‹ Les minutes libertinesChapitre 49 sur 154 · CONTE DE LA BIEN AVISÉE · texte numérisé non relu

CONTE DE LA BIEN AVISÉE

Mes parents, toute une semaine,

Leur donnent Ihospitalité.

Or, voici mon plan : sans scrupule,

A peine ils ont franchi le seuil,

A tous les six tu fais de lœil;

Et, déjà, dès le vestibule,

Chacun deux, prompt à se monter

La tête, se dit en lui-même :

Cette exquise soubrette ',n ai/ne.

Bon! je ne vais pas ûiernbêter!

Aussitôt, laissant toute honte,

A quelqu'un deux, le premier jour,

Tu bailles rendez-vous d'amour.

Sans dire que c'est pour mon compte,

Bien entendu, mais de façon

Si malicieuse et secrète

Qu'il me prenne pour la soubrette

En un coin noir de la maison.

Et je pourrai donc, de la sorte,

Pendant que, sous mon propre toit,

il croira s'ébattre avec toi,

Savoir comment il se comporte.

Et puis, contre marée et vents.

Pendant les cinq autres soirées,

Tu feras mêmes simagrées

Avec chacun des cinq suivants ;

Et cela devra me permettre

D'enregistrer net leur degré

De force. Bref, jeteur serai

Comme un vivant dvnamomètre. »

Il fut fait comme elle avait dit, Et ce ne fut pas mince affaire î La demoiselle eut fort à faire Du lundi jusqu'au samedi.

Mais, quoique neuve en cette étude.

Et sauf la cruelle cuisson De Tinitiale leçon, Elle en eût bien pris l'habitude.

Aussi, quand le dimanche vint Avec le repos qu'il ramène, Elle eût voulu de la semaine Voir les sept jours portés à vingt.

Pourtant, fidèle à sa promesse De fixer son choix ce jour-là, Dans le salon elle assembla Les six hommes après la messe.

Pensez que tous étaient tremblants D'espoir à la fois et de crainte!

Mais elle leur dit, sans contrainte :

« Messieurs, je sais tous vos talents Marcel est romancier notoire ; Gilbert, poète délicat ; Alfred, admirable avocat ; Pioland, vaillant peintre d'histoire ; Alexandre, un sculpteur parfait ; Et pour Jean, qu'il ait du génie Plus que Mozart, je ne le nie Aucunement, car c'est un fait.

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