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LA COURSE AU ROI

Plus Sût que le catoblépas, Animal un peu plus qu'étrange Et si stupide qu'il se mange Les pieds — et ne s'en doute pas, Certain gardeur de porcs d'Irlande Avait d'ans plus de trois fois vingt.

Et, du plus loin qu'il se souvînt, N'avait jamais quitté la lande.

Né d'il ne savait qui ni d'où, Sur l'horizon marin sans bornes ]1 promenait les regards mornes De ses yeux couleur d'amadou.

Des sourires et des tempêtes De la Nature épais témoin, Il avait, dans un même coin, Vieilli parmi les mêmes bêtes ; Et, sec et noir comme un grand i\\ Sans feu ni lieu, sans Dieu ni maître, Ce ridicule et sublime être Vivait ainsi, végétatif.

Bref, vous eussiez dit d'une plante.

D'une plante qui marcherait:

Tant peu de chose pénétrait En sa compréliension lente!

Et rien — la peur, le cliaud, le froid, La faim, la soif, le mieux, le pire — Sur son cerveau n'avait d'empire, Si ce n'est ces deux mots : Le Roi !..

De quelle nourrice falote Ce pauvre humain si peu subtil Et si bestial tenait-il.

Bien avant de porter culotte, Qu'avec ces deux mots-là : Le Roi, Depuis le seuil des temps, on nomme Un homme qui n'est pas un homme, Et qui sur tout homme a tout droit ?

Mais, de jugeotte n'ayant guère, Le bougre, desprit trop étroit, Xe soupçonnait pas que Le Roi Pût faire la paix ou la guerre Pour gagner de l'or par monceaux.

Non. Le Roi, dans cette cervelle, Etait quelle tâche plus belle? Gardeur des gardeurs de pourceaux !

Et, laimant comme on aime un père {Ce que c'est que ne pas savoir! , n pensait : « Je pourrai le voir Avant que de mourir, j'espère! »

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