LE SOMMEIL DE GRANDMERE
Il aperçut de sa poilrine
Le double fruit pas encor mûr.
Et le maraudeur, pris de fièvre,
Sauta dans la chambre sans bruit,
Et, voulant mordre au double fruit,
Y posa tout d'abord la lèvre.
Et, comme, dans son prime effroi,
La fillette semblait de marbre,
Il cueillit tous les fruits de Tarbre ;
Et c'étaient de vrais fruits de roi !
A la fin, moins morte que vive,
La pauvrette du doux repas
Que Ton faisait de ses appas
Prit sa part avec le convive.
Et quand celui-ci, régalé,
Eut quitté le lieu de la fête.
Elle pleura, comme une bête,
Parce qu'il s'en était allé.
Or, la grand'mère, de son somme
Tirée, au matin, par ces pleurs,
Apprit — dernier de ses malheurs —
Ce qu'avait osé le jeune homme.
Ayant maudit le meurtrier
D'une bouche encor vigoureuse,
L'aïeule dit : « Mais, malheureuse,
Il fallait m'appeler. crier 1 »
Et, naïve en sa peine amère.
L'enfant gémit : « Dans ma stupeur
J'aurais bien crié... Mais j'eus peur
De troubler ton sommeil, grand'mère!,
XXHI