EN DÉSESPOIR DE CAUSE
Ah! que de filles, chacjue jour, A la madone offrent des cierges, Et voudraient cesser d'être vierges, Si leurs yeux n'effrayaient l'amour !
Ah ! combien de ces intombables Qui ne la font à la vertu Que parce qu'elles n'ont point eu L'occasion d'être coupables !
Et combien retournent aux cieux.
L'air chaste et paupières baissées, Qui, si vous les eussiez forcées, Auraient remercié les dieux !
C'est ainsi qu'une demoiselle Avait défendu sa pudeur Contre tout amoureux fraudeur Pendant quarante ans avec zèle.
Aussi, pensez que ses galants Etaient partis, lassés d'attendre,
Ignorant qu'on eût pu la prendre Par les seuls moyens violents.
Il est certain que la gaillarde, Si rebelle aux attentions, Etait de ces complexions Que Ton séduit à la hussarde ; Car, dût cela vous étonner.
Messieurs, elle était, je Taffirme, De ces femmes au cceur infirme Qui ne savent pas se donner, Et qui, résistant à Tamorce Des petits soins et du désir, Ne font Famour avec plaisir Que dès l'instant qu'on les y force.
Mais, renonçant à leur projet. De ses galants remplis de crainte Pas un seul ne Tavait contrainte.
Ce dont très fort elle enrageait.
Et c'est quand elle eut fait le vide Autour d'elle par ses façons Que des hommages des garçons Elle se reconnut avide.
Hélas I trop tard, en vérité !...
De sorte que cette bégueule Dut vieillir, enfin, toute seule, Maudissant sa virginité.
Certe, elle n'espérait plus guère Que quelqu'un la lui ravirait,
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Et c'était son cuisant regret,
Quand, par chance, éclata la guerre;
Et voilà que les ennemis
Entrèrent, un soir, dans la ville,
Et que, par leur cohorte vile.
Le feu, le fer, tout y fut mis !
Or, chez la vierge, une voisine
Comme une folle vint frapper
Et lui dit : ^ Il faut décamper.
On incendie ! On assassine ! »
— '( Ah! » répondit notre goton,
« Vraiment, c'est calamité grande!
Mais... dis-moi, pour que je m'y rende,
Je t'en prie... où viole-t-on ? »