LA VEUVE INCONSOLABLE
De la mort détourne les yeux, Elle volontiers l'envisage.
A l'heure où, tuant son désir, Le brûlant poignard du plaisir Entre en elle jusqu'à la garde, Oui, la femme, voyant au bord Du lit cette ombre de la mort.
Courageusement la regarde.
Et je dis couraoeusement, Parce qu'à ce grave moment, L'épouse, avisant la bourrelle Avec son arme de trépas, Ne croit, à l'ordinaire, pas Qu'elle se tienne là pour elle.
Pour elle î Y pouvez-vous songer.
Mes bons messieurs î Pas de dang-er! Pour elle? Non, certe ! Et la preuve, C'est qu'a cette femme de bien L'idée, à ce moment-là, vient Seulement qu'elle sera veuve.
Déjà, sous un vol de hiboux,
Elle s'imagine l'époux
Qui dans le sol se désagrège;
Et. se jetant sur son mari,
Elle pleurniche : « Mon chéri,
Quand tu mourras, que deviendrai-je? »
Devant ces pleurs inopinés, Notre bonhomme fait un nez, Un nez qu'on ne saurait décrire ; Mais, simulant le fier-à-bras, Il dit : (( Tu te remarieras ! »
Et, bravement, se force à rire.
Oh 1 c'est pour le coup qu'il fait beau
Voir, là-dessus, son Isabeau
Le rattirer près, tout près d'elle,
Et gémir à n'en plus finir,
Et jurer qu'à son souvenir
Elle demeurera fidèle,
Et puis qu'elle se cloîtrera, A la seule fin de rendre à Sa mémoire un éternel culte !
Et si le malheureux prétend Qu'il n'en demande pas autant.
La chère àme hurle à l'insulte,
Et s'arrache quatre cheveux,
Et feint quelques spasmes nerveux,
Et sanglote sans retenue,
Et s'écrie : « Ah ! le cœur de fer ! »
Et dit que c'est peine d'enfer
De se voir ainsi méconnue !
Tant et tant que notre mari Se croit coupable, et s'attendrit,