‹ Les mines d'or du TransvaalChapitre 54 sur 80 · OS · texte numérisé non relu

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Il en résulte, en premier lieu, que les dépenses de main" (Tœuvre entrent, dans toutes les mines, pour 32 à 63 p. 100 et, sur ce total, la main d'œuvre noire pour 31 à 38 p. 100.

On voit donc aussitôt Timportance, tout à fait capitale, que présente, pour l'avenir du Transvaal, la solution des diflicultés actuelles relatives au recrutement de la main d'œuvre.

Nous avons déjà parlé, assez longuement et à diverses reprises «, de ce grave problème pour n'avoir pas à y insister maintenant. C'est là, incontestablement, le point qui doit attirer le plus l'attention des exploitants. Néanmoins, si extraordinaire qu'il puisse paraître, en ce moment, d'espérer une économie future sur un chapitre, où chacun attend, au contraire, une augmentation prochaine, nous sommes assez disposé à croire que l'acuité de la gône actuelle est seulement momentanée et que l'on arrivera probablement à en triompher, avant nu^me que la phase de développement industriel intense et fiévreux soit arrivée à son apogée dans le Rand.

Tout d'abord, nous croyons deviner, à travers toutes les fausses nouvelles arrivant chaque jour par l'Angleterre, que les difficultés de main-d'œuvre ont été très amplifiées dans les récits parvenus en Europe et même volontairement accrues dans la réalité, au début de Tannée 1896, afin d'ellarer les actionnaires continentaux et de créer en Europe cette idée que la tranquillité a disparu sous le gouvernement Boër et que l'exploitation

« Pa-cs 77 à 81.

ÉTUDE DÉTAILLÉE DU PRIX DE REVIENT i81

des mines est en danger tant que TAngleterre n'interviendra pas.

Le jour où cette opinion viendrait à dominer en France et en Allemagne et où le Transvaal se trouverait abandonné à ses propres forces, il n'est pas besoin de dire que les sauveurs de Tordre seraient tout prêts. En attendant, la pression exercée sur le gouvernement Boër permettrait, tout au moins, de faire échapper les fauteurs de l'insurrection aux conséquences de leurs actes.

Or, pour obtenir cette apparence de troubles, pour avoir un prétexte d'arrêter les batteries, on parait avoir particulièrement agi sur les noirs et déterminé leur départ de certaines mines, ou empoché leur arrivée. En tout cas, on n'a pas cherché à les attirer, comme on l'eût fait en temps ordinaire. Dès que le calme sera rétabli dans les esprits (ce qui ne peut être bien long) et qu'on s'occupera un peu moins de politique pour penser davantage à l'industrie, on trouvera, croyons-nous, le moyen de faire venir du Nord et du Nord-Est, où les noirs sont loin de manquer, les travailleurs en nombre nécessaire.

La nouvelle loi, dite des pass régulations y qui a pour effet de lier par contrat le noir à son entrepreneur, permettra aux diverses compagnies d'organiser leur recrutement, môme dans des pays très lointains, sans avoir à craindre ensuite, pour des travailleurs amenés à grands frais, une concurrence déloyaledes mines voisines.

Mais peut-être même arrivera-t-on, dans trois ou quatre ans, à un résultat encore plus complet et, quand on sera parvenu à déterminer l'énorme afflux de mineurs nécessaire pour une mise en valeur si rapide, on pourra songer à diminuer les prix, qui sont et vont être encore quelque temps très excessifs ; c'est, en effet, un fait fréquemment observé pour les phénomènes d'ordre , social, — tels que, dans notre cas, l'habitude créée, chez les jeunes gens des peuplades voisines, devenir travailler aux mines — qu'il se produit, d'abord, un certain retard de l'effet sur la cause, retard dû à l'inertie, tandis que le même mouvement se continue, par contre, assez longtemps après que la cause a déjà cessé. On a donc quelques raisons de prévoir que, lorsque l'industrie du pays approchera de son maximum, l'afflux des nègres se poursuivant de plus en plus, sans que les besoins augmentent en proportion, on pourra leur imposer des conditions plus raisonnables.

A côté de cette grande question d'ordre général, il y a peutêtre lieu, pour la main d'œuvre, de réaliser certains petits perfectionnements de détail.

Dans la plupart des mines, en effet, les ouvriers blancs sont des sortes de fonctionnaires payés à la journée et parfois il en est de même pour les noirs : ce qui amène naturellement un rendement très défectueux. Il semblerait bon de généraliser davantage le principe de lentreprise, qui existe déjà pour certains travaux, notamment pour les perforatrices mécaniques, afin d'obtenir des blancs un peu plus de travail utile.

