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L'Exposition des « Primitifs français » a été pour beaucoup une révélation. Quand on vit pour la première fois la charmante affiche de M. A. -F. Gorguet (fig. 1) qui en annonçait l'ouverture, plus d'un se demanda ce que pouvaient être ces « Primitifs français » ; d'autant que les noms qui flamboyaient au grand jour sur l'affiche étaient presque inconnus pour la plupart. Qu'avaient fait Etienne d'Auxerre, Girard et Jean d'Orléans, Jean Coste, Colard de Laon, Enguerrand Charonton? On voulut voir, puis revoir ; puis on revint encore, et l'admiration pour ces vieux maîtres ne s'est point lassée.
Les tableaux exposés au Pavillon de Marsan étaient bien, cela est bors de doute, les œuvres des ce Primitifs français » ; mais on a beau être « Primitif », on a eu pourtant des ancêtres. Pas plus qu'ailleurs, la génération spontanée ne peut être admise dans le domaine des arts. C'est pour montrer l'origine de cette glorieuse lignée de nos premiers peintres que les organisateurs de l'Exposition avaient cru indispensable d'installer aussi une galerie où l'on verrait ce qu'ont été les miniaturistes, prédécesseurs et émules des « Primitifs français ».
Cette autre partie de l'Exposition n'avait pu trouver place au Pavillon de Marsan ; elle était abritée dans la belle salle qui sera bientôt la pièce principale du Département des médailles et antiques de la Bibliothèque nationale. Construite et aménagée par l'éminent architecte, M. Pascal, cette salle (fig. 2), dont l'entrée provisoire s'ouvrait sur la rue Vivienne, a reçu les peintures et les sculptures qui ornaient le Cabinet de France, quand, au XVIIIe siècle, il était établi au-dessus de l'Arcade Colbert.
On trouvait là des spécimens de tout ce que cet art charmant du miniaturiste a produit de plus parfait depuis le temps de saint Louis jusqu'au XVIe siècle. M. Léopold Delisle en avait dressé le catalogue, et avec un tel guide les visiteurs étaient sûrs de ne commettre aucune erreur et de n'oublier aucun détail digne d'intérêt.
Il eût été téméraire et oiseux de recommencer ou
de développer les savantes notices de M. Delisle; mais, à propos de cette Exposition des « Primitifs » qui a attiré l'attention du public éclairé sur les œuvres de nos artistes du moyen âge, j'ai cru qu'il pourrait être intéressant, tout en prenant le plus souvent pour exemple des miniatures exposées, de grouper quelques notes relatives aux enlumineurs français en général, d'indiquer brièvement les principaux d'entre eux dont les noms ont été retrouvés et de signaler certains de ces portraits qui, à toutes les époques, ont été peints à profusion dans les manuscrits. Je me propose enfin de parler avec quelques détails de plusieurs miniaturistes peu connus de la fin du XIII( siècle ou de la première moitié du siècle suivant, et de donner en même temps divers renseignements sur les procédés de travail employés par les illustrateurs de livres.