DISCUSSION SUR UN POINT DÉLICAT
Mesdames et Messieurs, j'arrive
Au point où j'en voulais venir.
Ce point-là, c"est celui qu'on nomme
Le point dhonneur. Et n'est-ce point,
A franchement parler, le point
Qui prime tout point pour un homme?
Eh bien! dernièrement, je vis
Que, pour le fixer, nous, les hommes.
Ce fier point d'honneur, nous ne sommes
Pas tous les jours du mxême avis.
Ah ! c'est qu'il n'est pas d'habitude
Universelle pour ce cas !
Et, selon les plus délicats,
C'est question de latitude.
Ainsi nous l'affirme un auteur
En son dernier-né dramatique;
Et, dans la querelle esthétique.
Ce Suderman est bon docteur.
Exemple : chez un monogame
D'ici vous êtes invité :
Par lui vous serez mal coté
Si vous profitez de sa femme:
Car vous aurez commis l'abus
En France le plus arbitraire.
Et c'est, parait-il, le contraire
Dans les africaines tribus.
Là-bas, un chef ne se contente
Pas seulement de m'héberger :
Il veut avec moi partager
Son épouse ainsi que sa tente!...
Passons à la femme. Chez nous,
Par on ne sait quelle fallace,
Son point d'Iionneur, elle le place
Entre sa taille et ses genoux !
(C'est grâce à cette circonstance,
Du reste, que nous avons eu
Le conte de Y Hoyineur cousu.
Si plein de gauloise substance!)
De l'honneur elle n*a donc pas
Une conception bien haute.
Pour le garder de toute faute,
Elle eût dû le placer moins bas.
Il en eût été moins fragile.
Car, malgré que vous en ayez,
Cest surtout de la taille aux pieds
Que la fille d"Eve est dargile.
Et, cet honneur ainsi placé,
Comment le protégerait-elle
Contre laimable bagatelle ?
Non, vraiment, c'est trop insensé!
Mais, cher lecteur, rendez-vous compte
Que, tel, votre femme ne peut
Le garer, ne fut-ce qu'un peu,
Puisque (ce n'est pas un sot conte).
Cet honneur-là qui n'est scellé
Ni par cire ni par ferrure,
Repose sous une serrure
Dont tous les hommes ont la clé !