LANNEAU DE MAX
La conclusion en est grasse;
Mais, selon que j'en puis juger,
La morale, en ce cas léger,
Ne court pas le moindre danger ;
Et cet exemple fait songer
Que Ton peut tout dire avec grâce.
Et la vérité de ceci,
Je Tai, quelquefois, pour mon compte
(Ciel! doit-on se flatter amsi!),
Prouvée amplement, Dieu merci !
Maisaurai-je, en ce nouveau conte,
A la confirmer réussi ?. . .
Il s'agit de Max, un prodigue
De corps et d'esprit séduisants,
Qui, pendant tout près de dix ans.
N'ayant rencontré nulle digue
A ses désirs toujours cuisants.
Avait comblé de ses présents
Cent filles aux regards grisants,
Et dilapidé sans fatigue
Un tas de louis reluisants.
Un beau jour, comme on le présume,
11 ne resta plus une plume
A cet oiseau. C'était fatal ;
Car il n'est point de capital,
Si massif qu'en soit le métal.
Et si gros qu'en soit le volume,
Et pesât-il même un quintal.
Qui ne fonde à ce jeu brutal.
Or, quand il eut fait bourse nette,
Et lorsque le diable Crédit
Envers lui se fut refroidi,
Du lundi jusqu'au samedi,
Le pauvre eut, dès patron-minette,
Vingt créanciers au teint verdi
Pour faire sonner sa sonnette ;
Et vainement il les traitait
Comme don Juan monsieur Dimanche ;
C'était, chaque soir, un protêt,
Et ces gens-là, même un tantet.
Ne voulaient pas quitter sa manche !
Où qu'il allât, d'où qu'il revînt,
11 tombait toujours dans les nasses
De ces vingt créanciers tenaces,
Et toujours il les trouvait vingt
A renouveler leurs menaces.
La bande, à la longue, pourtant.
Après s'être bien renseignée.
Tint quil serait exorbitant
De songer encore un instant
A pratiquer une saignée
Sur le gousset jadis tintant
De ce viveur impénitent;
Et, bien que fort mal résignée,
Elle fit trêve, c'est constant.
Mais il nest personne qui croie.
Indulgents lecteurs, parmi vous.