FRANÇAISE DES MOTEURS A GAZ
Enfin, certains organes du nstenr Ou# qui nécessitent quelque entretien, tels que le tiroir, le piston et la soupape d*échappement se démontent avec la plus grande facilité.
La consommation pratique de gaz par cheval-heure varie de '700 à 900 litres, elle décroît lorsque la puissance de la machine augmente.
Les moteurs à gae sont appelés à rendre de très réels services et leur emploi se généralisera davantage en France lorsque le prix du gaz pourra être baissé et si ron emploie les gaz pauvres.
Ces moteurs sont surtout utilisés par la petite industrie, lorsqu'elle est reliée à une canalisation générale de gaz; dans le cas contraire, les petits moteurs ne pouvant s'adjoindre des gazogènes spéciaux^ les H«teiiM A pétvsle viennent combler cette lacune lorsque le gaz d'éclairage n'existe pas.
Moteurê à pétrole, système Otto. — Ces moteurs se divisent en deux genres, fonctionnant d'après les principes des moteurs à gaz, mais la façon de produire le gaz diffère complètement. L'un fonctionnant avec des essences légères (gazofines, benzines, etc., pesant de 600 à 700 grammes le litre, l'autre avec des huiles lourdes de 800 à S40 grammes).
Dans les moteurs à essence, le gaz s'obtient par la simple carburation de l'air en traversant, soit directement une couche de liquide, soit des substances qui en sont imprégnées. Il faut nécessairement que les essences ainsi employées soient très volatiles. Souvent, pour favoriser l'évaporation, on se sert de la chaleur perdue des gaz d'échappement ou de Teau de refï^)idissement. C'est toujours le piston moteur qui aspire, au travers de la subtance carburatrice, l'air destiné à former le gaz qui, mélangé à une certaine quantité d'air A*ais, forme le mélange détonant. La consommation d'essence par cheval et par heure varie, suivant la force et le type des moteurs, entre 400 et 500 grammes. Le prix généralement élevé des essences (0.50 à 0.60 le litre), est un empêchement à l'emploi des moteurs à essence partout oii le gaz d'éclairage existe. Us s'emploient pour les petites embarcations, tricycles, etc., plusieurs applications de ce genre figurent à l'Exposition.
Le mode de formation du gaz est tout différent dans les moteurs à pétrole. (Voir. fig. 2).
L'huile se volatilise dans une sorte de chaudière chauffée à la mise en marche du moteur par une lampe, puis par les gaz d'échappement. Les vapeurs de pétrole sont directement aspirées par le piston.
La dépense d'essence est réglée automatiquement par le régulateur et est sensiblement proportionnelle au travail
Froduit ; enfin, le graissage de la machine et la carburation de air se faisant automatiquement, la surveillance des moteurs à pétrole est nulle, pourvu qu'avant chaque mise en train les graisseurs et le carburateur dont la capacité est calculée pour une dizaine d'heures de marche, soient remplis.
La CompaKaie française des notears A i^as a obtenu une Hétfjiille il*«r, et son collaborateur, M. Fresaa, une JHéëittille 4k*maf9^nt.
Hors Oouoours classe 19 Gri*a,xicL Pjrl3C classe 63
Société -A-non-yrcie
BBS
]llAaiar»etiu>e« de Glaecs
ET
ProdniUi CTliiBrà^vea
os
St-OOBAIN, CHAUNT A CIRET
Rue Sainte-'Céctle^ à Paris
Nous ayons devant nous une fort belle exposition.
Dans la classe 19, cristaux, verrerie et vitraux, la rnanu^ facture de glaces de S«l»t-i««b«l»,ChaaByet€lrey expose une très grande glace brute de 8»10 x 4»14 ayant une superficie de Sd^SSf un grand miroir plan pour télescope de I*"30 de diamètre, poids 600 kilog. et un grand miroir concave, le plus grand fabriqué jusqu^à ce jour, mesurant l'^GO et pesant 450 kilogs !
Des dalles brutes, coulées et moulées, unies et à reliefs; pièces moulées diverses et tuiles en verre ; pièces de phares et d'optique ; verres de toiture unis et à reliefs, verres imprimés à reliefs (brevetés) sortent également de Tusine de St- Gobain.
Celle de Chaany a une grande glace de miroiterie de7'"6dX. 4"12= dl"*4356 de superficie d'une pureté de pâte presqu'absolue. Elle a placé dans la vitrine de M. Warée (classe 21) une immense glace de vitrage de 8»14 X ^"^0 = 34'"24 de superficie, la plus grande, à beaucoup près, qui ait jamais été coulée, ainsi qu'une grande glace argentée de5"34X^"'46 = 18°*03 de superficie, enfin divers spécimens de glaces en blanc et argentées, de différents choix et épaisseurs.
L'usine de Clrey expose une glace argentée de 5'°19 X a^'OQ = 16"*0371 de superficie; une glace biseautée et argentée à répétition de 3«»6'7X 2»28 = 8»3676 de superficie; une glace argentée de ô'-OT X 3.09 = lô^ôôôS de superficie, ainsi qu une glace à répétition faite par Tusine de Montluçon.
Dans la Classe 6:i,st-Gobain nous montre des glaces et dalles brutes piour toitures, revêtements et vitrages; verres coulés unis et à reliefs pour toitures et vitrages ; dalles moulées unies et à reliefs; pavés et tuiles en verre ; pièces moulées pour le bâtiment; verres imprimés à reliefs (brevetés).
Dans la Classe 64 : Glaces et dalles brutes et polies, pour tables de dissection, de laboratoire. Revêtements et urinoirs.
Pièces moulées pour caniveaux, égouts, sièges, communs, etc. compris dans Texposition des produits chimiques.
Commençons Tétude de cette société dont nous empruntons une partie au GénU Civil :
Fabrieatioii des Glaces*
Dans toutes les industries, Tatelier a préeédé le laboratoire, les procédés traditionnels ont devancé les formules scientifiques, et il n*est pas de grande fabrication qui n*existàt en Europe ou en Chine, avant les grandes découvertes modernes de la mécanique ou de la chimie.
L'art du verrier remonte à la plus haute antiquité. Le procédé chimique qui permet de produire le verre brut n*a pas chauffé, c 11 s^agit toujours de vitritier les matières vitrifiables^ en les renfermant dans des matières rèfractaircs et eA les soumettant À des matières combusttbles ». Seulement, les anciens verriers ne pouvaient vaincre qu'en tâtonnant, aveq b^ueo^p de temps, de pertes, comme au hasard, les diflflcultés pratiques de toute nature qu'ils rencontraient. Il fallait d^abord choisir une terre pouvant supporter sans se briser une chaleur d'au moins 2.000« pendant plusieurs heures; après avoir trouvé cette terre très rare, il fallait la pétrir et fabriquer un vase très grand et pourtant facile à remuer, et puis, comment disposer le four, d« manière à ce que le combustible fût économisé, le feu activé, la matière
Î préservée? < Quand le mélange ne fondait pas, on y Jetait du bndant ; quand le feu n*opérait pas. on y jetait du combustible ; quand Topération tardait, on i^joutait des heures et des journées ; quand le produit n'était pas bien venu, on recom* mençait ».
L'invention des glaces coulées^ qui est une invention française faite en 1691, par Lucas de Nehou, est le premier progrès et le plus décisif accompli depuis l'origine de la fieibrioation des glaces. Sans l'invention du coulage^ on en serait demeuré aux petits miroirs, comme les Vénitiens. Du reste, on a continué longtemps encore le soufflage à côté du coulage. On coulait les grandes glaces, on soufflait les petites.
Un autre progrés important a été amené par remploi du sulfate de soude. Avant 1793. on se servait de soude d*Espagne. Les guerres de la fin du XVIII* siècle, rendant souvent impossible l'entrée de coproduit enFrance, Leblanc répondit à rappel du Comité de Salut public et inventa le procédé de production delà soude artlâcielle qui donne le oarbônate de soude. Bnûn, en 1850, M. Pelouze remplaça le carbonate de soude par le sulfate de soude oui est Dien moins cher^ et la oonséquence fut un abaissement du prix de revient des glaces.
Un troisième progrès a été la substitution de la houille au bois, puis ensuite du gaz à la houille, par le changement des fours. Déjà vers le milieu du XVIII' siècle, on avait essayé, à diverses reprises, à Saint-Gobain, de substituer la houille au boiSy après tréjetaae, c'est-A-dire après transvasement rapide. Deux fours travaillaient ensemble dans chaque halle. L'U9 fondait dans des pots fixes ; on tirait de Tautro pour couler le rerrs afflné et triijsté.
