PAGE EFFRONTÉ
Tous les goûts sont dans la nature, Dit un proverbe fort courant, Et moi, je n'en veux pour garant Que cette suivante aventure.
Venu récemment à la cour Afin d'y servir son bon prince, Un jeune seigneur de province Delà reine éveilla l'amour.
L'estimant de forme mignarde.
Elle y rêvait le jour, la nuit, ^lais s'aperçut avec ennui Qu'il n'y prenait pas du tout garde.
Ainsi qu'on fait au menuet, Quand le page près de l'Altesse Se trouvait, avec politesse Longuement il la saluait;
96 I^KS MINUTEES LIHERTINKS
Mais, malgré la galante iiivife Et le doux langage des yeux Souverains, le malgracieux Faisait volte-face au plus vite- Or, elle avait trop de fierté Pour croire à de TindilTérence^ Et ne voyait, dans l'occurrence.
Qu'un excès de timidité.
J^ensant ainsi, l'auguste goule Plus effrontément naviguait Pour obtenir de ce muguet Ce que du coq obtient la poule- Par malheur, le provincial, Bien que très au fait de l'affaire^ Tardait beaucoup à satisfaire Cet âpre caprice royal.
Et la reine en perdait le boire Et le manger. Et son époux, Souvent, lui disait : ( Qn'avez-vous?
Entre le fromage et la poire.
• Vraiment, elle n'admettait pas Qu'un fils de si peu d'importance Pourrait la tenir à distance Et faire fi de ses appas.
Enfin, une nuit, sr.ns tapage, A l'heure où tout homme mnflait^ Du roi juscju'au dernier valet, Elle pénétra chez le page.
Pour le surprendre en son sommeil, Frémis^anie, elle était venue