ACTE DEUXIÈME
nant un peu sauvage ! Ah ! ce n'est pas Versailles, ni ton chiUeau de Bignon. Mais tu vois que pour desloups-garous les habitants de Provence savent organiser une fête aimable !
Charmante !
LE BAILLI
Et madame de Pailly ! elle doit regretter son boudoi dans ces salles de pierre !
LE MARQUIS
Partout où je suis, madame de Pailly ne regrette rien ! (a Germain.) A-t-elle eu SOU chocolat ?
GERMAIN
Oui, monsieur le marquis.
LE BAILLI
Madame de Pailly ! Ali ! mon pauvre ami !
LE MARQUIS
Tu ne comprends pas cela, toi, espèce d'Alceste féodal, qu'on puisse aimer et aimer à mon âge?...
LE BAILLI
Oui-dà? Si tu crois que parce que j'ai failli être chevalier de Malte, je ne sais pas ce que c'est qu'aimer ! J'ai été aimé moi tout comme un autre, oui moi, Jean-Antoine La Bourrasque, comme disaient mes matelots. Mais plus j'ai fréquenté les femmes et plus je me suis convaincu qu" elles ne sont faites que pour soigner les enfants et tracasser les hommes !
LE MARQUIS
La comtesse m'evit donné un petit-fils, un Mirabeau, que je l'eusse adorée, oui, "\Taiment ! Mais, du diable ! mon fils aîné a tout gâté avec ses tarentules.
GERMAIN
Ce qui n'empêche pas que si vous parliez de M. le comte aux gens de Pertuis, ils vous répondraient...
LE MARQUIS
Monsieur Germain, vous savez que je veux bien faire des livres pour le peuple, mais que je ne lui demande jamais son avis !... Ce drôle de Mirabeau tournerait la cervelle à mes gens avec sa tête chaude !
LE BAILLI
Eh ! les tètes chaudes valent encore mieux que les cœurs froids.
LE MARQUIS
Ah çà ! tu vas maintenant plaider pour ce brûlot, cet extravagant ?
LE BAILLI
Le temps des gens de sa sorte arrive à grands pas et le boute-feu est capable d'éclairer son siècle !
GERMAI.N, bas au bailli.
A la bonne heure, monsieur le baiUi ! Ali I si on avait su prendre M. le comte !
LE .MARQUIS
Comète ou tison, qu'on ne me parle 'plus de cet hommelà ! J'aime encore mieux son frère ! 11 s'amuse, il se bat en duel, il fait rouler les écus. C'est un panier percé, mais c'est un soldat et un vrai gentilhomme qui ne se soucie pas de vouloir faire sauter la société comme une poudrière !... Où irait-on si on écoutait M. ]*ierre Buffières?... On ne parle que de blés pillés, de révoltés de manants. Mon fils le vicomte donnerait du moins de son épée à ces marauds!...
Ces marauds, ce sont ces paysans que tu appelles tes enfants!... Tu ne peux pas les faire mettre tous au couvent comme tes filles!
LE MARQUIS
Je les ferais mettre au château d'If, tétebleu!... Ou ramer sur les galères !
LE BAILLI, riant.
Philanthropie et bastilles mêlées !