L'examen détaillé de chaque cas particulier laisse espérer, également, d'autres améliorations, que les directeurs actuels des mines du Rand s'efforcent de réaliser peu à peu.

Il n'est peut-être pas inutile d'indiquer à ce propos, comment se règle habituellement, au Witwatersrand , le payement des salaires-.

Le principe est assez variable suivant les mines. En général, les noirs, dans les chantiers d'abatage, sont payés à la semaine et assujettis à faire, pendant leur journée, un trou de mine d'une profondeur déterminée. On peut les congédier brusquement, à la condition de leur payer une seule journée supplémentaire. Les travaux de traçage, galeries ou puits, se font, au contraire, souvent à forfait.

Dans certaines mines, le principe de Tentreprise est étendu à tout le travail; ainsi, à laWolhuter, les blancs sont de véritables entrepreneurs, qui se chargent de payer les nègres, le bois, la dynamite, Téclairage, etc., moyennant une somme fixée d'avance, somme qui sera, par exemple, de 217 francs par mètre d'avancement à la main, 167 francs à la perforatrice, 30 francs par mètre carré de couche aurifère abattu dans les chantiers, etc. La compagnie n'intervient vis-à-vis des nègres que pour leur faire l'avance des payements.

Ailleurs, comme à la Jubilee, le payement de Tabatage est réglé à tant par tonne.

Il est certain que, si l'on pouvait obtenir des noirs de faire une besogne un peu plus longue que leur trou de mine unique par journée, on aurait aussitôt besoin d'un personnel moindre.

Dans un tout autre ordre d'idées, nous avons déjà fait remarquer que la diminution du prix de la vie au Transvaal, par suite d'une réduction à espérer sur divers droits d'entrée ou de transport, aurait nécessairement son contre-coup sur le prix de la main d'œuvre. La seconde grosse dépense, dans les mines du Rand, c'est la dynamite, qui entre pour 14 àl6p. 100 dans les frais totaux.

En l'état de choses actuel, ce chapitre est très lourdement grevé par le fait de l'existence d un monopole et, si respectables que puissent être les intérêts des actionnaires de la société de la dynamite du Transvaal, — parmi lesquels, nous le savons, il est beaucoup de Français, — il serait évidemment tout à fait illogique, pour assurer un bénéfice énorme à un capital de 11 millions, de paralyser une industrie, dont le capital est de plusieurs milliards.

C'est pourquoi nous croyons qu'il est bon de chercher, dans le respect des droits de tous, mais aussi dans l'intérêt évident du plus grand nombre, une amélioration au régime présent. Rappelons, en quelques mots, l'état de l'affaire. Le monopole de la fabrication et de la vente des explosifs au Transvaal avait été accordé, vers la fin de 1887, à M. Lippert qui forma une première société de vente. Ce monopole fut annulé, le 22 août 1892, pour défaut d'exécution des clauses du contrat et remplacé, le 24 mai 1894, par un monopole d'Etat pour les explosifs.

A cette date, il fut créé une nouvelle société, la Zuid Afrikaansche Fabrieken voor Onlplofbare Stoffen, pour la fabrication des explosifs au Transvaal, société au capital de 11 250 000 francs, qui commença par payer 4 562 500 francs d'indemnité à l'ancienne Société Lippert, à laquelle elle se substitua. Le gouvernement, par la fondation de cette société, qui commença immédiatement la construction de plusieurs usines, voulait, disait-il, assurer la fabrication de la dynamite au Transvaal même et, par suite, l'approvisionnement constant des mines, sans accaparement possible de la part de quelques commerçants peu scrupuleux ^

• L'Etat ne reçoit actuellement qu'une indemnité fixe de 93 750 francs, plus 6 fr. 25 par caisse de dynamite : soit, pour 180000 caisses, i 218750 francs. C'est sensiblement moins que ce que lui procureraient des droits de douane égaux à ceux du Cap.

En outre, par l'article 4 (dont la rédaction, d'ailleurs confuse, parait, en môme temps, fort draconienne), il conservait le droit « de reprendre la manufacture en tout temps pendant la durée du contrat, à charge de payer les améliorations extraordinaires qui y auraient été exécutées, pourvu que ces améliorations aient été approuvées et soient utilisables, et seulement ces améliorations* ».

Enfin, par l'article 5, il fixait les prix de vente maxima de la dynamite au Transvaal.

On ne peut donc pas dire qu'il se soit désarmé, ni qu'il ait abandonné les intérêts des mineurs ; mais, précisément parce qu'il est en mesure de protéger ceux-ci, tout en respectant un contrat consenti de bonne foi des deux parts, on est en droit d'appeler son attention sur la situation anormale que crée, à l'industrie du Transvaal, le monopole de la dynamite, tel qu'il fonctionne en fait.

