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LE ROLE ÉCONOMIQUE ET SOCIAL DE L'INDUSTRIE MINIÈRE

Importance de l'industrie minière.— Opinion de l’hon. Prévost.— A quoi tient cette importance. Corrélation étroite entre l'agriculture, la colonisation et l'industrie miniére.— Rôle et devoirs de l'Etat.— Ce qu'il faut aux explorateurs et aux exploitants.

Il est inutile, pensons-nous, d'insister sur l'importance de l'industrie minérale pour le développement de la richesse d’un pays. Cette démonstration serait super- Îlue. 11 y a déjà longtemps qu'un économiste à écrit :

le progrès dans l'industrie des mines et le chiffre croissant de leurs produits donnent la mesure du développement économique d'un peuple. »

Tout récemment, l'honorable Ministre de la colonisation, des mines et des pêcheries déclarait quelle importance avait à ses yeux l'industrie minière. Dans un discours qu'il prononça en mars dernier au banquet des ingénieurs des mines, l'honorable M. Prévost n'a-t-il pas proclamé que cette industrie valait mieux que la colonisation agricole, dont pourtant, il s’est toujours déclaré le champion. Voici en quels termes il traduisait sa pensée: «Si celui qui fait pousser deux brins d'herbe là où il n'en poussait qu'un auparavant, mérite d'être appelé un bienfaiteur de son pays, combien plus digne de ce nom est ceiui qui par la découverte magnifique et l'exploitation intelligente et heureuse d'une mine, transforme la nudité d’un roc en un village tel que

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Thetford Mines, ou Coleraine, et le peuple avec des milliers de mineurs heureux, prospères ei satis'aits avec leurs familles; combien plus cet h5mmc ne mérite-t-il pas d'être connu par ses contemporains et la postérité, comme un patriote, un amant et un bienfaiteur de son pays. »

C'est au rôle économique et social qu'elle remplit que l'industrie minière tient sa si grande importance. Avec l'agriculture et la colonisation, elle est un des grands facteurs du développement de la grandeur d'un peuple.

En effet, il existe entre l’industrie minière, l'agriculture et la colonisation, une étroite corrélation: si étroite que des économistes et sociologues se sont plus à dire que l'industrie minière, l'agriculture et la colonisation sont sœurs.

«L'industrie est sœur de l'agriculture, écrivait Ed. Dalloz, en 1862, une étroite solidarité les unit.» Et c’est dans les termes suivants qu'il illustrait sa pensée : «L'agriculture assure la subsistance des nations et leur fournit ses blés, ses viandes, ses fruits, son vin: l'industrie minérale crée en quelque sorte les matières premières qui successivement transformées viennent en aide à la fécondité du sol. N'est-ce pas elle, en effet, qui forge le soc de la charrue, qui fabrique l'arme du chasseur, qui met aux mains du guerrier des moyens d'attaque et de défense?— N'est-ce pas elle qui du sein de la terre fait sort’ des matérianx de constructions pour l'ouvrier, qui‘ :e à l'artisan des instruments et des matières à travainer, qui, pour les peuples, pour leurs rapports sociaux enfante des éléments d'échange dans les monnaies. »

L'industrie minérale est aussi un puissant facteur de colonisation. Nous dirons plus; c'est la colonisation elle-même.

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En effet, puisqu'il y a la colonisation agricole, la colonisation sportive, selon f'heureuse expression de l'honorable M. Prévost, pourquoi n'y aurait-il pas aussi la colonisation industrielle? Et quelle industrie autre que l'industrie minérale pourrait être mieux qualifiée de ce nom ?

Fallot a défini la colonisation «l'action exercée par un peuple civilisé sur un pays de civilisation inférieure à la sienne dans le but de le transformer prosressivement par la mise en valeur de ses ressources naturelles et par l'amélioration de conditions matérielles et morales d'existence des habitants. »

N'est-ce pas là aussi la définition de l'industrie

minérale ?

