LE^PRIT DES LAIDES
O Muse, puisque tu me dotes.
Aujourd'hui, de quelque enjoûment.
Ce moi sera le fondement Des deux suivantes anecdotes.
Annette était fille de bien.
J'entends par là qu'elle était sage.
Mais elle avait un laid visage, Ainsi que souvent il advient.
Car, faites pour aller ensemble, Sagesse et beauté rarement Font un bon accomnioJemxent, Me paraît-il. Que vous en semble ?
Après tout, n'exagérons pas :
Cette Annette au visage rude Etait bien moins sage que prude.
Prude — parce que sans appas.
Née à Beanvais, chef-lieu de l'Oise, Presque à Tombre de l'évèché, Elle avait horreur du péché Et de toute histoire gauloise.
On le savait. Or, un rieur, Ayant hasardé devant elle Quelque trop vive bagatelle, Reçut au... ^liem !; p >stérieur Un maître coup de pied valable...
Mais, le rieur, sans s'irriter.
Cria : « Quoi ! ne pas respecter.
Chère x\nnette, votre semblable! »
La pauvre ! Est-ce qu elle comprit Ce trait sans réclamer de Taide?...
Mais, voyons, quoique Ion soit laide, On peut bien avoir de l'esprit.
Annette, une de vos pareilles L"a démontré dernièrement.
Écoutez. Ouvrez un moment Vos chastes, trop chastes oreilles !
Elle a plus que vous de laideur Avec, dans sa figure jaune, Son nez d'une bonne et large aune ; Mais bien moins sotte est sa pudeur!
Jugez-en ! L'autre jour, un homme, Auteur d'un livre sur lamour, Que pour son éclatant humour Dans tout Montmartre Ion renomme, Lui dit: <* J'aurais bien l'appétit De vous baiser à la figure.
N'était que je crains la piqûre De ce nez pas assez petit. >« Alors, écoutez bien, Annette, Voici ce qu'à ce doux farceur Sut répondre votre consœur, D'une façon tout à fait nette :
u Cher Monsieur, si vous y tenez, Passez-vous-en vite l'envie.
Car j'ai — vous m'en voyez ravie — Pour vous un visage sans nez. »