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SCÈNE XI MIRABEAU, VALRAS

Voiras, Yous ici!... Vous mon compagnon d'exil, presque mon frère !

Votre anli, votre ami le plus sûr, celui des jours sans pain et de la misère hardiment bravée !

C'est vrai! Quelle est cette jeune fille?

VALRAS.

Mademoiselle Henriette de Nehra, la fille de Guillaume Van Haren qui fut longtemps ambassadeur de Hollande à Bruxelles.

De Nehra! Elle ne porte pas le nom de son père?

VALRAS.

Elle n"a jamais été reconnue. Sa mère était une pauvre fille française que de Haren a aimée et qui est morte depuis bien des années. Le père a fait élever son enfant à Paris, comme si elle eût dû porter son fitre et, en mourant, il lui a laissé une fortune considérable, mais dont elle ne se servira pas, puisqu'elle a, la pauvre enfant, la vocation du cloître. J'espère pourtant l'en détourner. Son père me l'a confiée et je la conduis vers quelcpi'un qui veillera sur elle.

Ml RABEAU.

Pourquoi ne lui servez-vous pas de tuteur, vous?

3fj LES MIRABEAU

Valras.

Parce que ma vie ne m'appartient pas; parce que demain, ce soir, à toute heure, la prison peut s'ouvrir devant moi, comme devant vous. Savez-vous que la brochure imprimée par nous en Hollande et où vous protestez contre la sentence du Pai'lemeut de Provence qui vous a jugé, a été saisie et qu'elle vient dètre condamnée à être brûlée par la main du bourreau.

M. de Miromesnil avait toléré un libelle diffamatoire contre moi! J'usais de mon droit en répondant vertement.

VALRAS.

Il use de son pouvoir en vous fermant la bpipche !

Qu'ils briseut alors mes doigts et non ma plume ! Tant que j'aurai une goutte de sang dans les veines, j'écrirai, tant que j'aurai un souffle dans la poitrine, je parlerai!... Et pour me réduire au silence, ce n'est pas mon livre qu'ils doivent brûler, c'est ma chair et mes os, c'est moi-même ! Parbleu! les juges qui m'ont jeté à Vincennes sur les ordres de mon père seraient bien capables de me jeter au feu en place de Ciréve, après m'avoir condamné ù mort.

VALRAS.

Décapité en effigie, à Pontarlier!

Ah! les niais! Et pourquoi? pour avoir aimé Sophie, résisté au marquis et crié tout haut que l'homme est né hbre et que la tyrannie est deux fois plus odieuse et étoutlante lorsque la main qui serre le carcan est celle d'un père !

VALRAS.

Oui, vous avez été le martyr de tout un passé! Eh bien! l'humanité attend une voix pour que les gémissements des autres victimes soient entendus. Soyez cette voix. U y a en vous une force et en moi un dévouement prêt à toute épreuve.

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