En 1850, le tréjetage, qui faisait perdre da temps et du ▼erre, avait été supprimé ; la fonte et l'afflnage avaient lieu dans le même ïour, mais au bois. C'est à cette époque que Louis Oay-Lussac, ayant fait venir des fondeurs belges essaya de substituer d'un seul coup la houille au bois. Mais on brûlait une quantité considérable de charbon par mètre de glace fabriquée. M. H. Blyer ûi entrer remploi du charbon dans la pratique, et introduisit bientôt le four à gaz et à chaleur régénérée, inventé par MM. Siemens, qui a permis de réduire 1res notablement cette consommation.
La production de la glace brute xiécessite trois opérations principales : la fu$ion du verre^ la coulée et le refroidisse^ ment de la glace obtenue.
Les matières qui entrent dans la fabrication du verre à glaces sont la silice, le sulfate de soude, le carbonate de chaux, le charbon de bois et des débris de vefre (calcin). La silice décompose, sous l'influence de la chalenr, le carbonate de chaux, et, grâce à la présence du charbon de bois, le sulfate de soude ; le produit anal de la réaction est un silicate de soude et de cnaux.
La silice employée (sable) provient de Fontainebleau, de Nemours ou de Champagne. Ces sables sont très purs, exempts presque complètement de sels de fer et de grains de grès qui pourraient rendre leur ftision difficile. Le choix du sable a une grande importance au point de vue de la fusibilité plus ou moins grande du verre et au point de vue de sa coloration.
Le calcaire provient de Landefies (Belgique), d'Aix-la-Cha^ pelle, d*Allemagne, du nord de la France. Il est très pur, quoique son aspect soit gris, ce qui tient à sa provenance du terrain carbonifère. La calcination fait disparaître cette coloration due à des matières bitumineuses. Plus le verre contient de chaux, plus il a d'éclat, de solidité et plus il est résistant aux agents atmosphériques ; il y aurait cependant de graves inconvénients à trop forcer la proportion de calcaire, et Texpérience a prouvé que la meilleure proportion de calcaire est celle qui correspond, dans un mélange vitriâable, à la quantité de sulfate de soude*
Le sulfate de soiuie doit contenir le moins possible de fer, afin d*éviter la coloration du verre. 11 provient de la décomposition du sel marin par Tacide sulfnnque, dans des cuvettes en plomb. Pour cette décomposition, on emploie du charbon de bois en poudre.
Enfin, le calcin sert à faciliter la fusion des matières vitriflables. On remploie également pour vernir à Tintérieur les creusets nouvellement placés au four, afin de les revêtir d'une couche de verre destinée à préserver les parois du contact immédiat des matières en fusion, principalement du sulfate de soude (enverrage).
Le mélange des matières vitrxflahUs doit être fait avec le plus grand soin pour éviter des Irrégularités dans le produit obtenu. Jusqu'à ces dernières années, il se faisait à la pelle par des ouvriers mélangeurs ; aujourd'hui, on emploie de préférence des mélangeurs mécaniques.
Fusion du verre. — - Lorsque le four de foslon est mis m
activité et qa*il a atteint la température eonTenablet on introduit dans les creusets d*abord le calcin^ ensuite la composition, et Ton procède à la fusion.
Les mélanges sont apportés aux fours et introduits dans les creusets, à Taide de pelles spéciales. Cet enfournement ne doit être fait que lorsque le four a été fortement réchauffé ; lorsqu'il est terminé, les matières prennent, en fondant, un retrait considérable, et bientôt elles n'offrent plus que moitié à peu près de leur volume primitif. On fait alors un second enfournement avant que la rente du premier soit complète ; de même, pour les enfournements suivants. Les matières étant fondues, ce dont on s'assure en cueillant dans la masse, à l'aide d'une tige de fer (cordeline), le verre est rempli de bulles qu'il faut faire disparaître, en le maintenant pendant un certain temps à l'état nuide. Cette partie fort difûcile de la fabrication du verre porte le nom d affinage. Elle a pour but de rendre le verre nomogène et d'en expulser, autant que possible, les bulles de gaz qui se produisent au moment de la formation du verre et oui persistent dans la masse vitreuse, alors même que les réactions chimiques paraissent accomplies.
Lorsque l'affinage est terminé, on abaisse la température du four jusqu'à ce que le verre ait acquis le degré de consistance pâteuse nécessaire pour pouvoir le couler sans inconvénients et pour permettre le travail du verre.
Ce refroidissement du four, qui dure de deux à trois heures, se nomme la braise ou le tise- froid. Par suite de cet abaissement de température, le verre devient plus dense et force les gaz renfermés encore dans sa masse à remonter à la surface du creuset.
Coulage. — Les creusets sont successivement enlevés du four à l'aide d'une pince spéciale, placés sur un chariot et conduits jusqu'à une grue munie d'une tenaille spéciale qui soulève le creuset et Tamène au-dessus de la table ; puis, à Taide d'un mouvement de bascule, on renverse brusquement le creuset, dont le contenu tombe sur cette table, qui a été préalablement saupoudrée de sable Un. Le verre, pâteux, commence à s'étendre lui-même ; on continue l'étendage à l'aide d'un gros rouleau en fonte (pesant environ 4,OoO kilogr.) qui circule sur la table dans le sens de sa longueur.
La largeur de la glace, son épaisseur, sont réglées par des tringles de fer sur lesquelles le rouleau porte par ses extrémités.
Aussitôt que le rouleau a laminé le âot du verre, on pousse la glace ainsi produite dans le four à recuire (carcaise).
L'opération du coulage est un des plus beaux spectacles de l'industrie moderne. Au siècle dernier, ce spectacle avait même quelque chose de solennel : le Directeur de la manufacture y assistait en grande tenue de gala, l'épée au côté, la perruque poudrée et le tricorne sur la tête ; tandis que les ouvriers étaient vêtus d'une grande chemise de toile blanche, d'une culotte de toile bleue et de longues guêtres blanches ui leur couvraient le dessus du pied, le visage recouvert 'un masque en serge et la tête coiffée d'un grand chapeau de feutre pittoresquement rabattu.
Voici la description de la ceulëe faite par M. A. Gochin, dans sa brochure.
c Quand pour la première fois la nuit dans une des vastes halles de Saint-Gobain, les leurs sont fermés et le bruit sourd d'un feu violent mais captif, interrompt seul le silence, de temps en temps, un verrier ouvre le pigeonnier du four pour regarder dans la fournaise Tétat du mélange, de longues flammes bleuâtres éclairent alors les murailles des carcaises^ les charpentes noircies, les lourdes tables à laminer et les matelas sur lesquels des ouvriers demi-nus dorment tranquillement.
« Tout à coup Theure sonne, on bat la générale sur les dalles de fonte qui entourent le four, et 30 hommes vigoureux se lèvent. La manœuvre commence avec l'activité et la précision d'une manœuvre d'artillerie. Les fourneaux sont ouverts, les vases incandescents sont saisis, tirés, élevés en Tair, à l'aide de moyens mécaniques ; ils marchent comme un globe de feu suspendu, le long de la charpente, s^arrêtent et descendent au-dessus de la grande table de fonte placée avec son rouleau devant la vaste gueule béante de la carcaise. Le signal donné* le vase s'incline brusquement, la belle liqueur d'opale, brillante, transparente et onctueuse, tombe, s'étend comme une cire ductile, et, à un second signal, le rouleau passe sur le verre rouge ; le regardeup, les yeux fixés sur la substance en feu, écréme d*une main agile et hardie les défauts apparents ; puis le rouleau tombe ou s'enlève, et vingt ouvriers munis de longues pelles poussent vivement la glace dans la carcaise^ où elle va se recuire et se refroidir lentement. On retourne, on recommence, sans désordre, sans bruit, sans repos, la coulée dure une heure ; les vases à peine remplacés sont regarnis ; les fours sont refermés ; les ténèbres retombent, et Ton n'entend plus que le bruit continu du feu, qui prépare de nouveaux travaux ».
Dans la carcaise, la glace séjourne pendant plusieurs jours en se refroidissant graduellement. Chacun de ces fours à recuire peut contenir deux ou quatre glaces. La théorie du recuit consiste à maintenir la surface du verre à un état tel que le retrait produit par le refroidissement des parties intérieures puisse s'opérer sans obstacle.
