LA BONNE ÉPOUSE
Nouveaux Philémon et Baucis,
Deux époux, s'aimant comme quatre,
Pendant quinze ans, sans en rabattre,
Se Tétaient prouvé comme six.
Oui, cela dura quinze années !
^lais Thomme, enfin, n'en pouvant plus,
Après mille efforts superflus,
Vit ses facultés ruinées,
Hélas! hélas! Et la douleur
Du malade eût été moins roide
S'il eût senti sa femme froide ■
Ainsi que lui; mais la chaleur
De cette femelle nature.
Par le fait de l'entraînement,
Avait atteint, précisément,
Sa plus haute température !
Aussi, regrettant le passé,
Tous deux mouraient de façon lente,
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Elle de plus en plus brûlHuto,
Et lai de plus en plus glacé...
Or, comme il perdait patience
En cette sombre extrémité,
Le couple, un jour, fut visité
Par un prince de la science.
Quand il leur eut làté le pouls.
Examiné Fœil et la langue,
11 lit la suivante harangue
A ces misérables époux :
« Votre cas est des plus limpides.
Et, je le dis avec regret,
Si clair même qu'il frapperait
Mes confrères les plus stupides.
Il n'a rien du (ont d'anormal,
Je le jure par Hippocrate,
Car, en ses effets disparate,
Pareil en sa cause est le mal
Dont, ici, vous souffrez ensemble.
(]'est grave pour l'un ; ce n'est rien
Pour l'autre. Et, si vous voulez bien,
Je vous dirai ce qu'il m'en semble.
i^'un de vous à la guérison
Peut seul prétendre. Et le problème
Tient tout entier dans ce dilemme
Qui saisira votre raison :
Vous ne pouvez guérir, Madame,
Qu'en achevant votre mari.
Vous, ^lonsieur, ne serez guéri
Qu'ayant supprimé votre femme.