UN COUSIN DÉVOUÉ
Si je prouve aussi qu'une femme Peut être naïve à tel point 1
D'une simplesse non pareille, Celle dont je vous parle ici.
Avant riiymen, ignorait si Les enfants se font par l'oreille.
Ou bien s'ils naissent sous un chou ; Et, quoiqu'elle y songeât sans cesse, Le mystère de la grossesse Pour elle était du pur mandchou!
Trois mois après son mariage, Il arriva que son mari Lui dit, un soir, tout attendri :
« 11 faut que je parte en voyage.
Mais je serai tôt revenu, « Ajouta-t-il. «si Dieu m'exauce. »
— « Çà ! vous savez que je suis grosse, Répondit ce cœur ingénu, Ce phénomène d'innocence.
« Vous en aller! y pensez-vous?
Qui donc finira, mon époux, Notre enfant, durant votre absence? »
L'époux, en entendant cela, Crut à quelque plaisanterie.
11 rit; puis, baisant la chérie, Sans plus rien dire, il s'en alla.
Or, le soir même, épris des charmes De cette naïve, un voisin,
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Qu'on recevait comme cousin.
Trouva la jeune femme en larmes,
Dans son appartement privé;
Et la sotte avoua : « Je pleure.
Car George est parti tout à l'heure,
Et l'enfant n'est pas achevé ! »
Mais le railleur fit : ce Quel prodige!
Quoi ! pas achevé, ce trésor? >>
— (^ Puisqu'il ne boup^e pas encor.
C'est qu'il n'est pas fini, vousdis-je! »
Affirma la pauvre d'esprit,
Qui geignait sans vouloir l'entendre.
Alors, ma foi, brutal et tendre,
Pour la consoler, il la prit...
Et, comme, à sa surprise extrême.
Elle avait cédé sans un cri.
Jusqu'au retour du bon mari,
Chaque soir, il agit de même...
Et, lorsque revint le seigneur
Et maître, la douce démente
Lui dit : « George, l'enfant augmente
A merveille, car. par bonheur,
Prenant très à cœur cette affaire.
Notre cousin a compati...
Ainsi, pour finir le petit,
Tu n'auras plus grand'chose à faire! »