LE SAUVETAGE DE LISON
De framboise et de violette.
A ravir même un nez défunt !
De grappe rouge en grappe jaune,
Tous les jours et toutes les nuits,
Tantôt sur la côte de Nuits,
Tantôt sur la côte de Beaune,
Zéphire passe, maraudeur;
Et, sur cette route si belle,
Pour exalter notre cervelle,
Il nous apporte cette odeur!
Ab ! foin des lioublons et des orges !
Je voudrais vivre mon destin
Au doux pays du cbambertin,
De mon gentil patron Saint Georges,
Du clos-vougeot et du pomard,
Du romanée et du chamboUe !
Et, quand, lugubre faribole.
Viendrait la vieille au nez camard,
Je l'inviterais, sans vero;"oo'ne
A patienter un instant.
Et, je boirais, le cœur content.
Mon dernier verre de bourgogne !
Il se pourrait fort bien, d'ailleurs.
Qu"il m'évitât le mortel somme.
Car, pour ressusciter un bomme.
Ce vin est parmi les meilleurs.
Et, pour vous fixer davantage
Sur le pouvoir du *■ jus divin »,
Je vous dirai qu'avec du vin
J'ai fait, bier, un sauvetasre.
3;j0 LES MiM Ti-:s libertinp:s
Quoi donc! vous ne me croyez pas?
Cela vous semble une gageure ?
Grâce au vin, pourtant, je vous jure, J'ai tiré quelqu'un du trépas!
La science contemporaine Ne m'y fut nécessaire en rien ; Et tout riionneur, certe, en revient, Cette fois, aux vins de Touraine, Ah! c'est qu'il n'est rien, en efîet, Dût la chose sembler cocasse, De plus sûr, de plus efficace.
Et puis, jugez ; voici le fait :
« Bien qu'au bonheur tout me convie, Je me sens prise de dégoût Pour cet univers, tout à coup, Et je veux quitter cette vie, Car j'en cherche en vain la raison.
Donc, considère cette épître "Comme le suprême chapitre Du sort de ta pauvre Lison.
J'espère, malgré Pythagore, Que de la tombe on ne sort pas...
Avant mon départ pour là-bas, Viens me voir une fois encore. »
Tel était le triste billet
De Lison, cet oiseau frivole!