La carcaise (1) et le creuset ont une importance capitale dans le succès d'une fabrique de glaces. Sans de bons creusets on ne peut pas obtenir de haute température dans le four, et
(l) Uae carcaise est un four à voûte elliptique, à sole formée de briques posées de champ, bien dressées sur la face supérieure, reposant sur une couche de sable tamisé, d'un grain uniforme de finesse. Toutes les parties de la tôle doivent se dilater librement ; on vérifie après chaque défournement, au moyen d*une longue règle bien droite, la sole des carcaises, afin d'avoir une surface plane ; 1 ouvrier chargé de ce travail s'appelle redresseur des carcaises. Une carcaise est CDauffée par deux foyers, un à Tavant, un à l'arrière. Une large ouverture à Ventrée permet l'enfournement et la sortie des glaoes ; cette ouverture est fermée car des tôles mobiles mues par des contrepoids. Chaque carcaise doit avoir sa cheminée spéciale, servant au chauffage et au refroidissement. Le tirage doit être suffisant pour permettre de ehaufter uoe carcaise en trois on quatre heures.
(Le Verre et le Cristal^ par J. Hkhritaux).
par conséquent il est impossible de produire de beaux verres. Sans de bonnes carcaises» pas de rendement ; pour satisfaire à cette condition, les carcaites doirent donner des glaces planes, entières, « bien recuites ».
Au moment de Tenfournement des glaces dans la carcaise, la température doit être inférieure à celle du ramollissement du verre. On doit prendre dans le refroidissement de grandes précautions pour éviter la casse.
Les glaces sortant des carcaises sont rugueuses, les surfaces ne sont même pas parfaitement parallèles, et enfin elles ne sont pas transparentes. Pour la(re disparaître ces aspérités et rendre ensuite les glaces transparentes, il faut les soumettre à plusieurs séries d*opérations qui prennent le nom de doucissage^ savonnage, polissage.
Prenons une glace à sa sortie de la carcaise : elle est posée sur une table en bois sur laquelle on Téquarrit avec un diamant ; cette table est à bascule et dépose la glace sur un pupitre légèrement incliné et monté sur roues. On amène ce chariot-pupitre dans un atelier spécialement outillé pour le maniement des glaces. De longues courroies enroulées autour de poulies portées par de petits chariots mobiles sur un chemin de fer aérien scellé au plafond, soulèvent doucement la glace en s*appuyant sur ses deux parois, ce qui permet de Texaminer en détail, de marquer ses défauts. On la remet sur une table horizontale pour la découper et la débiter en plusieurs parties. Si les défauts ne sont pas assez accentués pour nécessiter le découpage, on laisse la glace entière ; la table la relève, les courroies reprennent la glace, et la posent de nouveau sur le pupitre. On la garantit par un emballage et on la transporte par chemin de fer à 15 kilomètres, à Cnauny, pour la doucir et la polir.
Les établissements de Chauny couvrent une surface considérable (21 hectares), et par suite des développements successifs quMls ont reçus dans ces dernières années, la force motrice, qui n'était guère que de 300 chevaux, il y a 25 ans, et provenait des roues hydrauliques établies sur fOise, canalisée et divisée en plusieurs bras, a dû être portée à 1,800 chevaux, par Tadjonction de puissantes machines à vapeur, système Corliss.
Les grands pupitres chargés de glaces, arrivent sur rails Jusque dans les ateliers du douci. Le doucissage a pour but d'user la glace de chaque côté jusqu'à ce que toute aspérité, toute inégalité aient parfaitement disparu et que les deux faces soient devenues assez planes pour pouvoir être ensuite savonnées. Il s'exécute sur des bancs de cinq mètres sur trois, disposés par paires dans rétendue de vastes ateliers de 200 mètres de longueur.
Le transport des glaces depuis les chariots pupitres jus* qu'aux bancs est un spectacle assez curieux et qui frappe vi* vement le visiteur qui voit enlever et porter ces larges sur* faces de verre de 15 à 20 mètres carrés, pesant de 300 à 500 l^ilogr., et n'ayant plus guère qu'un centimètre d'épaisseur. Ce sont de véritebles lames de verre qui, pendant le transport, fléchissent et ondulent comme des lames de tôle.
La glace, en arrivant dans l'atolicroii elle doit être doucie.
est d'abord coachéç doucement sur un châssis à pièce mobiles agencé sur place, puis glissée lentement sur un banc humecté d^eau et saupoudre de plâtre. Six ou sept ouvriers chaussés de gros sabots montent sur la glace et appuient sur elle assez fort pour chasser Texcédent du plâtre, et assez adroitement pour étaler bien également la portion qui doit sceller l'adhérence de la glace au banc. Au bout de quelques minutes la glace est scellée ; on la charge alors' d'un large châssis recou* yert de bandes de fer à la face intérieure, et attaché supérieurement à un long bras de fer qui va lui donner un double mouvement, circulaire vis -à- vis du banc, rotatoire quant à luimême. Entre ce châssis, nommé ferrasse, et la surface rugueuse de la glace, on jette du gros sable provenant des bords de roise et on fait couler un filet d'eau. Le bras de fer est mis en mouvement, le châssis tourne et pivote, les bandes de fer entraînent le grès, et au bout de quelques heures, une des faces de la glace est aplanie.
On la redresse alors, on Texamine, on la retourne, on la scelle sur le côté déjà aplani, et on use Tautre face par le même procédé.
Savonnage. — La glace étant ainsi dégrossie et doucie, on la savonne, c'est-à-dire qu'on la frotte sur une autre glace, en ajoutant entre elles de rèmeri de plus en plus fin, de manière à enlever complètement toute aspérité.
Il y a quelques années, le savonnage se faisait partout à la main, et on employait principalement des femmes, lorsque les dimensions des glaces étaient faibles, parce que ce travail n'exigeait pas une grande force musculaire. Aujourd'hui, l'opération de savonnage se fait généralement au moyen de machines spéciales qui Imitent mécaniquement le mouvement du savonnage à la main, qui consiste à promener sur une glace 0xe une glace mobile dont le centre décrirait un 8 allongé.
Polissage. — Les glaces étant savonnées des deux côtés, sont envoyées aux ateliers de polissage. Depuis longtemps le polissage ne se fait plus à la main, mais au moyen d'appareils mécaniques de deux sortes : les plus anciens, qui impriment aux feutres et polissoirs un mouvement de va-et-vient rectiligne ; les nouveaux, qui leur impriment un mouvement de translation circulaire. Du reste, on peut dire que tous les instruments de polissage (de même que les appareils de doucissage et de savonnage les plus variés) sont employés à Chauny. On a successivement ajouté, d'année en année, de nouveaux appareils de plus en plus perfectionnés, mais en conservant en partie les anciens ; d'abord parce qu'ils fonctionnaient sufhsamment bien, ensuite parce que les ouvriers conducteurs de certains appareils sont arrivés à une extrême habileté.
Beaucoup de machines présentent un cadre rectangulaire ou ovale rigide et portant les polissoirs (disques en fonte garnis de feutre). Le cadre a un mouvement circulaire, les polissoirs ont un mouvement rotatoire ; au bout de cin^ ou six heures
^frottement par chaque face, avec de la potée délayée dans ïu, la surface opaque devient peu à peu transparente et la
glace acqaiert cette limpidité qui fait sa valeur. On la porte alors dans une grande cnambre aux murs tendus de noir, et on la place sur des tables couvertes de drap également noir. On peut ainsi examiner si elle présente encore quelques défauts qui nécessitent une retouche ou si elle peut être acceptée, malgré quelques légères imperfections qui déterminent son classement,
En résumé, l'introduction et le perfectionnement des opérations mécaniques pour la fabrication des glaces se sont traduits par une simplicité du travail et une rapidité d^exécution qui valent la peine d*ètre signalées.
Rien de plus frappant que de comparer la durée des opérations à plus d'un siècle de distance, et de constater Tabréviation considérable produite par le changement des procédés :
Vers 1765 £a 1865 En 1889
Mélange et enfournement. 3 heures 3 heures 3 heures
Fonte et coulage 28 — 24 — 24 —
Séjour dans la carcaise. . W — 84 — 72 —
Kquarissage 6 — 6 — 6 —
Doucibsagu (des deux cotés
glaced'un mètre) à bras. 36 — machine 28 — { 10
Savonnage 5 — à bras 5 — i
Polisiage 72 — machine 24 — 12 —
Total . . . 246 hevres 174 heures 127 heures
Par le travail mécanique (doucissage, savonnage, polissage), la glace perd au moins le tiers de son épaisseur, par conséquent le tiers de son poids. Une glacerie produisant 100.000 mètres carrés de glaces annuellement, soit, en verre brut, environ 3.000.000 de kilogrammes de verre, perd 1.000.000 de kilogrammes de verre, c'est-à-dire une quantité de matières premières, de combustible, de main-d'œuvre, par suite de la nécessité d'obtenir une surface plane.