.+ M. Dunoyer, un économiste francais, définit comme suit le rôle de l’industrie minérale: «L'industrie minérale, disait-il, fomente la culture des terres, donne naissance à des villes ou provoque leur développement ; elle décide de leur aspect, de leur physionomie, et influe d'une manière notable sur le caractère de l’industrie, des habitudes de la civilisation.

M. Casimir Périer écrivait aussi: «la, où une mine se découvre, une ville se fonde, »

Les exemples abondent du développement rapide autour des exploitations minières. «Thetford et le lac Noir, disait l'honorable M. Prévost, tout récemment, étaient il y a vingt-cinq ans, des «flags stations» du Québec Central, avec quelques camps de mineurs ou de chercheurs; aujourd’hui, ces deux centres possèdent une population de plus de 6000 âmes, fournissant 20C0 mineurs. »

Chaque mine ouverte devient un marché pour les produits du sol, et de la ferme; les affaires attirent et font les affaires; les transactions de toutes sortes stimulées par l'abondance du numéraire, se multiplient sans cesse ; le commerce se développe et l'aisance et le

puissants voisins.

plus funeste encore.

bien-être remplacent bientôt la pénurie et la pauvreté. Voyez ce qui se passe dans nos centres miniers ; les villages sont nés comme par enchantement ; les journaliers y reçoivent des gages élevés; les cultivateurs des environs en bénéficient les premiers; le commer fleurit et la prospérité de Ja province s'accroit de ces richesses nouvelles. Plusieurs milliers d'ouvriers sont employés depuis nombre d'années travaux, et $5,000,000, leur ont été priélaires ou les compagnies qui exploitent ce celle somme énorme à fait vivre dans l'abondance des milliers de familles pauvres et a retenu une population forte et vigoureuse, qui serait allée, faute d'emploi, grossir les rangs ct les revenus de nos .

à ses grands payés par les pro-

au milieu de nous

N'est donc évident que plus nos mines s'ouvriront, et seront exploitées, plus l’agriculture surtout en bé ficiera. Les millions que les capitalistes vont dépenser, en travaux préliminaires où permanents, iront les goussets des ouvriers, des cultivate merçants Voisins. La prospérité des uns fait la richesse des autres et ces deux grandes industries agricole et minérale, si intimement liées par leur nature travaux qu'elles nécessitent, tout en enrichissant ceux qu'elles emploi t, les ouvriers et les journaliers surtout, contribueront }. incipalement à faire oublier vateurs et à nos colons, la rigueur de pauvreté de nos. récoltes, et à faire disparaître de notre sol la plaie dévorante de l'émigration, qui est un mal

urs et des comet par les

à nos cultinotre climat, la

En se développant ainsi l’une à côté de l une lutte persévérante, mais pacifique, l'industrie minérale et l'agriculture ne constituent-elles pas la base solide, la clef de voûte sur laquelle on peut édifier l'œuvre d’agrandissement de notre province.

autre dans

Si donc le progrès dans l'art des mines et le chiffre croissant de la production donnent Ja mesure du déve loppement d'un peuple ; si l'industrie minérale est sœur de l'agriculture à laquelle elle est unie par une étroite solidarité ; si les mines sont une des sources principales de prospérité matérielle et un instrument de civilisation : si l’industries des mines est un si puissant facteur de colonisation, si, telle est l'importance du rôle économique et social de l'industrie minérale, on comprendra que la mise en valeur des richesses nationales importe au plus haut point à la vie industrielle de notre chère province et que le gouvernement doit veiller avec un soin jaloux à l'organisation de la Propriété minière et à son exploitation régulière et permanente.

C'est ici que commence le rôle de l'état personnifiant la fo°tune publique.

Un homme qui a consacré une vie bien remplie à l'étude des mines, M. Héron de Villefosse, a résumé, en forme de conelusion, les idées que lui Suggéraient sa profonde expérience sur le rôle et les devoirs de l’état au point de vue du développement de la richesse minérale.

