NOTIONS PRELIMINAIRES
Les Souverains Pontifes, à mesure que TEglise Catholique se dilatait, devaient avoir recours, pour la gouverner , à des moyens proportionnés à ses besoins toujours croissants. Pendant les dix pre* miers siècles du Christianisme , ils se servirent principalement des Conciles œcuméniques tenus en Orient, et des Conciles Romains , pour résoudre les doutes concernant la foi et les mœurs, pour régler la discipline, etc. Ces derniers étaient composés d'un nombre plus ou moins considérable d'évèques, et quelquefois seulement des prêtres et des diacres de l'Eglise Romaine sous la présidence du Pape. Aucun d'eux n'est œcuménique : il n'y a pas eu de Conciles œcuméniques en Occident pendant cette période.
Du commencement du onzième siècle au seizième, les Conciles Romains tombent en désuétude et sont remplacés ;
l'* Par les Consistoires. Le Sainl-Pèrc, aidé des lumières et du concours des cardinaux, des protonotaires apostoliques, des avocats consistoriauxy des secrétaires apostoliques, des clercs de la chapelle, y jugeait et expédiait les affaires du inonde catholique. Les Consistoires ordinaires se tenaient deux fois la semaine , et les extraordinaires , quand il plaisait à Sa Sainteté. Plus tard , le contentieux fut banni des Consistoires auxquels assistent, depuis de longues années, les seuls cardinaux, et ils n'ont plus aujourd'hui que les promotions cardinalices et épiscopales , ainsi que quelques autres matières préalablement réglées dans la Congrégation Consistoriale.
2® Les Conciles. Nous trouvons dans l'histoire de TEglise, pendant cette période , quelques Conciles oecuméniques et de nombreux Conciles particuliers. Ils furent autant de moyens qu'employèrent les Papes pour décider les questions les plus délicates et pour régler ce qui concerne la discipline ecclésiastique.
3^ La Rote, Les causes nombreuses et les affaires multipliées, déférées au Siège Apostolique, ne permettent point à Sa Sainteté de les traiter toutes en Consistoire : Elle en examinait une partie et les expédiait dans la chapelle du Palais avec ses chapelains qui, pour cette raison , étaient appelés primitivement Auditeurs du sacré Palais. Ils
devinrent plus lard Juditeurs de Rote, comme nous le verrons dans le cours de TOuvrage.
4*^ La Daterie et la Péniiencerie, Nous n'en diront rien ici ; nods renvoyons aux articles spéciaux que nous en ^ons donnés.
6^ Le Camerlingatde V Eglise Romaine. Le Saint Père traitait ce qui concerne la Chambre apostolique^ c'est-à-dire ^ le trésor pontifical, etc. , avec (pielques clercs; mais ses occupations devenant de jour en jour plus nonbreuses, à raison des développements que prenait la Religion Catholique, il se déchargea de cette partie de l'administration sur le Cardinal Camerlingue de la sainte Eglise Romaine* Sa juridiction qui, en principe, était restreinte aux clercs de la Chambre, etc. , devint ensuite fort étendue , comme on le voit à l'article Camerlingat.
b^Les Légations apostoliques. De temps en temps les Souverains Pontifes envoyaient dans les différentes parties du monde chrétien, pour les représenter, des dignitaires ecclésiastiques , nommés LégcUs apostoliques. Â la différence des cardinaux et des autres personnes dont ils s'aidaient, comme nous l'avons vu précédemment, les Légats avaient une juridiction ordinaire qu'il est important de bien saisir, si l'on veut comprendre celle qui fut donnée plus tard aux Congrégations Romaines.
Au seizième siècle , nous vovons se former la
plupart des Congrégations Romaines. L'immortel Sixte V en établit plusieurs et réorganise celles qui existaient déjà. Les Pontifes qui viennent ensuite s'en occupent pareillement et en instituent d'autres suivant le besoin des temps» Vers cette même é{^oque, nous voyons aussi se former les secrétaireries et les tribunaux, ecclésiastique^ ou recevoir de précieux développements ; ces administrations comme les Congrégations ecclésiastiques ne sont point l'œuvre d'un jour, mais, après leur première institution , presque chaque Pape y a ajouté ou retranché, jusqu'au moment où elles arrivèrent à ce degré de perfection qui leur permit de faire face à tous les besoins de l'Eglise.
