'en multiplier le nombre à. l'infini dans les descriptions; car, minéralogiqucment, l'or se présente, au moins à l'état de traces, dans un très grand nombre de bancs.
Parmi ceux-ci, les plus importants, de beaucoup, sont ceux qui constituent la série, dite du Main Reef, sur laquelle portent à peu près tous les travaux : série, comprenant, ainsi que nous le verrons, de bas en haut (du toit au mur), ou, — ce qui revient au même, puisque les couches plongent toutes vers le Sud, — du Nord au Sud, les éléments principaux suivants :
Main Reef proprement dit, banc épais, négligé, jusqu'à ces
Fig. 4. — Représentation ttiëorî(|uc il'un bloc de clainis.
derniers temps, à cause de sa faible teneur, qui descend souvent au-dessous de la limite d'exploitabililé (limite actuellement iixéc par les frais d'extraction à environ 12 à 13 grammes par tonne);
Main Reef Leader et South Reef, tous deux plus minces et plus riches, constituant (surtout le South Reef), le fond principal des exploitations.
En dehors de la série du Main Reef, trois autres séries sont également exploitées avec plus ou moins de succès : le Rietfontein reef en dessous du Main Reef (donc affleurant au Nord) ; le Kimberley Reef et le Black Reef au-dessus (donc apparaissant au Sud à la surface).
Ces divers reefs, ou séries de reefs, présentent, ainsi que nous le verrons, des caractères d'une constance relative, qui permettent,
jusqu'à un certain point, de les reconnaître en passant d'une mine à l'autre : il n'en existe pas moins, dans l'état actuel des travaux, de grandes difficultés et parfois une grande part d'hypothèse dans les assimilations que Ton fait entre deux tronçons de couche observés à de grandes distances l'un de l'autre.
Un croquis ci-joint (fig. 4) représente en perspective un bloc de 16 claims ou concessions, propriété limitée, comme on le sait, jusqu'à une profondeur indéfinie, aux quatre plans verticaux passant par les côtés des rectangles qui déterminent les concessions à la surface; on y voit, indiquée par ses traces, la portion des couches aurifères, ou reefs, comprise dans l'intérieur de ce bloc, portion qui appartient seule, nous le répétons, au propriétaire des claims en question, sans que celui-ci ait le droit (comme on se l'imagine parfois) de poursuivre à sa guise la couche aurifère dans les profondeurs du sol. L'une de ces traces (direction de la couche) représente laffleurement (oulcrop) de la couche et l'autre son inclinaison, ou sa ligne de plus grande pente, suivant laquelle on trace les puits inclinés et les descenderies [incline shaft, winze).
Nous avons figuré, en outre, un dyke de roche éruplive, qui disloque et rejette la couche aurifère (contrairement à la règle de Schmidt) en augmentant, dans le cas présent, la portion de cette couche renfermée dans le claim 3 correspondant.
La première ligne de claims 1, 2, 3, 4, comprenant l'affleurement, constitue les claims d'affleurement; la ligne suivante de claims 5, 6, 7, 8, forme ce qu'on appelle la première zone de claims de deep level, et l'autre rangée de claims 9, 10, 11, 12, la seconde. Il peut arriver que tous ces claims appartiennent au môme propriétaire et constituent alors une seule concession d'affleurement. Si, au contraire, le propriétaire, soit de la première rangée de claims de deep level (3, 6, 7, 8), soit de la seconde (9, 10,11, 12), soit de tout autre à la suite, ne possède pas les claims d'affleurement 1, 2, 3, 4, ses propres claims deviennent une concession dite de deep level et il est alors forcé, pour l'exploiter, de commencer par forer un puits vertical (bloc 13) jusqu'à la couche aurifère, au lieu de pouvoir la suivre en puits incliné depuis la surface, puisque cette surface ne lui appartient pas.
Le simple énoncé, que nous venons de faire, montre comment les mêmes claims (tels que 8, 6, 7, 8), suivant qu'ils appartiennent au propriétaire des claims d affleurement (d, 2, 3, 4), ou, au contraire, au propriétaire des claims de profondeur (9, 10, 11, 12), feront partie : dans un cas, d'une concession d'affleurement; dans Tautre, d'une concession de deep leVel. C'est assez dire combien ces expressions n'ont qu'une valeur relative et conventionnelle. Suivant que la concession d'affleurement sera plus ou moins large, la concession de deep level peut posséder : soit des portions de la couche très voisines de l'affleurement; soit, au contraire, des portions très éloignées et très profondes, représentant, par suite, en raison de plus grandes difficultés d'exploitation, une richesse beaucoup moindre et plus hypothétique. Et, en fait, il existe des concessions d'affleurement qui comprennent vingt ou trente rangées de claims parallèles, comme il en est qui n'en possèdent qu'une.
Laissant de côté désormais ces notions tout à fait sommaires, nous allons entrer dans le détail de la question et, pour cela, nous examinerons, d'abord, la place occupée par les conglomérats aurifères du Witwatersrand dans la géologie générale de l'Afrique du Sud : ce qui nous amène, pour commencer, à donner quelques notions sur cette géologie générale; après quoi, nous examinerons, plus particulièrement, l'allure stratigraphique des divers terrains au voisinage du Witwatersrand et, en dernier lieu, nous considérerons spécialement les couches aurifères dans leur disposition d'ensemble, avec les accidents, failles ou dykes, qui les déplacent. C'est alors seulement que nous passerons à l'examen détaillé des minerais, de leur structure minéralogique, de leur teneur et de leur origine.
Cette partie comprendra donc les chapitres suivants :
IL Géologie de la région du Witwatersrand, c'est-à-dire allure d'ensemble : 1** des couches anciennes aurifères ; 2"* des dépôts charbonneux du Karoo.
III. Étude spéciale des gîtes aurifères du Witwatersrand, subdivisée à son tour en :
A. Allure stratigraphique des couches aurifères, ou reefs; description de ces couches d'une extrémité à r autre du Rand\
B. Minerais d'or (examinés dans le détail de leur structure).