‹ Les minutes libertinesChapitre 121 sur 154 · L ANNEAU DE MAX · texte numérisé non relu

L ANNEAU DE MAX

Que ces gens furent assez fous

Pour lâcher tout à fait leur proie !

Et leur espoir ressuscita

De ne pas perdre un iota

De la somme importante due

Et d'en être payés recta,

Lorsque le Figaro nota

Que Max avait dans le Gotha

Péché la riche prétendue.

Et nos créanciers, sans retard,

Coururent chez notre fêtard

Et lui dirent : u C'est du grand art !

Or çà, puisquau rang des vedettes.

De rechef, dans le Tout-Paris,

Vous allez, selon votre prix.

Figurer, nous serions surpris

Si vous ne payiez point vos dettes ;

Car, seuls. les voleurs... *> — « Pas de cris î »

Dit Max, avec quelque mépris.

« Paix!... Le lendemain du iour o-ris

Où je me trouverai compris

Dans le bataillon des maris,

Vous serez payés, mes chéris.

Donc, ménagez vos épithètes. »

Sur ce, la bande détala.

Faisant de ses craintes litière.

Après quoi, quelque temps coula.

Puis, sous un soleil de gala,

Avec la pucelle rentière,

Max devers la mairie alla ;

288 LES MlNUTKîS LIBERTINES

Et notre homme sortit de là Heureux époux à part entière...

J'omets les détails du festin,

Et je glisse sur les caresses

Que fit, jusqu'au petit matin,

A sa femme notre mâtin,

Dès qu'elle eut dénoué ses tresses.

Il siérait d'écrire en latin

L'inventaire fort libertin

De ces nuptiales caresses ;

Et je ne suis point TArétin

Pour vous dépeindre ces ivresses.

Qu'il vous suffise de savoir

Qu'après avoir fait son devoir

Jusqu'aux limites du pouvoir,

Max, auprès de la jeune fée

Qu'il venait si bien d'émouvoir.

Tomba dans les bras de Morphée...

Ah ! c'est ici qu'il me faudrait

Employer un style discret,

Sans, pour cela, qu'il fût abstrait !...

Max, en mignotant sa chère Eve.

Avait, hélas 1 pensé sans trêve

Que, le tout proche lendemain,

Ses créanciers, l'œil inhumain,

Le front sévère, la voix brève,

Vers lui viendraient, tendant la main.

Et c'est alors qu'il lit un rêve :

Page 1