SCÈNE XII Les Mêmes, HENRIETTE
HENRIETTE, entrée un moment auparavant et qui s'est approchée doucement, à part.
Mirabeau!... Ah! et moi qui tout à l'heure... C'était lui!
(Elle s'avance vers les deux hommes. —A Mirabeau.) VoUS ètes le
comte Gabriel de Mirabeau?
Pour mon malheur, mademoiselle.
HENRIETTE
Ah! je l'avais deviné! Eh bien, monsieur le comte, c'est à un des vôtres que mon père mourant m"a recommandée.
A l'un des miens ?
VALRAS.
Au bailU Jean-Antoine, votre oncle.
HENRIETTE
Mon père fut un des compagnons de péril à l'heure où le bailli commandait un vaisseau du roi. Leur amitié date de là... Me regardant comme Française, mon père a voulu me donner pour tuteur un Français, son ami d'autrefois.
C'est à Mirabeau que vous allez rejoindre le bailli?...
HENRIETTE
Oui!...
La route est longue, le château provençal est un lugubre séjour pour une femme de votre âge, mademoiselle!
HENRIETTE
M. Valras m'accompagnera, et d'ailleurs je n'habiterai... je ne pourrais habiter le château.
Pourquoi?
VALRAS.
A Mirabeau, mademoiselle de Nehra retrouvera le marquis votre père.
11 n'est donc plus au château de Bignon? Il a quitté Nemours?
HENRIETTE
Il a voulu revoir la vieille demeure où il a grandi.
VALRAS.
Et puisque mademoiselle doit le rencontrer, voulez-vous qu'elle essaie de le fléchir?... Ce que vous ne pouvez demander, elle le demandera.
Je ne demande rien. Je ne veux rien de l'homme qui m'a chassé-' Qu'il vive au haut de son roc de Mirabeau comme un vautour dans son aire. Je n'ai plus de parents