« Pour conserver et accroitre les ressources offertes par le règne minéral, écrivait-il, l'administration publique des mines devra :

1° Assurer la conservation des mines actuellement connues et encourager à en découvrir de nouvelles ;

2° Rendre l'exploitation durable et complète, c'est-àdire conforme aux principes de l'art ;

3° Multiplier et étendre les exploitations sans nuire à l'agriculture ;

4 Etablir parmi les exploitants une concurrence sage qui écarte le monopole et ménage la surface du terrain ;

9° Maintenir les droits réciproques des exploitants de l'intérieur et des propriétaires de la surface :

6° Empècher que les capitalistes qui consacrent des fonds à l'industrie des mines ne soient dunes de charlatans ;

7° Faire en sorte de répartir sur un grand nombre de particuliers les charges des entreprises souterraines ;

8° Maintenir l'équilibre entre les intérêts des exploitants, qui doit être un gain prompt, et l'intirèt de l'état :

9 Terminer promptemsnt les contestations entre les exploitants et surtout les prévenir;

10° Veiller à la sûreté des ouvriers mineurs et de la surface ;

11° Hâter le perfectionnemert des procédés scientiliques et les étendre aux ateliers minéralogiques :

12° Former des directeurs de travaux et des ouvriers pour l'exploitation ;

13° Venir au secours des exploitants qui .ommencent, ou qui ont besoin d'avances pour des travaux reconnus utiles ;

14° Pourvoir à ce que le dérangement des fortunes d'un ou de plusieurs exploitants, n'entrainent pas l'abandon et la ruine d'une exploitation, et à ce que cette portion de la richesse publique ne devienne pas un objet d’agiotage. »

Pour tenir son rôle avec tout le succès qu'on a le droit d'en attendre, l’industrie minière a aussi besoin du concours du mineur.

Jusqu'ici on pourrait peut-être reprocher à nos compatriotes un défaut d'initiative, souvent un défaut d'instruction technique et d'éducation scientifique. Comme l'écrivait encore Ed. Dalloz: «Il y a des jours de lutte où le mineur, comme l'agriculteur, devra compter avec les bas prix, les mauvaises spéculations, la disette, Ie chômage; mais qu'une administration sage

et prudente préside à ses travaux, quelle se préoccupe :

exclusivement du bon aménagément du gite, qu'en allant sans défiance, mais de sang-froid cependant, audevant des innovations, elle sache, allier le bénéfice de procédés plus économiques à la question d'affaires qui doit tout dominer : qu'en amortissant son capital dans une juste mesure, elle déjoue en inème lemps, par une réserve proportionnée et opportune, les conséquences d'années mauvaises, d'avances infructueuses, est-il alors une propriété plus sûre, mieux garantie ?— La mine n'es! un bien conditionnel qu'en ce sens que plus que tout autre propriété, elle doit être exploitée d'après des principes en rapport avec sa nature: elle réclame une une capacité morale, financière et intellectuelle, des connaissances spéciales de la part des exploitants ; une prévoyance et une persévérance qui excèdent la durée de la vie humaine, parlois aussi de longues attentes. A défaut ce ces conditions, dont sé artent trop souvent les spéculateurs, en général pressés ‘de jouir, elle cesse d'être productive, de répondre à des espérances souvent préconçues, plus souvent encore détruites par une exploitation inhabile ou abusive, »

« Le défaut de connaissances spéciales de la part des exploitants » a été trop souvent, hélas, la cause de leurs insuccès et de leurs déboires.

