‹ Les minutes libertinesChapitre 116 sur 154 · AUTRE VEUVE INCONSOLABLE · texte numérisé non relu

AUTRE VEUVE INCONSOLABLE

La veuve eût eu preuve valable Vingt fois quil nétait pas perclus, Après deux seuls jours révolus, Elle gardait ses airs moulus Et pleurait comme au préalable ! . . .

Bref, pour quon la consolât plus, Elle restait inconsolable.

LXXVIf

LE CHAPITRE DES VEUVES

Puisque j'en suis au chapitre des veuves, N"y boutons pas encore le mot f.n.

Sur le sujet cherchons le fin du fin, Et disons tout, choses vieilles et neuves.

Et, tout d'abord, une fois Tépoux feu,

Femme doit-elle en rester morfondue?

Et, parce que la clef en est perdue,

Faut-il' jeter le coffre dans le feu ?

Nous savons trop sur ce point-là ce qu'offre

De rassurant le proverbe breton,

Et que cent clés aussitôt trouve-t-on

Pour s'adapter au pertuis de ce coffre!

Mais j'aurais peur, vraiment, qu'on se choquât

Si j'insistais là-dessus de plus belle,

J/ayant fait jà dans un dit qui s'appelle :

Discussion sur un point délicat.

LE CHAPITRE DES VEUVES

■Ce qui, d'ailleurs, est le plus contrôlable, Chez les chrétiens, juifs ou mahométans, En tous pays aussi bien qu'en tous temps, C'est qu'il n'est pas de veuve inconsolable. On en vit une, un jour, qui se pâmait Sur son mari défunt depuis la veille, Et qui, pleurant que c'en était merveille. Du désespoir paraissait au sommet.

Or, là, j'étais avec de bonnes âmes.

Amis, parents, nous étions plus de vingt A la vouloir apaiser, mais en vain !

Contre son deuil, hélas! nous nous brisâmes! « Non^ non ! laissez, laissez couler le flux. Le flux des pleurs d'une veuve en alarmes, » Dit-elle; <.•■ et, quand jaurai tari mes larmes, Rassurez-vous, je n'y penserai plusl »

La blàniez-vous d'avoir été si franche?

Eh! quoi ? plutôt que de se consoler, Lui fallait-il s'aller faire brûler, Ou se suspendre à la plus haute branche? Eh ! songez-y : d'empereurs ou de rois. De chevaliers, ou de gens de roture, Les veuves sont de chair, et la Nature A bientôt fait de reprendre ses droits! Maison accorde, il est vrai, du mérite (Depuis qu'Ibsen, en un drame fatal, Préconisa le mensonge vital A celle-là qui demeure hypocrite.

Celle-là dit ses regrets éternels; De rester seule elle tient la gageure; La consoler serait lui faire injure.

Geint-elle avec des gestes solennels.

Mais, comme on dit, tout ça, c'est de la pose. Et soyez sûrs que, si les veuves font, Pour convoler, la moue, eh! c"est qu'au fond 11 leur déplaît, celui qu'on leur propose. Et je n'en veux comme exemple probant — Fourni par un conteur de connivence Pour affirmer ce qu'en ce lieu j'avance — Que le petit dialogue suivant :

Donc, une veuve était inconsolable.

Et de chagrin semblait folle à lier.

« Oubliez-le, « lui dit-on. « L'oublier! 11 n'avait pas, sachez-le. son semblable ! »

— u II était vieux !» — « Mais il était chéri? Car, bien que vieux, il avait de quoi plaire. »

— " Convenez-en, pas autant que Valère? »

— « Non, je n'aurai jamais autre mari ! »

— (( 11 ne faut pas ainsi dire fontaine...

Un jour, viendra, ma chère, ou quelque nuit, Où vous verrez trop affreux votre ennui... »>

— « De ma constance, allez, je suis certaine! »

— « Valère est riche ! )> — « Ah ! Dieu ! que je Laimais ! »

— « Il répand lor comme les grains on sème; Et vous savez, au surplus, s'il vous aime! »

— « Non, je ne veux me consoler jamais! »

LE CHAPITRE DES VEUVES 277

— '( Réfléchissez : vivre ainsi n'est pas vivre 1 "

— a Aussi, je vais mourir! » — '< Y pensez-vous I Vous êtes jeune ! » — « Emile I ô mon époux ! »

— u Quant à Valère... « — « Enfin je vais te suivre I »

— « Ah : votre sort d'azur serait tissu,

Si vous preniez Valère I » — « O mon Emile I »

— u Répondrez-vous? » — "Hé ! laissez-moi tranquille I Vous savez bien que Valère est bossu 1 »

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