En mettant en œuvfe 1,000»000 de kilogrammes de verre perdU; qui s'ajoutent aux frais du doucissage, savonnage, polissage, le prix de revient pourrait s'abaisser à un degré qui exercerait l'influence la plus salutaire sur la fabrication. Actuellement cette quantité énorme de verre perdue par suite du mode de travail, est jetée avec les boues provenant du doucissage, et le tout forme des amas encombrants qui nécessitent une nouvelle dépense pour les enlever des abords des glaceries. On voit donc tout l'intérêt qui s'attache à l'obtention immédiate d'une glace bien plane, aûn de diminuer le plus possible le travail d'user qui a de grands et si coûteux inconvénients.
Miroir, — Les glaces dont nous venons de suivre la fobrication sont les glacer de vitrage. Mais une partie de ces glaces est destinée à la miroiterie, La transformation d^une glace en miroir se fait en appliquant sur une de ses faces une mince lame ou couche d'un métal réfléchissant : on étame, on argenté, on platine les glaces.
La Société de Saint-Gobain a renoncé depuis quelques
années à Vétamage des glaces, si funeste i la santé des ouvriers, pour adopter les nouveaux procédés d'argenture.
Le milieu de Tatelier d*argenture est occupé par une grande table carrée, en fonte, à double fond, bien plane, parfaitement horizontale, remplie d*eau que des tuyaux de vapeur, disposés en serpentin, élèvent à une température de 80 à 40 degrés centigrades, Cette table est recouverte d*une toile vernie sur laquelle est étendue une couverture de coton. Sur cette table on dépose à plat les glaces bien décapées et lavées à Teau distillée, auxquelles on va faire subir Topération qui remplace rétamage. La solution argentifère est versée sur la glace ; elle y reste par le seul fait de Tattraction moléculaire des bords de la glace. Sept à huit minutes après que le liquide a été versé, des marbrures d*argent précipité se montrent ça et là ; ces taches brillantes se propagent comme des taches d'huile, tous les vides se i-emplissent, toutes les solutions de continuité s*effacent ; en vingt-cinq à trente minutes, la glace est complètement argentée. Alors, sans retirer celle-ci de dessus la table, on Tincline, on la lave au moyen d'une peau de chamois imbibée d'eau distillée, afin d'entraîner la partie qui ne s'est pas déposée et qui s'écoule avec le liquide dans une rigole bordant l'appareil, puis on replace la glace horizontalement ; on verse à sa surface une liqueur aussi limpide que la précédente, composée des mêmes éléments, mais qui diffère par les proportions de ceux-ci ; et quinze minutes après, un second dépôt destiné à compléter et à renforcer le premier, s'étant ajouté à celui-ci, Targenture de la glace est achevée. On a déposé ainsi à la surface de la glace de 6 à 7 grammes d'argent par mètre carré.
La glace argentée est placée de champ dans l'atelier, dont la température est de 25 à 28 degrés. Lorsque le dépôt est sec, on le recouvre d'une couche de vernis, qui sèche très rapidement, puis d'une couche de peinture ou d'une feuille de papier collée sur le vernis.
Le platinage des glaces» malgré différents essais renouvelés à plusieurs reprises depuis 1840, n'a pas réussi au point de vue commercial, parce qu'il communique toujours une teinte sombre aux objets réfléchis et qu'il est bien inférieur comme aspect à rétamage et à l'argenture.
Importance et prodaetion des diverses maiiiifaelares de 1» Société de Saint-Gobain.
La Société possède et exploite actuellement :
6 fabriques de glaces,
6 fabriques de produits chimiques.
Une mine de pyrites de fer.
Une saline.
Plusieurs milliers d'hectares de forêts dans l'AisKe et en Lorraine,
Un chemin de fer de 15 kilomètres reliant ehauny à Saint» Gobain.
Les fabriques de glaces sont les suivantes :
1* Saint^G^hain (Aisiie), berceau de Tindustrie des glaces eoalèes. On y fait les glaces coulées, lee verres bruts« minces dits de toiture, les pièces de phares et d'optique, les dalles et moulages divers — 875 ouvriers et employés ; 30 hectares ;
2* Chauny (Aisne), où Ton polit et argenté les glaces coulées à Saint-GolMÛn, 588 ouvriers et employés ; SI hectares ;
3« Cirey-8ur»VezotLze (Meurthe-et-Moselle), où Ton coule, polit, argenté et biseaute les glaces de toutes sortes ; 628 employés et ouvriers ; 88 hectares ;
4« Moniluçon (Allier), glaces coulées, polies argentées, biseautées ; verres bruts de toitures ; 473 employés et ouvriers ; 24 hectares ;
5» Stolhtrg^ près Aix-la-Chapelle ; glaces coulées, polies, argentées, verres minces et dalles ; 840 employés et ouvriers ; 58 hectares ;
6* Waidhof^ près MwMiheim (Bade), glaces coulées, polies, argentées, biseautées ; 518 ouvriers et employés ; 22 hectares ;
Une 7* usine est en construction à Pise (Italie).
La Société possède en outre :
1* Des dépôts de glaces : à Paris, dépôt relié au chemin de fer du Nord ; A Marseille, dépôt relié au chemin de fer P.-L.-M.; A Londres, dans la Cité, sur la Tamise ;
2'' Des bureaux de vente à •ologne, New- York,*
3* Des agences dans tous les principaux centres commerciaux du globe.
Depuis 1870, la production de la Société de Saint-Gabain a doublé. Elle atteint actuellement :
Glaces polies : 800,000 mètres carrés par an.
Verres oruts minces : 500,000 mètres carrés par an.
Dalles, moulages : 1,000,000 de kilogr.
Optique,. pièces de phares (telles que : lentilles, prismes, anneaux) : 80,000 kilogr. par an.
Il est incontestable que le bas prix auquel on vend aujourd'hui les glaces, grâce aux perfectionnements apportés dans leur fabrication, ne permet plus de les considérer comme un produit de luxe. Nous sommes loin de Tépoque où Coibert écrivait, en 1673, au comte d'Avaux: c II n'y a absolument aucun débit de grandes glaces dans le rovaume, il n'y a que le roi qui puisse en avoir oesoin. » Tout le monde sait, en effet, combien Tusage des glaces s'est généralisé depuis une trentaine d*années, soit sons la (brme de miroirs plus ou moins ornés, destinés à décorer les appartements, soit comme glaces de vitrage, dont l'emploi permet d'obtenir des effets nouveaux dans la décoration des façades, ainsi que dans Taménagement intérieur des habitations. Comme il arrive dans toutes les industries, l'abaissement du prix de vente a suivi les progrès de la fabrication. Le tableau suivant permet de comparer le prix des glaces^ A diverses époques :
USINES DE PARIS 8t ENVIRONS 023
Tarifs des Glaces^
de fJOÎ à i839
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Poar les glaces de grandes dimensions, la baisse deg prix a été encore bien plus rapide; ainsi ane glace de 10 mètres oarrés de superficie coûtait ;
£n 1878 1.200 fraacs.
En 1884 830 —
En 1889 467 —
Le développement de la consommation des glaces a été considérable dans ces dernières années. Elle atteint, bon an, mal an, pour le monde entier, le chiffre de trois millions de mètres carrés.
La production totale des glaces polies peut s*ëvaluer ainsi :
Ancietem, 4 Compa-rnies Mètre* carrés. UOO.OOO
■Bcifrî^e, 4 Corapaj^nies 600.000
France (non compris St-Gobaio), 3 CompagBiee. 130.000 } S.MO.OOO
Aliemâffiie, 4 Compagnies 150.000
Etats-Unis. 7 Compagnies 500.000 ,
Compagnie de Saini-Qobain 800.000
Total Mètreecarr^. 3.0S0.000
G/aces argentées. — Voici les dimensions des plus grandes glaces argentées fournies par Saint-Gobain :
fflace argentée de &»07 sur 3'»48 pour rHôtel-Conti Dental de Pans ;
— 5n28 — 2»79 {pour TEden-Théâtre de Paris;
— 6«21 — 3'"54 pour Monaco ;
Plusieurs glaces Ô^Sl — 3"M)0 pour le foyer de l'Opéra de Paris.
Saint-Gobain a aussi fourni dans ces dernières années, à Paris, les grandes glaces argentées de Thôtel du LouTre, du Grand-Hotel, de Thôtei Terminus, de THôtel de Ville.
Ces glaces se transportent i)lus facilement et se détériorent moins rapidement que les anciennes glaces étamées, qui exigeaient tant de soins et de précautions. Il ne faut pas oublier pourtant que Targenture craint surtout rbumidité et qu'il est non de réserver auK glaces un emplacement aussi sec que posssible, ce à quoi Ton arrive en les posant sur un parquet de nois, aUn de ne pas mettre Targenture en contact immédiat avec les murs. Si les murs sont très humides, il est même bon d'enduire les parquets de bois d'une peinture hydrofùge, ou tout au moins aune double couche de peinture à l'huile.