Ce mal n'est pas d'aujourd'hui et ne nous est pas particulier. En 1890, la Commission Royale nommée par le gouvernement d'Ontario pour étudier la question du développement des richesses minérales de cette province, constatait le même défaut chez les explorateurs et les exploitants de cette région. Et son rapport concluait sinsi: «Pour que les richesses minérales de la province se développent dans les conditions les plus profitables et les plus économiques, il est désirable que des mesures soient prises pour assurer à ceux qui veulent s'engager dans l'industrie minière, un enseignement pratique et technique. On a constaté que les

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explorateurs et les exploitants manquaient absolument de compétence, ne possédant aneune des connaissances nécessaires au succès des entreprises du genre de celles dans lesquelies ils sont engagés. » .

Puis pour remédier à ce funeste état de choses, les commissaires recommandaient l'adoption des méthodes mises en vigueur, avec tant de succès, en Nourelle- Zélande. Ils demandaient avec instance l'établissement, sur une haute échelle, d'un enseignement technique. En Nouvelle-Zélande le gouvernement a organisé des écoles techniques. Il a établi une de ces écoles dans chacun des districts miniers; plusieurs fcis par mois, un professeur de l'université accompagné d'un personnel qualifié, fait Ja visite de ces écoles; et son rôle ne consiste pas seulement à donner des cours sur les mines, mais aussi à diriger, à guider les travaux entrepris par les étudiants. Dans ces écoles, le mineur et l'étudiant vivent en contact continuel et sont soumis aux mêmes travaux, en peu de mois les uns et les autres ont acquis une connaissance assez exacte des données de la science des mines, et ils acquièrent vite la compétence qu'il faut pour conduire à bonne fin les exploitations qu'ils auront à diriger.

C'est l'intention du gouvernement de notre province de fonder une école forestière; pourquoi r'établirait-il pas aussi une école des mines, où les élèves apprendraient à fond la géologie et la minéralogie, et cela pour leur plus grand profit, en même temps que pour celui de la province.

Quoiqu'on dise l'exploitation de nos forêts, source la plus importante de nos revenus, viendra à s'épuiser sous l'assaut de la hache, du feu et des accidenis de toutes sortes. Songeons donc, dès maintenant, à remplacer cette source féconde par le développement intelligent et raisonné de nos mines, de cette réserve prodigieuse que la providence a disséminée, avec tant de profusion sur notre territoire et qui, lorsqu'elle aura atteint

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Sa IMaäalurié, pourra fournir à son lour, au peuple et l'état, des ressources aussi précieuses qu'abondantes, e de temps qu'il pousse de l'avant la coloricole, qu'il stimule la colonisation sportive, M. Prévost consacre une p vité à la colonisation industrielle, l'industrie des mines.

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l'honorable art de son acti-

particulièrement à

est dans e but de faire progresser la colonisation le et F strie des mines qu'il a entrepris son

æ em Belgiise. Confiant dans son initiative sûre

lé demander a ce petit coin de terre don. et des capitaux pour doubler la valeur de ichesses agricoles e. minières,

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lue il est

* Pour que l'ir lustrie minière devienne

aiment un facteur d'en richissement et conséquemment le la g d'une nation, il faut le c.ncours »t de l'état ct des lividus.

ni we, stimuler, renseigner, guider l'industrie e t inst

+ Ceux qui la dirigent et ceux qu'elle emploie : telle et ln tâeh patriotique que doit assumer un gou-

vernen incerement dévoué aux intérêts de notre pr [HE

Da tr part pour réussir dans son entreprise, le min win d'être industrieux, d'avoir de la constance efert et de ne pas se décourager, même si on li

qu'il travaille dans le vide et qu'il vieillira Sans a retirer de ses travaux, et qu'il mourra à Ja peine ; qu'il persi ste au travail, même si on le ridiculise, et qu'on l'appelle un imaginaire.

Travail, constance et espoir,

tels sont les trois mots d'ordre de celui «

qui s'engage dans l'industrie des mines.

Le succès n'est qu'à ce prix.

Ofver Wendell Holmes a exprimé |

a même pensée dans ces deux vers fameux :

«Be firm! one cc-

‘ant element in luck,

Is genuine, is soli d Tentonic pluck. »

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