LE PETIT COURAGE
Lecteur, aujourd'hui, tu t'irrites De certains mots s'ils vont tout nus Et qui n'étaient point malvenus De tes aïeux, moins hypocrites.
Pour ne pas blesser ta pudeur, Ces mots, il faut qu'on les déguise ; Et tu les nommes à ta guise, Sous leur masque, à part toi, lecteur.
Donc, la métaphore nous sauve.
Et, de la sorte, on réussit A te faire aimer le récit Même d'une histoire d'alcôve.
Eh bien! lecteur, sois satisfait :
Lis ce conte, et tiens-moi pour sage : Pour l'écrire j'ai fait usage De la métaphore, en effet.
Un homme vivait en famille Avec son épouse et la sœur
De celle-ci, dont la minceur Montrait qu'elle était vieille fille.
Pensionnaire des époux Depuis leurs noces, la pécore, Qu'un feu secret brûlait encore, Evoquait les passe-temps doux Qui, la nuit, étaient leur partage.
Et, s'avisant, chaque matin, De la fatigue de leur teint.
Elle en maigrissait davantage.
Pourtant, six ans ayant passé, Le bonhomme au tournoi nocturne N'arrivait plus que taciturne.
Ainsi quun chevalier lassé.
Si bien quune fois, sa conjointe Lui dit : « Mon mari, sapristi !
Votre courage est bien petit, A présent, et bien tôt s'épointe »
— « Oh ! dam ! si j avais quelque argent, Tu m'en verrais bien vite un autre ! »>
- Lui riposta le bon apôtre, Du ton le plus encourageant.
Et, voyant leffet de sa ruse Au mutisme quelle amenait.
Il reprit : « Tu comprends, il nest Si grand courage qui ne s'use. »
— « Soit I Tu pourras donc, dès demain. Tacheter un nouveau couraore
Qui te donne cœur à l'ouvrage Comme au début de notre hymen, »