‹ Les mines de Québec [microforme]Chapitre 10 sur 43 · DE L'OUVRIER DES MINES · texte numérisé non relu

DE L'OUVRIER DES MINES

Le sort du mineur autrefois et aujourd'hui.—Le mineur canadien. — Le chiffre de la population minière dans la province de Québec. — Comment se recrute cette population. —La culture des terres abandonnée pour l'exploitation des mines.—Faut-il déplorer un tel état de chose ?— L'industrie minière et l'exode rural.—Il faut augmenter la main d'œuvre miniére-—Les besoins de l'heure présente.— Pourquoi les bons mineurs sont rares.— Condition économique de l'ouvrier des mines.—Les salaires payés.—Condition sociale. — Condition légale. —Dispositions législatives et protection du mineur.

Les ouvriers occupés dans les mines à l'extraction des matières minérales. ont eu pendant longtemps une situation fort pénible. Dans certains pays et dans l'antiquité, ce travail était infligé à des condamnés et considéré comme une peine très sévère. Parfois le mineur était huit jours dans les sentiers souterrains sans voir le jour. Jusqu'à 1833 on employait en Angleterre, les enfants dès l’âge de quatre ans et on les occupait à fermer les portes des galeries: durant 12 heures ces enfants étaient ainsi installés, immobiles dans une niche étroite. C'est la France, qui, la première, a édicté des dispositions règlementaires en faveur des mineurs ; dès 1604, un édit royal prescrivait de faire une retenue de 1/30 sur la recette totale de chaque mine pour constituer un fonds de seconrs pour les mineurs. En 1813 undécret défendit de faire travaillerles enfants audessous de 10 ans et obligeait les exploitants à soigner leurs blessés.

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Dans notre peys les ouvriers mineurs ont toujours eu la protection des lois. Les conditions du travail ont toujours été réglementées de façon à assurer à l'ouvrier en même temps qu'un repos suffisant, un salaire conv. nable.

Au Canada, autant que n'importe quel métier, celui du mineur est honoré et encouragé. Il n'y a que dans notre province, où cet «art » comme l'appelle Dalloz,

est plutôt négligé.

En effet, un des grands obstacles au développement de l'industrie minière dans notre province, a été de former des populations de mineurs. Depuis qu'elle est née, cette industrie, füt-elle prospère, füt-elle infruclueuse, a toujours eu à souffrir de la rareté de la maind'œuvre, et malgré le chiffre toujours croissant de l'im- Migration, ce problème demeure non-résolu,

En 1904, la -opulation des mines s'élevait à 5,067 ; en 1905, ce nombre n'a guère augmenté; en 1902, on comp'ait 5,000 mineurs, et leur nombre tombait à 4,600 en 1903.

Comme dans tous les pays, c'est à l'agriculture, que notre industrie des mines demande les ouvriers qu'il lui faut. Des économistes de notre province ont déjà déploré cet état de chose: ils disent qu'il est pénible de voir ainsi la culture des terres abandonnée pour l'exploitation des mines. I] Y a peut-être un peu de vrai dans cette observation : mais il ne peut en être autrement à l'heure actuelle, ce fait est inévitable, et il ne Convient pas d’en aggrave. ‘à portée.

Sans doute qu'il vaudrait mieux que l'industrie minière n'enlevât pas à l'agriculture ceux qui la font prospérer ; sans doute qu'il vaudrait mieux aussi que l'industrie amenât avec elle son contingent de populations vigoureuses et fortes; mais à cause de ces malheurs moindres faudrait-il délaisser l'industrie minière? Au contraire, join de nuire au développement de

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l'industrie agricole, l'exploitation des mines l’augmente. C'est par l'industrie des mines, croyons-nous, qu'on pourra combattre «l'exode rural ».

Nos campagnes se dépeuplent rapidement au profit des villes; dans certaines régions de notre province l'agriculture se lamente; privée des solides gars, partis pour la cité tentaculaire, la charrue chôme trop souvent, la terre n’est plus aussi largement remuée pour les féconds ensemencements.

À quoi faut-il attribuer ce phénomène qui se généalise, devient plus intense et très redoutable ?

La grande cause de cec' réside dans un double phénomène, selon l’expre : : d'un socialiste belge : «les villes attirent et les cam). ‘nes repoussent ».

Toutes les industries nportantes se sont concentrées dans les grands centres, le machinisme a chassé du village les paysans laborieux. La mise en œuvre des machines agricoles. batteuses, aucheuses, lieuses mécaniques, a supprimé des bras nouveaux et de braves gars sont obligés de chercher ailleurs le travail que les champs leur refusent.

Et bien, selon nous, c’est l’industrie minière qui est appelée à remédier à ce mal lamentable, et voici comment. De toutes les industries, elle est la seule qui ne puisse aller se retirer dans les grands centres ; il faut qu'elle s’établisse, qu'elle s'installe autour des mines et dans les milieux agricoles.

Alors, pourquoi n'emploierait-elle pas ces bras vigoureux que le machinisme aura supp ‘mé ?— C'est l'industrie minière rémunératrice qui retiendra chez eux les campagnards. Personne ne saurait contester la vérité de ce fait.

II faut donc à ce problème de la rareté de la maind'œuvre, une solution pratique et efficace, et elle ne saurait tarder à venir, puisqu'il y va du succès de l'industrie minière, comme de la fortune de l’industrie agricole.

L'heure est venue où il faudra aux travaux des mines une armée d'ouvriers. Nous Sommes à la veille d'une période d'activité sans exemple dans l'industrie minière,

A l'heure qu'il est, toute Ja région du Témiscamingue jusqu'au lac Abitibi, toute la région de Chibogomo sont couvertes de permis de recherches ; des explorations vont commencer incessamment, et nous croyons qu'un grand nombre vont avoir un heureux résullat. C’est alors que Ja question du travail va devenir compliquée ; les explorateurs heureux qui voudront mettre en valeur les richesses qu'ils auront découvertes, vont avoir besoin de mineurs, et où vont-ils les prendre ?-Pour conduire économiquement et ave profit une exploitation minière, il ne faut pas qu'elle soit inhabile, ni abusive. Comment l'exploitation peut-elle n'être pas inhabile et infructueuse, quand ceux qui la font, comme ceux qui la dirigent, possèdent aucune des Connaissances requises ?

Jusqu'ici l'agriculture a pu fournir assez d'ouvriers à l'exploitation des mines, mais on ne peut plus compter sur elle, quand cette exploitation va se faire dans des régions inhabitées, comme l'est Chibogomo, et la région de l'Abitibi et du Kippewa ; il va falloir alors que l'industrie améme avec elle, des équipes d'ouvriers habiles et expérimentés, pour mettre en opération ces travaux appelés à devenir gigantesques, et où va-t-elle aller les chercher ?

I fut un temps, où l'art du mineur était plus en YOgue qu'aujourd'hui dans notre Province ; malheureusement ce sont les autres Provinces, ou les Etats-Unis qui ont bénéficié, sinon de l'expérience de nos mineurs, du moins de leur travail et de leurs efforts bienfaisants.

Quand ils ont émigré, ces mineurs ont été attirés par la perspective d’être mieux payés ; mais tout calcul fait, 0h constate que de l'autre côté des frontières, l’expatrié, s'il a femme et enfant, n'a pas une condition plas enviable que dans notre province.

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