PORTRAIT DU ROI JEAN LE BOX, PEINT VERS
barbe, de Philippe le Long avec barbe, de Philippe VI sans barbe, de Jean II avec barbe, de Charles V sans barbe. Jean, duc de Berry,se voit tantôt barbu, tantôt imberbe. On ne peut donc, à mon avis, rien dire de précis sur une mode qui était alors, comme elle lest aujourd'hui, soumise à la fantaisie de chacun.
Quant à Charles V, lorsqu'il eut adopté la coutume de se faire raser, il y resta fidèlejusqu'à sa mort. C'est imberbe qu'il nous apparaît dans l'étonnant portrait qu'en fit Jean de Bruges en 1371 . Le roi est représenté recevant une Bible des mains de Jean de Vaudetar, et, ce qui ajoute un si grand intérêt à l'œuvre, la peinture est signée : « Johannes de Brugis, pictor régis, fecit hanc picturam propria sua manu » (1). On peut dater de 1372 environ le Charles V qu'on voit, dans son « étude », en tête d'un Policratîquede Jean de Salisbury, traduit par le franciscain Denis Foullechat (2). C'est en 1374 que fut fait le portrait peint sur le frontispice d'une traduction française du Rational des divins offices de Guillaume Durant (3). Ce tableau nous montre non seulement Charles V, mais aussi le traducteur Jean Goulain. Derrière le roi assis sont figurés debout ses deux fils, le dauphin Charles et Louis, duc d'Orléans ; de l'autre côté, la reine Jeanne de Bourbon et ses deux filles, Marie et Isabelle. Ce portrait de la reine Jeanne de Bourbon est à peu près identique à celui qu'on remarque en tête d'une charte des Archives nationales (4). L'U initial de cette pièce, qui est du 14 septembre 1374,
(1) Cat. des P. F., 2e partie, n° 56. Le manuscrit contenant l'original de ce portrait est à La Haye, au Musée Meerman-Westreenen. Une reproduction en a été donnée en tête de Y Inventaire du mobilier de Charles V, publié par J. Labarte (1879).
(2) Bibl. nat., ms. fr. 24287 (Cat. des P. F., 2« partie, n° U).
(3) Bibl. nat., ms. fr. 437 (Cat. des P. F., 2* partie, n° 46).
(4) Les portraits de rois ou de princes, placés dans les initiales des chartes, ne sont pas très rares : on en trouve de Charles V, de Jean, duc de Berry, de René, duc d'Anjou, etc.
contient les mêmes portraits que le Rational des divins offices cité plus haut, sauf Jean Goulain : c'est dire qu'on y voit Charles V, Jeanne de Bourbon , le dauphin Charles, Louis, duc d'Orléans, et les jeunes princesses Marie et Isabelle ; mais il y faut constater aussi la présence de l'abbé Pierre et des moines de Royaumont (1). Je me contente de signaler les portraits de Charles V et de Simon de Hesdin en tète d'une traduction de Valère Maxime : le manuscrit est l'exemplaire original que le traducteur offrit au roi et qui est de 1375 (2). C'est sans doute vers la même date que furent exécutés les meilleurs portraits peut-être que nous possédions du roi Charles V et de la reine Jeanne de Bourbon. Je veux parler de ceux qui se trouvent sur le parement d'autel, dit Parement de Narbonne (3). C'est là évidemment une œuvre de premier ordre, mais qui ne nous fera pas dédaigner deux intéressantes représentations du même roi qui figurent en tête de deux manuscrits de la Bibliothèque nationale. Le premier de ces volumes contient une traduction des Visions de sainte Elisabeth par Jacques Bauchans. Au commencement se trouve un très bon portrait du roi, à qui le traducteur offre son livre. Ce portrait, comme les deux précédents, peut être daté de 1375 environ (4). Bien que Charles V ne soit pas encore le roi malade, au visage émacié, qu'il devait être quelques années plus tard, on remarque déjà le dévelop-
(1) Voir : O Delaborde, Une charte historiée des Archives nationales, dans le Recueil de Mémoires publié par la Société des Antiquaires de France à l'occasion de son centenaire (1904), p. 93-99, avec une planche.
(2) Bibl. nat., ms. fr. 9749 {Cat. des P. F., 2* partie, n° U8).
(3) Musée du Louvre (Cat. des P. F., 1™ partie, n° 3J.
(4) Bibl. nat., ms. fr. 1792 (Cat. des P. F., 2' partie, n" 49). Ce portrait a été reproduit dans les Fac-similé de livres de Charles V, par M. L. Delisle (1903), pi. III.
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