ACTE DEUXIÈME Sri
à Cassano, il y a de cela soixante-dix-neiif ans, le bras cassé par une balle, la gorge traversée d'un biscaien, la tête à demi détachée des épaules, laissé pour mort, guérit pourtant, et trois ans après, criblé de blessures, la tète soutenue par un collier d'argent caché sous sa cravate, il épouse une jeune femme, mademoiselle de Castellane- Norante, notre mère vénérée^, qui l'adore et qui lui donne sept enfants tous taillés dans le bloc dont nous sommes. Eh bien, mademoiselle, puisqu'on ne meurt pas plus que cela dans notre 'famille, j'aurai bien, malgré mes soixantehuit ans, le temps de vous servir de tuteur !
MADAME DE PAILLY
C'est une déclaration, bailli.
LE MARQUIS, bas à son frère.
Eh bien, épouse-la tout de suite, vieux fou !... seulement à ton septième enfant, je te préviens que tu auras soixante- quinze ans !
LE BAILLI
Peste ! que non pas ! Père, oui ! Mari, jamais ! Tu m'as donné un trop mauvais exemple !
MADAME DE PAILLY
Quoi qu'il en soit, mademoiselle, si M. le bailli de Mirabeau le permet, et si vous le voulez bien, je vous ofï're aussi ma protection, et j'espère vous détourner de cette vocation du couvent qui n'est faite que pour les filles laides et vous êtes jolie, et pour les filles qu'on n'aime pas, et si vous aimez quelqu'un, celui-là vous aime, ou vous aimera, quel qu'il soit !
HENRIETTE
Si pourtant j'aimais quelqu'un qui ne fût pas libre, me conseilleriez -vous de lui disputer celle qu'il aimerait, madame? 11 y a des femmes qui veulent un cœur tout entier et à qui le partage et la lutte sont odieux !
LE BAILLI
Oh! oh! Elle a des ongles, ma pupille!...
MADAME DE PAILLY
Je ne sais ce que vous voulez dire, mademoiselle, mais quand je vous offre ma protection...