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XL VI II

Je vous le dis, en vérité,

Dès avant même que de naître,

Jai senti germer en mon être

Le goût de Finfidélité.

Ce goût circule avec ma sève

Et de moi fait à sa merci.

Au surplus, il en est ainsi.

Pour tous et toutes, depuis Eve.

Aussi, ris-je d'un rire aigu

Lorsque quelqu'un de notre espèce

Est de sottise assez épaisse

Pour jurer qu'il n'est pas cocu.

Car, enfin, nul besoin d'être aigle

Pour comprendre que tout trompeur

i\e saurait ne pas avoir peur

D'être, un jour, trompé. C'est la règle

C'est la règle, et c'est le destin.

Et là-dessus point de querelle.

Non, de n'èlre pas Sganarelle On ne peut pas être cerlaln.

Il est, d'ailleurs, des nicodèmes, Ignorants du constant danger (Vous allez pouvoir en juger , Qui se sacrent cocus eux-mêmes.

Un de ceux-là, très saugrenu,

Douze heures avant la journée

Pour son retour déterminée,

D'un voyage était revenu ;

Et, se dépêchant de se rendre

Au toit conjugal, se disait.

En riant comme un marmouset :

« Ahî quel plaisir! je vais surprendre

Ma chère femme en son sommeil,

Et voir sa beauté merveilleuse

Sous la clarté de la veilleuse

Au rayon paiement vermeil! »

Chez elle il entra sans tapage...

Au bord du lit, sous les rideaux,

Il vit son adorable dos,

Verso de l'amoureuse page

Qu"il avait lue, oh ! si >ouvent î

Et que, dans un muet délire.

Soudain, il se mit à relire,

Pour en être un peu plus savant. ..

Or, tandis qu'à cette lecture

Les sens lui revenaient à ilôts,

Sa femme, les yeux encor clos,

N'avait pas changé de posture;

Et ce livre de volupté.

Estimant son lecteur liabile,

Restait gentiment immobile.

Heureux d'être ainsi feuilleté.

Toutefois, au bout du chapitre.

Au doux mot final Ilosanna!

Le bon livre se retourna

De lui-même sur le pupitre...

Alors, avec un léger cri,

En voyant son époux, la dame

Dit, trahissant son état dame :

« Quoi î c'était vous, mon cher mari ?

Sur cette parole authentique Epiloguez avec ferveur, Et puis, humez-moi la saveur Dune histoire presque identique.

Aubergiste de son état

Et du plaisir d'amour esclave,

Un homme, un beau soir, dans sa cave

Suivit, sans quelle s'en doutât,

Sa légitime et propre femme,

Et, dans le noir de l'escalier.

Contre la porte du cellier, .

La serra de manière infâme.

Mais, elle, ne distinguant pas

De son insulteur la ligure

Au fond de cette cage obscure,

Défendit d'abord ses appas.

C'était, disons-le, pour la forme.

Pourtant, l'aubergiste ne put

Atteindre pleinement son but

Qu'en se donnant un mal énorme.

Jusqu'alors il n'avait dit mot ;

Mais il parla dans son extase!...

a C'est donc toi, mon vieil Anastase? »

Cria la commère. << Es-tu sot

D'agir de la sorte! On se nomme.

Que diable ! en un pareil endroit !

Non, vraiment, ce n'est pas adroit

De ta part! Eh ! crois-tu, mon homme,

Que j'aurais fait tant de façons

Si je t'avais vu?... Non, c'est drôle !

Car je croyais, sur ma parole.

Que c'était un de nos garçons!... »

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