Glaces a répétition» — Les glaces ditei^ à répétition sont utilisées depuis bien des années pour la décoration intérieure des habitations et surtout des grands établissements. On sait
que lorsque deux beaux miroirs sont placés en face Tan de Tautre, ils réfléchissent un grand nombre de fois les objets qui se trouvent devant eux, en conservant cependant toute la netteté, la pureté de leurs contours et de leurs formes. Ce sont ces effets de réflexion multiples qu'on utilise, ainsi que nous venons de le dire.
Ces glaces doivent être un peu plus épaisses que les glaces ordinaires et avoir une planimétrie parfaite.
Non-seulement la glace étamée ou argentée égaie les intérieurs les plus modestes, et entre aujourd'hui dans la composition des meubles à bon marché, mais c'est surtout comme vitrage permettant de distribuer abondamment la lumière dans tous les locaux que l'emploi des glaces a contribué, pour une bonne part, au bien-être et à Thygiène de nos habitatious.
Verres coulés. — Depuis une vingtaine d'années, la Compagnie de Saint- Gobain s'est efTorcée de faire adopter, dans les constructions, l'emploi des verres coulés de toute espèce, si recommandables par leur inaltérabilité. On en fait des dallages, des pavages, des revêtements, des caniveaux, des urinoirs, etc.
Elle a, par sa bonne fabrication et ses bas prix, répandu très largement remploi des verres coulés de 5 à 6 millimètres d'épaisseur, unis ou à reliefs, pour la couverture des gares, ateliers, magasins, etc.
Plus de 100,000 mètres carrés de ces verres ont été employés à vitrer les toitures des palais de FExposition universelle de 1889, au Champ de Mars.
Parmi les principales applications qui ont été faites des verres bruts coulés minces, nous citerons :
A Paris : l'Hippodrome, T Administration des Pompes funèbres, la Société au Val d'Osne, les ateliers Marinoni, Mignon et Rouart, le Comptoir d'Escompte, le Muséum d'Histoire naturelle, le Musée du Luxembourg, les gares d'Orléans, du Nord, de TEst, de Saint-Lazare, le Trocadéro, l'Hôtel des Postes, l'Hôtel de Ville, les ateliers de la Compagnie de l'Ouest à Levallois-Perret, tout le Palais des Machines à l'Exposition de 1889, et la plupart des toitures vitrées de cette Exposition.
Dans les départements : les gares de Chambéry, Nevers, Lyon, Nantes, Grenoble, Màcon, Périgueux, Arles, Béziers; les ateliers de la Compagnie de l'Est, à Epernav, Romilly, Chàlons : du Creuzot, de Petit-Bourg ; les marchés de Dyon, Bordeaux, Chauny, Angouléme, la Roche-sur- Yon ; les gares maritimes et hangars de Marseille, Dunkerque, Calais ; les docks de Marseille, les ateliers Picon à Marseille, les fonderies de Saint-Chamond, les ateliers de Châtelleraalt, etc.
En Alsace-Lorraine : les gares de Metz, Strasbourg. Mulhouse ; les ateliers de Bischwiller.
En Autriche : la gare de Buda-Pesth; les musées impériaux à Vienne,
En Allemagne : les gares de Francfort, Elberfeld, Mayence, Hanovre, Hildesheim, Magdebourg, Bonn, etc.; le musée agricole de Berlin, les musées de Schwerin et de Leipzig ; les ateliers de Dortmund, Zwickau, etc.
En Italie : les galeries Victor-Emmanuel, à Milan ; plu-
sieurs gares de chemins de fer; le palais Bocconi à Rome.
En Suisse : la gare de Zurich.
En Espagne: la Banque nationale à Madrid; la Manufac* ture des Tabacs, à Cadix.
En Portugal : les gares de Lisbonne et de Porto.
En Turquie : le marché de Salonia ue.
Dans TAmérique du Sud : de nomoreuses constructions.
Enfin, la Compagnie a entrepris cette année la fabrication d*un c verre spécial imprime, > d'invention anglaise, dont elle s'est assure le monopole pour tout le continent européen.
Pour terminer cette revue rapide des produits remarquables de Saint-Gobain qui sont disséminés dans le monde entier, nous mentionnerons les applications relativement récentes, faites à Tétranger, des glaces polies nues ou argentées de dimensions exceptionnelles :
En Allemagne : les musées royaux de Berlin et la Kaiser Galerie.
En Autriche-Hongrie : à Vienne, THôtel de Ville, les musées impériaux et royaux, le théâtre de TOpèra, le Burgtheater, le Palais de Justice, la Bourse ; à Prague, le Grand-Théâtre ; à Trieste, le Lloyd austro-hongrois; à Buda-Pesth, le Palais.
En Espagne : le grand Café Espagnol, à Valence.
En Grèce : plusieurs magasins, à Athènes.
En Italie : le palais du duc d'Aoste ; le palais Bocconi, à Rome; les galeries Victor-Emmanuel, à Milan.
En Egypte : le palais du Khédive, etc.
En Chine : les palais impériaux.
Ajoutons que la Compagnie s'attache à améliorer sans cesse la couleur, la finesse de pâte, le recuit, le poli et la pianimétrie de ses glaces, tout en simplifiant les méthodes de travail et en abaissant le prix de revient.
Aussi, malgré Tincontestable habileté de ses concurrents de Belgique et du nord de la France, dont les produits sont généralement très soignés ; malgré les manufactures qui se sont élevées dans tous les pays industriels, en Angleterre surtout et aux Etats-Unis , la Compagnie de Saint-Gobain voit-elle toujours ses produits faire prime sur tous les marchés.
Elle a successivement introduit dans ses usines, et de très bonne heure, les procédés de chauffage au gaz de Siemens, les moteurs à grande détente de Corliss et de Wheelock, Téclairage électrique et le transport de la force par l'électricité.
Des laboratoires très bien outillés et des ateliers d'expérience permettent à un personnel de directeurs et ingénieurs, recrute avec grand soin, de poursuivre des études d'où résultent d'incessantes améliorations dans les appareils et les procédés, améliorations que la concurrence a maintes fois imitées.
Disons encore que la bonne répartition de ses usines place la Compagnie de Saint-Gobain dans des conditions de lutte favorables, vis-à vis de ses concurrents, de telle sorte qu'elle n'a même plus à regretter aigourd'hui son ancien monopole et ses privilèges si exclusifs. Rentrée dans le droit commun an commencement du siècle, elle n'a cessé de prospérer, grâce à la supériorité de sa fabrication, qui lui a valu, pour ainsi
dire, un nouveau monopole basé sur la sûreté proverbiale de ses relations commerciales et sur le lîni de ses produits.
Hiimi de p^^rlte de Saln-llel
La Société de Saint-Gobain exploite les mines de pyrite de Sain-Bel pour la fabrication de 1 acide sulfurique.
L'exploitation se fait par sous-étages et par tranches ho* rizontales; la hauteur d'un sous-étage est de 5 mètres, celle d'une tranchée de 2"*,50.
Le roulage, à Tintérieur comme à Textérieur de la mine se fait au moyen d*une chaîne flottante de 1,500 mètres pour rintérieur et de 3,300 mètres pour l'extérieur.
L'exploitation actuelle est de 200,000 tonnes par année.
Ces pyrites de ter à 52 0/0 de soufre sont grillées dans le but de la fabrication de Tacide sulfurique, et donnent un résidu contenant jusqu'à 93 0/0 de ter peroxjdé et presque complètement désulfùré (1 0/0 de soufre) servant pour la métallurgie du fer.
La production d'acide sulfurique au moyen de ces pyrites, a suivi une marche croissante : elle était en 1878 de 61,000 tonnes; en 1888 elle a atteint 117,000 tonnes à ô6««
•ryaniMiti^ii •arriére
La Compagnie de Saint-Gobain a toi^ours placé au premier rang de ses préoccupations, le souci de la moralisation et du bien-être de son personnel.
Une existence plus de deux fois séculaire écoulée sans que jamais la Société ait été en conflit avec ses ouvriers, prouve que ses efforts n'ont pas été vains.
Les salaires sont réglés à la journée, au mois ou à la tâche suivant les emplois, mais toujours l'ouvrier est intéressé par une i)rime à la quantité et la qualité du travail qu'il doit fournir.
