VIII PRÉFACE
tout, cela va de soi, la prétention de ne jamais nous tromper et encore moins la fatuité de faire la leçon à ceux que nous pouvons critiquer ou contredire ; mais nous pensons pouvoir rendre néanmoins quelques services en cherchant très simplement à traduire, avec ses lumières et ses ombres, ses bons côtés et ses mauvais, la physionomie de celte industrie, si colossale et si curieuse, telle qu'elle est apparue récemment à un observateur tout à fait désintéressé.
Sans doute, il eût été plus prudent de rester toujours sur le domaine de la science pure et d'effacer de notre ouvrage toutes les appréciations un peu vives; nous aurions évité ainsi le risque de froisser et d'irriter quelques personnes, parmi lesquelles peut-être des amis et le danger de paraître aux uns attaquer très injustement des affaires d'avenir, en semblant, qui sait, à d'autres, écrire une sorte de réclame. Quand nous exprimerons notre confiance dans l'allure géologique des gisements et même dans la direction technique donnée à l'extraction industrielle de l'or, en faisant aussitôt des réserves sérieuses sur la manière dont quelques sociétés ont été financièrement gérées jusqu'à ces temps derniers, nous troublerons peut-être certains esprits habitués à ce qu'on ne leur montre jamais à la fois qu'un côté des questions et non les deux ensemble. Mais nous ne plaidons pas ici comme avocat, nous nous contentons de déposer comme témoin. Il existe, au Transvaal, toute une grande industrie, en très forte majorité honnête, à laquelle ne s'appliquent pas la plupart de nos critiques et, si l'on pouvait, par quelques horions, 'ramener les autres brebis égarées dans le droit chemin (ce qui tend déjà à se faire de plus en plus), ce serait tout bénéfice. Nous croyons, au reste, de notre devoir le plus strict, puisque nous prenons la parole, de dire tout ce qui, à tort ou à raison, constitue pour nous la vérité. La question des mines du
PHÉFACË IX
Transvaal s'est trouvée, par Tinlérèt considérable qu'y a pris l'épargne française, devenir une question presque nationale et, précisément parce que nous croyons au succès final de nombre d'entre elles et parce que nous ne craindrons pas de le dire, il importe de ne pas dissimuler qu'il y a des précautions à prendre (précautions de jour en jour facilitées par la création de maisons intermédiaires tout à fait honorables et bien françaises) et des défauts à corriger.
Il existe deux façons d'envisager l'industrie. Les uns cherchent à obtenir par elle des résultats sérieux et durables, un accroissement de production et de richesse, qui constituent la juste rémunération de leur initiative, de leur travail, et de leurs capitaux. Les autres n'y voient qu'un prétexte à spéculations savantes, qu'une sorte de jeu, où il s'agit de revendre très cher h de pauvres diables ignorants, des actions achetées ailleurs bon marché et, pour eux, une machination de Bourse liabile vaut mille fois mieux que la découverte d'un nouveau filon ou d'un nouveau mode de traitement. On s'apercevra aisément que, lorsque nous avons rencontré sur notre chemin cette dernière sorte de parasites, nous les avons abordés avec peu de sympathie et, bien que nous ayons laissé de côté le plus possible toutes les critiques particulières pour nous borner à des faits généraux positifs et précis, nous n'aurons pas empêché que ce sentiment ne perce parfois à travers les chiffres. On ne décrit pas un organisme vivant, et aussi vivant que celui-là, sans y mettre un peu de passion.
Nous n'ajouterons qu'un mot, c'est que toutes les appréciations, exprimées ici, nous sont entièrement et rigoureusement personnelles ; écrites en partie pendant notre séjour au Transvaal ou dans les premières semaines qui ont suivi notre retour, elles n'ont été modifiées par aucune influence et, pour