Pie IX lui-même , heureusement régnant , a participé à ce grand travail. 11 gouverne actuellement l'Eglise avec cette hauteur de vue et cette sagesse que tout le monde lui reconnaît , au moyen des Congrégationsy Tribunaux et Secrétaireries ecclésiasiiques que nous allons faire connaître.
L'organisation actuelle de toutes les Congrégations ecclésiastiques est la même comme nous verrons dans le cours du Livre. Elles se composent du Cardinal Préfet qui souscrit les décrets et les rescrits et a la haute sui^eillance des bureaux; d'un certain nombre de cardinaux qui sont convoqués pour la plupart dans le palais qu'habite le Pape au FoJdcan ou au Quirinal ; du secrétaire qui pré-
side aux bureaux, a le détail des affaires , et souscrit les décrets et les rescrits avec le cardinal préfet; du sous'secrétaire ou substitut^ et des employés.
Les affaires de peu d'importance se traitent et s^expédient dans les bureaux. C'est aussi dans les bureaux que s'accordent les dispenses. Quant aux questions de principe , points de litige , affaires majeures , etc. , elles n'y sont que préparées et renvoyées à la Congrégation des Cardinaux.
La manière de procéder des Congrégations e^ sommaire. Ainsi ces documents concernant les points de litige , consultations , etc. , sont remis aux cardinaux qui les examinent , et qui , après une mûre discussion , en viennent au suffrage. Quand les avis sont partagés, c^st la majorité qui décide. Cependant l'affaire peut être présentée plusieurs fois à la même Congrégation , et elle n'est définitivement terminée que lorsqu'on y a apposé le mot Jmplius. Le seérétaire, qui assiste ^ux Congrégations, enregistre la solution donnée et la communique à qui de droit.
On ne peut point généralement appeler de ces décisions au Saint-Père , pas plus qu'on ne peut appeler de celles du Vicaire-général à l'Ëvêquci; car de même que c'est TEvôque qui juge par son Vir caire-général , de même aussi c'esst le Saint-Père qui juge par les Congrégations auxquelles il a conféré une juridiction ordinaire, Cependapt dans
quelques c«s on peut appeler de ces décisions au SaintrPëre par le moyen de son auditeur appelé Uditore SaniUsimo^ et alors la cause ou question est proposée de nouveau devant le même tribunal ou devant un autre que désigne Sa Sainteté. Pareillement, dans certains cas CKceptionnels , les cardinaux de la Congrégation emploient la clause facto Ferbo oum Sanctissimo, et le Saint-Père ratifie leur sentence ou en donne une autre.
Plusieurs Congrégations peuvent souvent traiter la même aiiaire , soit parce qu'elle peut être envisagée sous différents rapports, soit à raison de la connexion naturelle des matières. D'un autre côté, le Saint-Père, en v^tu de la suprême juridiction qu'il a de droit divin, remet quelquefois à une Congrégation ce qui entre dans les attributions ordinaires d'une autre. De là, la difficulté de préciser exclusivement leurs attributions respectives. Quoi qu'il en soit, toutes les pièces qui sortent des Congrégations doivent être revêtues de leur cachet et signées par le préfet et le secrétaire , sans quoi elles n'ont aucune valeur légale.
Les Tribunaux ecclésiastiques se composent d'un cardinal qui en est \e président, d'un prélat qui lui sert de substitut^ et d'un nombre plus ou moins considérable Remployés. Je ne dirai rien ici de leur manière de procéder qui est la même pour tous les dica3tres ecclésiastiques de Rome, ni de
leurs attributions qui sont assez clairement dessinées dans le corps de l'Ouvrage.
Les Secrétaireries ecclésiastiques se composent, pour le plus , d'un cardinal ou prélat qui en est le secrétaire , d'un sous-secrétaire ou substitut , et des employés. Elles sont aussi pour le Saint-Père un puissant auxiliaire dans radi;:^inistralion générale de TEglise.
Ce petit Livre sera donc divisé en cinq paragraphes. Le premier traitera des Congrégations ecclésiastiques] le second, des Tribunaux ecclésiaHiques; le troisième, des Secrétaireries ecclésiastiques; le quatrième fera connaître les Patriarchals, archevêchés et Evéchés de toute la Chrétienté ; et le cinquième, les Ficariats, Délégations et Préfectures ppostoliques.