PLUS TARI) CHARLES V
pement caractéristique du nez. Ce trait particulier est plus accentué dans un tableau de présentation, qui doit dater sans doute de 1376, où l'on voit le traducteur, Raoul de Presles, offrant au roi son manuscrit de la Cité de Dieu (1). On constate d'ailleurs entre ces deux derniers portraits la plus grande analogie. C'est encore un Charles V recevant un volume des mains d'un traducteur que nous montre un autre manuscrit, mais ici le traducteur est Jean Goulain et l'ouvrage est le Livre de V information des princes (2). Le volume, transcrit en 1379, est de la main de Henri du Trévou, l'un des meilleurs copistes, avec Raoulet d'Or, léans, de la seconde moitié du XIVe siècle. En 1379, Charles V n'avait plus qu'une année à vivre : il mourut le 16 septembre 1380. Depuis longtemps il était miné par la maladie. Dans ce portrait de 1379, il donne bien l'impression d'un homme exténué ; le visage est décharné, le nez a pris une ampleur démesurée. Au reste, ce type de roi à long nez est resté traditionnel pendant bien des années, et longtemps après la mort de Charles V on voit encore les enlumineurs orner les marges des manuscrits de ligures royales dessinées d'après ce type devenu classique. C'était peut-être un hommage inconscient rendu à la mémoire d'un monarque qui plus que tout autre s'était montré l'ami des beaux livres et le protecteur de ceux qui les faisaient.
Une irréparable catastrophe, l'incendie de la bibliothèque de l'Université 'de Turin dans la nuit du 21 jan-
(1) Bibl. nat., mss. fr. 22912, 22913 [Cat. des P. F., 2* partie, n° 50). Ce portrait a été reproduit dans les Fac-similé de livres de Charles V, par M. L. Delisle (1903), pi. IX.
(2) Bibl. nat., ms. fr. 1950 {Cat. des P. F., & partie, n° 5k). Ce portrait a été reproduit dans Y Album paléographique de la Société de l'École des chartes, pi. XLI, et dans les Fac-similé de livres de Charles V, par M. L. Delisle (1903), pi. X.
vier 1904, nous a privés à tout jamais d'une série composée dune trentaine de portraits de Charles V qu'on admirait naguère dans le manuscrit dit Heures de Savoie ou Très belles grandes Heures de Charles V (3). On est en droit d'espérer que ce malheur aura du moins pour effet de hâter la mise à exécution d'un projet formé depuis longtemps et qu'il sera fait des reproductions photographiques des principaux chefs-d'œuvre de peinture contenus dans nos anciens manuscrits.
Cette liste, hâtivement dressée, de quelques-uns des portraits du roi Charles V est bien loin, certes, d'être complète ; mais elle suffira peut-être à donner une idée de l'intérêt que pourrait présenter une étude scientifiquement conduite des documents iconographiques qui nous sont restés du moyen âge.
(1) L'Exposition contenait l'héliotypie d'une page de ce somptueux volume (Cat. des P. F., 2e partie, n° 55J.
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