La dynamite n*^ 1 valait, en effet, à Johannesburg, en décembre 1895, 112 fr. 50, la caisse de 22S65 (50 livres) ; la dynamite n" 2, 100 francs et la dynamite n** 3, 85 francs, alors que les prix maxima autorisés par le contrat étaient respectivement de 118 fr. 75, 106 fr. 25 et 91 fr. 75, c'est-à-dire que son prix atteignait, à 6 ou 8 francs près, le maximum.

A la même époque, dans la colonie du Cap, la compagnie de Beers passait, avec le Trust de la Dynamite, un contrat, par lequel celui-ci s'engageait à lui livrer, à Kimberley, tous frais de douane et transport payés, la dynamite n** 1 à 75 francs, la n** 2 à 68 fr. 75.

Nous ne demandons pas au gouvernement Boër d'être plus libéral que le gouvernement du Cap, bien qu'il soit permis de considérer les droits perçus par celui-ci comme exorbitants; nous concédons même que la nécessité, où se trouve le Transvaal, de payer des droits de transit, soit au Portugal, soit à l'Angleterre, pour ses importations, lui crée, de ce côté, une certaine charge ; mais, d'autre part, le transport de Delagoa à Johannesburg est sensiblement moins coûteux que de Capetovvn à Kimberley, et il

* Tel est du inoms le texte que nous possédons et que nous avons lieu de croire exact.

ne semble, dès lors, pas exagéré, de demander que Ton puisse avoir la dynamite à Johannesburg au même prix qu'à Kimberley, soit avec un tiers de réduction sur les prix actuels. Sur une consommation annuelle de 180 000 caisses, qui est peut-être destinée à doubler d'ici cinq à six ans, si Ton réalise tous les projets en cours, cela ferait près de 7 millions de francs d'économie pour les mines.

On pourrait même porter la question sur un terrain plus précis et remarquer que le gouvernement aurait intérêt à racheter le monopole, pour laisser ensuite le champ libre aux concurrences commerciales et aux initiatives individuelles, en se bornant à percevoir des droits convenablement calculés ; mais ce côté de la question est trop délicat et touche à des intérêts trop complexes pour être traité incidemment. De toutes façons, il nous parait vraisemblable qu'une économie assez sensible peut, dans un avenir prochain, grâce à la bonne volonté manifeste du gouvernement Boër dans toutes les questions en litige, être réalisée sur ce chapitre de dépenses.

Il doit en être de môme, ce semble, et bien plus aisément encore, pour un autre chapitre de dépenses, qui forme actuellement 9 à 10 p. 100 des frais, pour le charbon.

Celui-ci, en effet, ne coûte aussi cher que parce qu'il est grevé de frais de transport par chemin de fer, qui, même sur la ligne du Rand, c'est-à-dire à proximité presque immédiate des mines de houille, font plus qu'en doubler le prix*. Et ces frais, euxmêmes, ne sont aussi élevés que parce que le gouvernement perçoit 85 p. 100 des bénéfices, c'est-à-dire qu'il dépend absolument de lui, sur ce point, de favoriser le développement de l'industrie.

Parmi les dépenses d'ordre secondaire, il peut y avoir également quelques petites améliorations à espérer : par exemple, sur les boisj dont on a planté de véritables forêts au voisinage des mines, tandis qu'aujourd'hui encore il faut les faire venir, àgrands frais, d'Australie, de Norvège ou du Nord duTransvaal ; de même encore, sur les fournitures de toute espèce, tant par la mise en exploitation pratique de la ligne deDelagoa, avec la grande éco-

^ Voir plus haut, p. 18.

nomie de transport et de droits de transit qui en résultera que par la concurrence commerciale de plus en plus active.

Si Ton ajoute à cela le progrès espéré dans le traitement des slimes et peut-être dans le développement de la précipitation électrique ; si Ton tient compte, en outre, de ce que la création de très grosses batteries, actuellement si à la mode, doit souvent amener un broyage plus économique, on voit que, de divei's côtés, on peut attendre une diminution dans le prix de revient.

Il ne faut pas se dissimuler, par contre, que, sur deux points au moins, pour les hommes et pour Teau, toutes ces innombrables compagnies juxtaposées, dont la cohésion a commencé par faire la fortune du Rand, sont appelées à entrer de plus en plus en lutte. Nous avons dit que ces deux genres de difficultés ne nous semblaient nullement insurmontables pour lavenir ; mais il est bien probable qu'elles se poseront, plus d'une fois, pendant les prochaines années et ce serait, par suite, un optimisme un peu trop imprudent et de parti pris que de ne pas en tenir compte dans ses évaluations et ses calculs.

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