La Société assure l'instruction primaire à tous les enfants de ses ouvriers; à Saint-Gobain, Chauny, Cirey, Montluçon, Mannheim, elle {possède des écoles de garçoni et de fllles, des asiles, des ouvrolrs, fréquentes par plus de 1,400 enfants. AiK leurs, elle subventionne les écoles les plus voisines.
Une grande partie du personnel (et notamment les couleurs de glaces) est logée gratuitement dans 1^256 logements. Le loyer de ces maisons avec un jardin de 3 a 5 ares ne dépasse
Sas 8 francs par mois. De nombreux terrains situés autour es usines sont loués au personnel qui les cultive avec zèle.
La gratuité est accordée généralement pour les logements situés dans l'enceinte des usines et occupés par les ouvriers que leur travail appelle à des heures variables de jour ou de nuit. Il existe aussi des dortoirs pour les ouvriers célibataires ou qui habitent trop loin pour rentrer chaque jour chez eux.
Des sociétés coopératives de consommation fondées par les emplovés et ouvriers de Saint-Gobain et de Chaunv, fonctionnent depuis 1866 dans ces localités et produisent d'excellents
résultats. Elles font annuellement un chiffre d*affaires de 1,500,000 francs, vendent exclusivement au personnel des établissements, et distribuent un bénéfice de 8 À 10 0/0, tout en tenant les prix un peu plus bas que ceux du commerce local .
La Compagnie loue aux Sociétés coopératives les locaux qu'elles occupent» et se charge gratuitement de fonds, recettes et paiement ; son intervention s'arrête là.
A Cirey et à Mannheim, il y a un économat et une cantine.
La Compagnie a créé une caisse d'économie qui prend en dépôt les petites épargnes des ouvriers a partir de 1 ft^anc, et qui sert un intérêt de 4 0/0. Quand le crédit d'un déposant atteint 400 francs, la Compagnie lui rembourse la somme ou lui achète une obligation de chemin de fer ou un titre de rente.
Des avances gratuites remboursables par petits à-comptes sont toujours consenties aux ouvriers qui en font la demande pour un motif sérieux.
La Compagnie facilite à ses ouvriers les achats de maisons ou de terrains, en leur avançant, moyennant un très minime intérêt, les sommes nécessaires.
Le service médical, la pharmacie, sont gratuits dans les établissements français de la Compagnie, sauf à Montluçon où existe une caisse spéciale de secours.
La Compagnie accorde des pensions de retraite à ses employés et ouvriers que leur âçe ou des infirmités contractées au service mettent hors d'état de travailler. La quotité de la retraite est fixée par le Conseil d'administration, qui tient compte dans son appréciation du salaire, de Tàge, des années de service et, s'il y a lieu, des circonstances exceptionnelles.
La quotité varie du 1/5 au au 1/4 du salaire. Une partie de la retraite est réversible sur la tête de la veuve et des enfants en bas âge.
Afin de développer l'esprit de prévoyance et d'économie chez son personnel, la Compagnie demande aux ouvriers de verser, de leur côté, de 1/2 à 30/0 de leurs salaires à la caisse de retraites de l'Etat. Elle se charge de faire gratuitement le service de ces versements.
Enfin il existe des sociétés de musique, de tir, de gymnastique, dans la plupart des usines, et la Société leur accorde des subventions.
Les dépenses faites par la Compagnie dans l'ensemble de ses établissements de glaces et de produits chimiques en 1888 pour les institutions patronales s'élèvent à :
Pensions et retraites Fp. Î41 . 657
Service saoitaire 100.555
Ecoles, asiles, service religieux 5*7 . 788
Sociétés de récréation, etc 17.267
Dons et secours 19.758
Total... Fr. 488.088
Le résultat de ces institutions peut s'apprécier par ce fait que, dans les plus anciens établissements, Saint-Gobainy Chauny «t Cirey, il y a, sur 2,600 agents en activité :
432 ayant plus de 30 ans de sertice 16.30/O
411ay^t20à^ — 15.5
554 ayant 10 à 20 — S0.9
1,254 moins de 10 — 47.3
Hlirt«riqae
11 est nécessaire avant d'arriver à la fabrication du verre de donner un aperçu succinct de Torigine des usines de Saint- Gobain.
Le verre, substance diaphane, blanche ou colorée est excessivement ancien et son origine est inconnue.
Les Egyptiens et les Phéniciens furent les premiers verriers de l'antiquité ; les fabriques de Tjr, Sidon, Memphis* Thébes acquirent une très grande renommée pour les verres ciselés et colorés, ils furent gravés, dorés même, des échantillons, cachets, vases trouvés dans la Haute-Egypte, de la première dynastie (Thébaine) datent d'environ trois mille ans (av. J.-C.).
L'industrie du verre commença à s'établir à Rome sons Tibère, des verreries furent créées en Gaule et en Espagne, l'invasion des Barbares les ât disparaître; elles ne reparurent en Occident qu'avec les verriers vénitiens qui produisirent mieux que Byzance, si célèbre par ses verreries sous le Bas-Empire. Helégués dans l'île de Murano, ces derniers tinrent lon^temp? leurs procédés secrets, puis, lorsqu'ils furent divulgues, des fabriques se créèrent en Allemagne, en Angleterre, en Bohême et en France.
En 1338, le dauphin Humbert II accorde au sieur Guionnet le privilège d'établir une maison forte en même temps que sa verrerie .
En 1375, Jean Meillen, auteur des vitres de la cathédrale de Strasbourg, est investi par le roi Charles V des privilèges accordés à la noblesse.
En 1439, Charles VII conférant à Henri Meillen (auteur des vitraux de la maison de Jacques-Cœur, à Bourges) des privilèges et exemptions, prétend ne confirmer que des privilèges assurés aux peintres et vitriers par une tradition ancienne.
La verrerie ne prit une réelle importance que sous Louis XIV.
« Feu M. Colbert (1) désirant établir une manufacture de glaces pour interrompre le gr^nd commerce que les Vénitiens faisaient en France de ces sortes d'ouvrages, donna un privilège à une compagnie, qui fit venir des ouvriers de Venise et forma un établissement dans le fau)x)urg Saint- Antoine.
« Ces ouvriers ne réussirent pas, et M. Chamillart sachant que Colbert avait fort à cœur tfe créer des verreries en France, lui parla d'un sieur de Nehou qui, ayant fondé en 1656 une
(1) Extrait d'un manuscrit de 1705, sur l'Etablissement de l'Industrie des Glaces en France. (Archives, man. fr. 14294, fol. 2(îd et 207.
verrerie dans la forêt de Brix, pn'is Cher])ourg, avait trouvé le premier le secret des glaces et du verre blanc qui ait paru en France, en donna avis à Golbert et lui envoya des épreuves du sieur de Nehou. Ce ministre Ait si content qu*il donna un établissement au sieur de Nehou et Taida pécuniairement ; celui-ci le dirigea avec succès pendant dix ans.
c Le premier privilège d'où sortirent les glaces de Saint- Qobain, fut donné en 1665 à Nicolas du Noyer, lui accordant la faculté d'establir dans tels des faux bourgs de notre bonne ville de Paris et autres endroits qui seront trouvés les plus commodes dans notre royaume, uneou plusieurs verreries pour y fabriquer des glaces à miroirs des mesmes et diverses grandeurs, netteté et perfection que celles que Ton fait et fabrique à Moran (Murano) près la ville de Venise, lozanges ou carreaux transparans servant aux châssis et fenestres, vazes de toute façon, verroteries pour les Indes, pièces de cheminées, verres de cristail, services entiers de tables de toute façon, figures, manières et grandeurs, tant pour servir à Tornement de nos maisons royalles que pour la commodité publique, le tout par les ouvriers vénitiens qui ont esté conduits en notre royaume ou qui pourront s*y rendre, c'y après à cet effet» sans que pendant le temps de vingt années aucun puisse faire un semolablement establissement, contrefaire ou imiter les dits ouvrages qu'avec la permission dudit Du Noyer ou de ses successeurs ou aians-cause les troubler ou les inquiétuderen ladite manufacture, sous prétextes de privillèges et concessions par nous donnés ou par les Roys nos prédécesseurs, lesquels avons révoqués et révoquons par les présentes, avec deffenses aux porteurs d'iceux de s'en servir et à tous nos juges d'y avoir aucun égard, lequel entrepreneur pourra associer a ladite manufacture, telles personnes que bon lui semblera, soit ecclésiastiques^ nobles ou autres^ sans que lui ni ses dits associés puissent estre censez ou reputez avoir dérogé à noblesse pour raison de ladite Société, »
Les lettres continuent en accordant aux marchandises des exemptions de droits considérables ; elles reconnaissent aux ouvriers vénitiens les droits des Français^ et exemptent les ouvriers, employés ainsi que leurs domestiques de toutes tailles et impositions,,, et charges de quelque qualité qu'elles puissent estre tant qu'ils seront dans la manufacture. De plus, le sieur du Noyer a la faculté de mettre aux principalles portes des maisons, magasins et bureaux, un tableau ue nos armes avec cette inscription :
Hanafaetare royalle de slaees à Hiirolrs
et d'avoir des portiers à nos livrées.
