PRÉFACE LA COMTESSE
Décidément nous étions faits pour être amis, monsieur !
11 ny a que l'Église qui puisse rompre notre union. Il faudrait de plus puissants moyens que ceux dont nous disposons, vous et moi.
MIRABEAl.
Qui sait, madame ?... Mais je vous demande pardon de vous avoir pris une minute encore de votre vie !...
LA COMTESSE
Ce n'est pas celle-ci que je regrette, monsieur!
Je conçois, ce sont les autres. Pardonnez-moi et dans votre ombre et votre paix, soyez heureuse, madame !
LA COMTESSE
Et vous, monsieur, soyez glorieux !
MIRABEAU, la saluant.
Comtesse...
LA COMTESSE, s'inclinant.
Monsieur le comte !
Elle salue, remonte dans sa chaise à porteurs et disparaît dans la foule qui respectueusement s'ouvre devant elle.
MIRABE.\U, la regardant s'éloigner.
De loin ou de près nous traînons la même chaîne ! Pauvre femme !
Si cette scène eût été jouée, onm'eût reproché sans doute d'avoir présenté comme pouvant se comprendre deux êtres qui plaidaient alors l'un contre l'autre. Et puis, Mirabeau ayant été trahi par sa femme ne pouvait, au point de vue dramatique, se montrer si pro-
PHÉFACE il
fondement plein de mansuétude. Un coup de crayon rouge, et la scène a disparu.
Je ne saurais trop recommander aux auteurs dramatiques l'usage du crayon rouge. Il est plus utile souvent que la plume même. Seulement, il faut avoir le temps de s'en servir et l'auteur de ce drame a été forcé, par diverses circonstances inutiles à rappeler ici, de donner sa pièce sans avoir eu le loisir de l'alléger de certaines longueurs qui ont disparu dans la présente brochure.
Je n'ai pas eu la prétention d'analyser mon drame, ni même de le faire connaître. Je n'ai pas à plaider pour lui. J'ai plutôt à remercier la critique, qui l'a bien jugé, et surtout les artistes qui ont vaillamment combattu pour moi. Il en est que j'aurai désormais non seulement pour interprètes, mais pour amis.
Quant à M. Bertrand, le plus loyal et le plus charmant des hommes, il a monté la pièce avec un goût ■et un soin infinis. Nézel a signé des chefs-d'œuvre, le costumier a habillé les personnages avec beaucoup d'art d'après dés dessins exquis.
Je n'ai le droit de parler que du cadre et de le louer. Il est fort joli. Quant au tableau lui-même, c'est au public qu'il convient de le juger en dernier ressort.