ACTE DEUXIÈME
LE MARQUIS
Eh ! je consens à faire le bien, mais je ne veux pas qu'on me le prenne ! Et qu'est-ce qu'on dit, Germain !... On a arrêté un faux saulnier qui rt)dait autour du château?
GERMAIN, servant le marquis.
Oui, monsieur le marquis, Placial de Pertuis.
LE MARQUIS
Qu'est-ce que ce Placial ?
GER.MAIX.
Un pauvre homme et un brave homme qui vit tout seul là-bas, et qui a dû aller faire bien loin la contrebande pour vivre. Un ancien soldat. Il mourait de faim.
LE MARQUIS
De faim ? (au bailli.) Tu vois, il est nécessaire de développer l'agriculture et dans mon ouvrage en huit volumes, in-douze Y Ami des hommes. . .
SCEiXE III
Les Mêmes, MADAME DE PAILLV, entrant en costume de fête. MADAME DE PAILLY.
Qu'est-ce que vous disiez là? On meurt de faim en Provence? Qui meurt de faim?... Est-ce qu'on meurt de faim?
GERMAIN, rudement.
Ça arrive quelquefois à ceux qui ne mangent pas, madame.
MADAME DE PAILLY
Vous pourriez me répondre siu* un autre ton. monsieur Germain.
GERMAIN
Je réponds comme j'ai toujours répondu ici, madame !
LE MARQUIS
Germain !
GERMAIN, en s'en allant.
En vérité, je suis plus ancien que madame dans la maison.
MADAME DE PAII.LY
L'insolent !
LE MARQUIS
Un maraud qui a été élevé avec moi!... Si je ne l'aimais pas tant, je lui briserais mon Itàton sur les reins, avant de le chasser.
MADAME DE PAILLY
Ce sont les doctrines de monsieur votre fils qui font du chemin jusqu'ici.
LE BAILLI
Ce qui prouve qu'on peut enfermer les gens et non les idées.
MADAME DE PAILLY
Vous êtes toujours un peu partial pour votre neveu, bailh!
LE BAILLI
Pas du tout !... Mais il y a en lui le salpêtre particulier à notre sang et j'excuse bien des choses !
LE MARQUIS, à madame de Pailly qui va répondre.
Laissez-le, madame !
MADAME DE PAILLY
On meurt de faim ! on meurt de faim ! Ce n'est pas à Mirabeau dans tous les cas. Vous voyez que le marquis se ruine h donner des fêtes à ses gens ! Depuis qu'il est ici ce sont des cérémonies continuelles 1 Que dites-vous de mon costume, mon cher marquis ?