Du Noyer, muni de privilèges si étendus, établit une verrerie au faubourg Saint-Antoine ; il ne fit cependant pas de brillantes afifaires. Dès 16d0, les privilèges ne servaient plus à rien. Un sieur Pierre de Bagneux, demanda à les relever, et une lettre du 31 décembre 1683 lui accorda le privilège qu'il sollicitait de continuer à ses fk*ais et dépens, la fabrication des ouvrages à miroirs et autres accordée au mois d'octobre
1665 à Nicolas du Noyer « pour ne pas laisser tomber une manufacture qui fait subsister un nombre inâni de pauvres ouvriers qui y sont emnloyés >. Ce privilège tut renouvelé pour trente ans, avec défense à tous autres, de fabriquer les glace» à miroir oii d'en faire venir de Venise.
Pierre de Bagneux se mit à Tœuvre et réussit, mais vers 1688, un sieur Pierre Tlievart découvrit Fart de fabriauer luimême, sans avoir reoours à des ouvriers étrangers véniliens^ dos glaces plus grandes qu'on n^en avait fabriciué jusque là. Le U décembre 1688, le Roi accorda un privilège de trente ans, de fabriquer seul à Texclusion de tous autres, môme à Tentrepreneur de Pierre de Bagneux, les grandes glaces par le moyen des machines quil a mventées, de 60 à 80 pouces de hauteur et au-dessus, sur 35 à 40 et plus. (env. 6 m. X 3 m.)
Thévart ^'associa aussitôt avec de Nehou qui exploitait les verreries de Saint-Brix dont les produits avaient été si ap* préciés par Colbert. De Nehou renonça à la fabrication des verres blancs pour faire la coulée des glaces ; une fois coulées on les portait & la manufacture de Paris, établie rue de Reuilly pour les polir. En 1691 de Bon val et de Nehou neveux du sieur de Nehou qui avaient perfectionné la manufacture des grandes g laces coulées en présentèrent quatre à Louis XIV.
Une année après, M. Bossuel intendant de la généralité de Soissons, offrit à la manufacture des grandes glaces, au milieu de la forêt de Saint*Gobain, les ruines d'un château. Le lieu était propice. Les grandes glaces s*y installèrent et obtinrent àToccasion de leur nouvel établissement des privilèges semblables à ceux que Colbert avait fait acoorder, en 1665 à Nicolas du Noyer.
La fabrique des petites glaces du sieur Bayeux fusionna en 1695; les deux sociétés se réunirent sous le nom de François Plastrier. De nouveaux privilèges permirent à la société de prendre le titre de Manufacture roxfalt de Saint^Gobain.
Plastrier ne réussit pas et son privilège fUt transféré en ootobre 1*702 à Antoine d'Aginoourt ; de cette date part la prospérité de Saint-Gobain dont la réputation se maintient depuis deux siècles et qui ne fait aue s* accroître et se développer grâce â Thabile direction de cette société.
En l'île L. de Nehou repritla direction qu'il avait abandonnée en 1690 au moment de la formation de la société. Plastrier, y apporta de nouveaux perfectionnements et mourut en 1728.
Voici le relevé des Directeurs de la C'*, par ordre chronologigue :
1728. — de Nerville.
1783. — Louis Geoffrin.
1747. — Delahaye.
1752. — de Romilly.
1755. — Base d'Antisc.
1758-1789 — Pierre Delaunay Deslandes.
1789, — Dupuis.
1805. — Pajot des Charmes.
1807, — Oury.
1816. — Tassaert, chimiste, ancien Directeur de rétablissement de Charles Fontaine près Saint-Gobain où Ton fabriqua la première fois industriellement la soude aptiâcielle.
Eb 1830, la Compagnie de Saint-Gobain est transformée en Société anonyme.
1833. — De Serry.
1834. ^ De la Morinière.
1836. — Lefebvre-Nailly.
1846. — Louis Gay-Lussac.
1852. *- M. Hector Bi^er, actaellement administrateur.
1812. — M. Alfred BîTer, actuellement directeur général.
1884. — M. J. Henrivaux.
Uacte de société (1), signé le 1" février n02, entre douze dersxxnnesi est fort curieux. Le capital Ait évalué à 2,040^000 livres» partagées en 24 sols de 85,000 livres, se subdivisant en 12 deniers chacun, soit 288 deniers, appellation que les portions d'intérêts ont conservée jusqu'en 1830, Les associés, liés solidairement* fk'enaagèrent à ne pas emprunter^ et à subvenir aux besoins de rentreprise par des appels de fonds proportionnés à leur mise, et à laisser toujours an moins un million dans la caisse comme fonds de roulement. Ils avaient droit à un intérêt de 10 */• de leur argent, à un honoraire fixe de 1,000 livres par sol et à un jeton de deux écus par séance. Toutes les difûcultéa devaient être tranchées par arbitres» et les délibérations étaient secrètes.
Si nous signalons ces détails» c'est parce qulls caractérisent cette nouvelle Société, qui fût assez forte pour durer plus de cent cinquante ans, sans changement très notable dans son organisation,
Louis-Lucas de Nehou, Tinventeur de la méthode de couder les glaces, après avoir quitté la manufacture de Saint-Gobain en 1695. y revint de nouveau comme directeur en 1711, et, après avoir nerfectionnè la fabrication, construit de nouveaux bâtiments, lormé des ouvriers habiles, mourut à Saint-Gobaiu en 1728.
Signalons aussi, à la même époque, Tarchitecte de Cotte, directeur des bâtiments royaux, on 1708, qui introduisit Tusage d'abaisser les cheminées des appartements, et de placer des fflaces au-dessus ; embellissement heureux, dont la mode se repandit très vite et qui fut très utile à l'industrie des glaces.
De 1728 à 1758, les directeurs qui se succédèrent à Saint- Gobain ne firent faire aucan progrès sérieux a la manufacture. Mais déjà les glaces fabriquées par la Compagnie étaient les plus grandes, les plus belles et les moins chères de l'Burope.
Ce qui coûtait 1,000 livres i Venise, Londres, Vienne, Ber* Un, Saint-Udephonse en Espagne, ne coûtait plus à Paris que 250 livres. Encore y avait-fi un tarif spécial pour les maisons royales. Toutes les fabriques réunies ne produisaient pas autant que la Compagnie française, et elles ne travaillaient que sur commande, tandis que, toigours prête à fournir, la Compagnie emplovait couramment deux mille ouvriers.
Les transports de la Compagnie se faisaient par eau. Les glaces brutes arrivaient de Tourlaville par Rouen et la Seine,
(1) Exttttit d'ane Botîe«d« M. Otatttki.
de Saint-Gobain par TOiBe et la Seine ; on les débarquait à la porte de la Conférence et au port Saint-Nicolas-du -Louvre, et fa Compagnie les faisait charger par ses gens sur ses voitures pour les transporter à la manufacture de la rue de Reuilly, cil les glaces orutes étaient polies et doucies. De même, les matières arrivant par la Seine avec les glaces s'arrêtaient à un magasin que la Compagnie avait au port de Conflans- Sainte-Honorine, et de là, sur d*autres bateaux, remontaient roise jusqu'à Saint-Gobain. Tous ces transbordements exigeaient beaucoup de soins.
