ENTRE DEUX MAUX
D'un ton péremptoire il lui dit :
« Je ne veux pas vous prendre en traître,
Et j'aurai raison sur ce point,
Je le jure par les Saints Livres :
Mon cher, je vous coupe les vivres,
Si vous ne vous mariez point. "
— <* Me marier? Quelle iichaise ! »
Fit l'autre. << Quoi! pour tout de bon ? »
— « Oui, certes. Monsieur le fripon !
Autrement qu'en bâton de chaise.
Dès le mois prochain, je prétends Que vous viviez. Voilà l'affaire.
Et, si vous voulez ainsi faire,
Nous en serons tous deux contents. »
— u Bien, je vous dois obéissance, »
Dit le gars, se sentant battu.
Et le père, alors, reprit : <■ Tu M'en auras grand' reconnaissance. »
Et, le soir même, il le mena Dans une maison respectable Dont deux sœurs égayaient la table :
L'une était Flore, et l'autre, rVnna...
Çà 1 comment vous peindrai-je Flore ?
Elle avaitune peau d'un ton Si frais qu'on eût dit un bouton De rose qui viendrait d'éclore !
Son front, son nez étaient divins.
Sa bouche... l'était plus encore.
Mais cette suave pécore Avait un mètre quatre-vingts!...
^ BISLIOTHECA
Pour Anna, sans être vilaine.
Contraste étrange, elle n'avait
Pas plus de hauteur qu'un navet.
C'était bel et bien une naine !
Et par leurs dots uniquement
— Dots, au demeurant, excellentes —
Ces deux sœurs étaient ressemblantes
Aux yeux de notre garnement.
« Eh bien ! papa, c'est chose dite, »
Déclara-t-il, le lendemain.
« Va pour moi demander la main,
Et le reste, de la petite. »
Mais le père cria : u Farceur î
Quoi ! prendras-tu cette nabote,
Qui ne t'ira pas à la botte,
Quand à sa magnifique sœur
Il ne tient qu'à toi de te joindre ?
Le cas est des plus anormaux ! »
— « Cest, ^) dit le fils, « qu'entre deux maux Il faut toujours choisir le moindre. »