UN MARI QUI FAIT DES MOTS
« Parbleu ! » se dit un jour le comte, « Je suis maintenant (c'est exquis î) Tout à fait sûr que le marquis, Mon cher hôte, à ma femme en conte.
Oui, de cour il lui fait cinq doigts ; Et, savant en muet langage, 11 met en pratique, je gage.
Le précepte : Fais ce que dois.
En outre, il est indubitable Que Lise prend goûta ce jeu.
Car ses pieds cherchaient avec feu, Hier, d'autres pieds sous la table...
Et ces pieds n'étaient pas les miens.
C'est pourquoi je me détermine, Selon le rite, à faire mine De partir, ce soir, pour Amiens. »
Donc, il fait boucler sa valise, Ayant ainsi monologué,
Et dit au revoir, d'un air gai, A sa fidèle épouse Lise.
Puis, serrant fortement la main Du marquis, son hôte, il profère :
« Excusez-moi. C'est pour affaire.
Je ne reviendrai que demain. »
Ensuite, il trotte vers la gare, Leste, preste, dispos et frais; Mais, deux ou trois heures après.
Rentre au château sans crier gare.
Or, pour commettre leurs péchés.
Pris d'une audace sans égale,
En pleine chambre conjugale
Les deux amants se sont couchés.
Le marquis demande : « La porte
Est-elle bien fermée à clé ? »
Mais de son doux bras potelé
Le retenant au lit : « Qu'importe !
Cesse de te préoccuper, »
Répond la petite comtesse.
(( Le comte a trop de politesse
Pour entrer ici sans frapper. »
Pourtant, le marquis, sous l'empire
De la peur du ilagrant délit.
S'efforce de sortir du lit.
Mais elle l'étreint et soupire :
« Reste tranquille, mon Jésus! »
Et, comme il s'obstine encor : « Flûte !