Le privilège de la Compagnie avait été renouvelé pour 30 années, à partir du 28 octobre 1732, avec tous les anciens droits et exemptions. Le droit le plus exorbitant, mais le plus commode, accordé à la Compagnie, étdit celui de se faire aélivrer dans tout le royaume, les matières propres à la fabrication ; elle les expropriait et elle les séquestrait
Cependant les partisans de la liberté du commerce commençaient à manœuvrer contre un monopole si prolongé : « Il y a assez longtemps que la Compagnie de Saint-Gobain jouit d^exemptions exorbitantes. »
De nss à 1789, la manufacture de Saint-Gobain fut dirigée par M. Dealaades, qui fut Fauteur principal et Texécuteur intelligent de tous les progrès accomplis pendant ces trente années. Elle fut défendue contre la concurrence étrangère par de nombreux arrêts, et notamment par Tarrêt du 8 mai 1781, dont les termes sont remarquables. Le Parlement déclare que « l'exclusion de toute contrefaçon est naturellement due à la manufacture royale, parce qu'elle surpasse réellement toutes celles de TETurope, et parce qu'elle n'a atteint et ne conserve cette supériorité que par les ttais immenses qu'elle consacre pour que ses glaces n'aient nulle part d'égales en beauté. »
La manufacture était moins inquiétée par la concurrence intérieure que par la contrebande étrangère et par les efforts tentés pour débaucher son personnel. La concurrence la plus sérieuse qu'elle eut à vaincre fut celle de la verrerie établie à Saint-Quirin, entre Cirey et Sarrebourg. Cette verrerie avait été autorisée en 1758 a prendre le nom de Manufacture royale de cristaux et de verres en tables. En 1771, elle déclara qu'elle avait le droit de polir son verre. Mémoires sur mémoires furent échangés entre les deux manufactures. Saint-Quirin prétendit que le verre n'était pas la glace ; Saint- Gobain répondit que la glace n'était que du verre poli. On consulta les miroitiers et les avocats. Arrêt fui rendu pour, arrêt fut rendu contre ; et la lutte n'était pas encore terminée en 1789.
Par lettres patentes de 1785, qui rappellent celles de 1665, le roi Louis XVI prorogea encore le privilège pour 30 années de 1792 à 1822, en énumérant, pour les trancher en faveur de la Compagnie, toutes les questions soulevées depuis 120 ans, renouvelant toutes les exemptions, et ajoutant même le droit de fabriquer les cristaux, les vitres et tous les ouvrages de grosse et de petite verrerie. De plus, en avril 1785 :
» Ouï le rapport du sieur Calonne, conseiller ordinaire au Conseil royal, contrôleur général des finances, le Roi étant en
son Conseil, a fait très expresse inhibition et défense à tous ouvriers, serviteurs, domestiques et autres employés dans les établissements de Saint-Gobain, en Picardie, de Tourlaville, en Normandie et dans le faubourg Saint- Antoine de la ville de Paris, sous peine d'amende, même de punition corporelle, de quitter leur service sans congé par écrit des intéressés en ladite manufacture ou de leur fondé de pouvoirs, lequel congé ils seront tenus de demander deux ans avant leur sortie ; leur fait défense Sa Majesté de s'éloigner déplus d'une lieue desdits établissements sans la permission de leurs commettants, à tous maîtres de verreries et autres de les recevoir à leur service sans la représentation dudit congé, et dans le cas où ils les eussent reçus, ordonne qu'ils seront tenus de les rendre à première réquisition, à peine de trois mille livres d'amende et de tous dépens, dommages et intérêts. . . >
C'est ainsi qu'en 1775, le directeur, M. Deslandes, ayant appris que des ouvriers de Tourlaville avaient été dé baucbés par la verrerie de Fère-en-Tardenois, alla trouver l'intendant « qui les fit mettre dans les prisons de Soissons,on ilsrestèrent longtemps... > Turgot, alors contrôleur général, ayant désapprouvé cet emprisonnement, M. Deslandes répondit par un mémoire oii il essayait de démontrer c qu'un gouvernement qui tolérerait de tels désordres serait détestable. »
Quand la Révolution éclata, le Conseil de la Compagnie était composé de grands seigneurs, de bourgeois de Paris et de banquiers de Genève ; il avait pour président Anne- Léon, duc de nontmorency. Le directeur Deslandes, qui portait épée. perruque et tricorne, quand il assistait a la coulée, mais qui était membre correspondant de l'Académie des Sciences (1), et lié avec les grands savants de l'époaue, comme Lavoisier, et les encyclopédistes comme d'Alembert. avait mis la manufacture de Saint-Gobain sur un grand pied. Il prit sa retraite en 1789 et fut remplacé par M. Dopais.
En 1793, quelques administrateurs émigrèrent, et le caissier, M. Guérin, suspect de correspondre avec eux, fut guillotiné. Leurs parts furent confisquées, et la Nation, devenue propriétaire, se fit représenter au Conseil de la Compagnie. Robespierre avait mis en réquisition deux nobles parmi les administrateurs, pour diriger la manufacture. Aussi, malgré quelques interruptions de courte durée (en 1792), à Tourlaville, à Saint-Gobain et au faubourg Saint-Antoine, les ouvriers ne Airent pas dispersés Les travaux furent promptement re-
gris et, en 1796, le Conseil achetait de nouveaux bâtiments à hauny, pour établir des ateliers de douci et de poli, La distribution des bénéfices aux porteurs de parts ne nit interrompue que de 1794 à 1797.
Au commencement du xix* siècle, la Société reprit toute son activité. Elle eut dorénavant à lutter contre la concurrence devenue libre, c Heureusement, dans une industrie qui exige d'excellents ouvriers, des matières rares et des outils coûteux, un siècle d'avance est un inappréciable avantage, et
(l) En 1774, Deslandes fit fabriquer des glaces que la Compagoie offrit graïuitement à Lavoiaier, pour ses exii^riences.
les adversaires ne peuvent pas être promptement armés. Aassi la Compagnie eut*elle le temps de reiSTulariser et de fortifier sa position. »
En 1816, le Conseil avait fondé nne soudière dans fancienna verrerie de Charlefontaiiie, située au milieu de ses forêts, afin de se procurer la soude artificielle et de n'être plus tributaire des soudes d^Espagne. En 1619, il achète les forets qui entourent Saint-Gobain, afin d*étre sur de ses provisions de combustible. En 1822, une soudière très importwte est installée à Chaunj,
Enfin, en 1830, le Conseil liquide tout le passé, met Tacte de Société en harmonie avec le Code de commerce, et la Compagnie de Saint-Qobain se transforme en < Société anonyme.» Les comptes qui n*avaient jamais été ni présentés, ni demandés par les représentants des < vingt-quati*e sous » de Torigine, depuis la constitution de la Société en 1702, c*est-à-dire depuis 128 ans, furent néanmoins approuvés, sans aucun obstacle, dans la première Assemblée générale de la Société anonyme tenue le 30 avril I83i.
En 1883, la manufacture de la rue de Renillj, au faubourg Saint- Antoine, où du Noyer avait amené les ouvriers vénitiens en 1665, où des ateliers de douci et de poli avaient été maintenus iusqu'à la fin du xTjii« siècle, était vendue au Ministre de la Guerre, et la Compagnie transportait son service œatral, rue Saint-Denis.
A Tourlaville, on avait cessé complètement le travûl des glaces depuis 180S, et on avait fabriqué des verres à vitres et à bouteilles jusqu^en 1824 ; les travaux avaient été alors complètement arrêtés et les ouvriers verriers dirigés sur Saint-Gobain. Enfin, les terrains et bâtiments furent vendus en 1834.
De 1830 à 1860 tous les efforts de la Société ont tendu à vaincre la concurrence intérieure et à concentrer ses forces.
L'ancienne Compagnie de Saint-Quirin, que nous avons déjà citée, et qui avait profité de Tabolition des privilèges pour monter, en 1804, le coulage des places, faisait une concurrence sérieuse à Saint-Gobain. D^à, en 1830, les deux Compagnies rivales avaient convenu de vendre leurs glaces dans un entrepôt commun. En 1858, la Compagnie de Saint-Gobain fusionnait avec celle de Saint-Quirin, qui apportait les usines de Cirey et un établissement nouvellement fondé àMannheim, sous le nom de : Compagnie des glaces et produits chimiques de Saint' Go bairin Uhauny et Cirey,
Depuis lors, la Compagnie a fondé de nouvelles manufactures, et augmenté dans des proportions considérables la production des glaces (i).
Mentionnons : en 1863, Tachât de la manufacture de glaœs
(1) Les ren»oignementR que nou» todo^s dé donner sur l'historique et le développement de la Compagnie de Saint-Oobain ont été emprnntés, pour la grande partie, à une brochure parue en 1865, et comi»lètement épuisée aujourd'hui. Elle a pour titre : La Manufacture des glaces de Samt-àobaint de 16â5 à 18S6, par ÀDaoBTiM CocBm, membre de Vlnstitut^ Vun dee adiMnistraUurs de la Ccmpagmie de Saint-Gobain^ Chaunj^ et Cirey,
USINES DE PARIS ET ENVIRONS 9a5
de Stolbera, près d'Aix-la-Chapelle ; en 1868, Tachai de la manufacture de glaces de Montluçon (Allier) ; en 1889, la création de la manufacture de Pise (Italie).
Un décret du Président de la République du 13 mars 1872, portait approbation des statuts de la Société anonyme des Manufactures de glaces et de produits chimiques ae Saint'^ Gobatn^ Chauny et Cirey»