LA JEUNE FILLE PALE
Un jeune homme très poétique N'avait pas beaucoup de santé Et professait que la beauté Doit être, avant tout, chlorolique.
Pour lui, les femmes et les fleurs N'étaient supportables que blanches, Tel un mort entre quatre planches...
Il aimait les pâles couleurs.
Il abhorrait les bonnes mines, Les figures roses de sang.
Et rêvait d'un visage blanc Comme la robe des hermines.
Mais il avait en vain cherché, Jusqu'alors, au sein des familles.
Celle, parmi les jeunes filles, Qui serait son beau lys penché.
Hélas! pas une de ces vierges N'offrait à ses veux, en effet.
Le désiré masque défait, La requise pâleur des cierges !
Il en pleurait... Pourtant, un jour Que sa peine était plus amère.
Il crut rencontrer sa chimère, L'objet digne de son amour.
Buste maigre, taille Hexible En Lécrin souple du corset, De dos elle réalisait Son cher idéal impossible.
Et, tremblant déjà de plaisir, 11 la suivait, se disant : « Fasse Le ciel quelle soit, côté face, Faite aussi selon mon désir. »
Durant qu'il songeait immobile.
Elle entra dans une maison :
Le pauvre, perdant la raison, N'avait vu que son côté pile!
Mais, saisi d'un scudain transport, Il cria : - Je l'aime ! Je laimeî Et si, par bonheur, elle est blême.
Enfin, mon Dieu! je tnuclie au port!
Oubliant toute retenue, Il sélança dans lescalier.
Et rattrapa, sur le palier Du troisième, son inconnue.