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LE POIGNARD DE ROBIN

Oui, pendant plus de six grands mois,

Du gars elle s'était moquée ;

Mais, comme il vous l'avait traquée,

Sans répit, aux champs, dans les bois,

CJn beau jour, enfin, que les pousses

Inauguraient leurs chapeaux verts,

Le cœur tout à coup à l'envers,

Elle avait mis un peu les pouces.

Donc, à dater de ce beau jour,

Crâce au printemps, ce vieux complice.

Elle avait accru le supplice

De ce Robin féru d'amour.

Car, bien qu'au menu tripotage

De la porte elle se prêtât,

Il Tadjurait sans résultat

Et n'en souffrait que davantage.

Par bonheur, il n'est de vertu,

Si forte de créneaux soit-elle,

-Qu'à la longue ne démantèle

Un amoureux, s'il est têtu.

Il lui faut, pour toute science,

Ne pas ignorer que du mur

Le fruit tombe quand il est mûr.

C'est affaire de patience.

Et — nous y voici — le danger

<Jue craignait si fort la bourrelle

Etait près de fondre sur elle.

Cette nuit-là, dans le verger.

En effet, par badinerie,

Robin avait pu la saisir;

LES mi.mtp:s libp:rtines

Et voilà que par ce désir Lisette se voyait mûrie.

Et que. presque inconsciemment.

Prise d'une subite ivresse, Elle devenait la maîtresse De cet obstiné garnement ! . . .

Or, raisonnant dansla tempête De la première volupté, Elle se disait : « Ai-je été.

Pendant ces six mois, assez bête!

Que de temps perdu !... Mais là, vrai ! Dussé-je à ce plaisant ouvrage Utiliser tout mon courage, Ce temps, je le rattraperai ! •■ ; Ah ! quelle fille sur la terre, Dès que la touche Cupidon.

Ne lui demande ainsi pardon D'avoir pu rester réfractaire Ij Cependant, se sentant fleurir Dans la serre de cette étreinte, Lisette dit : i> Frappe sans crainte!

Partoi, Robin, je veux mourir! »

Alors, riant à sa conjointe.

Robin lui répliqua : « Ma foi !

Si tu veux mourir, hàte-toi, Car mon poignard n'a plus de pointe!

11 sied de vous y résigner.

Si fort que vous vous fassiez prude, \'u que, si celte chute est rude, Elle est de Matlmrin Régnier!)

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