‹ Les mirabeauChapitre 44 sur 131 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

Vos enfants!

C'est au nom de vos sœurs qne vous plaidez ?

C'est mon métier de plaider pour les innocents ! Oui, je réclame pitié pour les victimes et les martyrs, pour moi qui ne demandais qu'à vous aimer et que vous avez persécuté, pour ma mère que vous avez chassée!

LE MARQUIS

En vérité, monsieur, vous oubliez qui je suis ! Je vous ai déjà montré ce que peut ma volonté. Prenez garde que je vous fasse sentir encore ce qu'est mon pouvoir! Je ne dois à personne compte de mes actions et à vous moins qu'à tout autre, à vous qui tour à tour avez pris le parti de la marquise contre moi, et le mien contre elle! Et qui osez maintenant me parler, à moi, de mes devoirs au nom de votre mère!

Comme je parlerais à ma mère en votre nom, mon père! comme je lui dirais : Pardonnez, oubliez. Est-ce que vous ne voyez pas que je vous aime tous deux? Est-ce qu'étant votre fils, tout mon être ne se refuse pas à devenir votre juge!

LE MARQUIS

Qui^arle de justice à Mirabeau devant moi?

Moi!... moi!... que toute injustice révolte comme elle vous a cent fois révolté vous-même ! Moi qui suis de votre sang et de votre race ! moi, l'enfant flétri, qui défends la famille contre vous, comme je défends ma mère contre cette femme!

Je vous ai tout à l'heure, monsieur, ordonné de la respecter!

»jO LES MIRABEAU

Du respect, à elle ! Du respect, ici ? devant tous mes souvenirs outragés"? Sachez-moi gi"é, mon père, de ne pas forcer ma colère à ne pas lui dire en face ce que je pense d'elle!

LK MAKQUIS, terrible.

Malheureux!... (se contraiguant.) Je suis ici, le maître!... Tant que j'aurai un souffle, mon fils courbera le front partout où je serai!... Je pourrais faire arrêter M. Pierre Buffières comme un étranger qui vient minsulter chez m<)i. Je chasse le comte comme un misérable qui manque de respect à son père ! au chef de sa maison!

Est-ce un père qui discute avec son enfant à coups de lettres de cachet et de bastille ! Regardez cette face où aux cicatrices de la maladie, votre dureté a ajouté la lèpre des cachots et les stigmates de la prison!. Je n'ai pas le droit d'être votre juge! Aviez-vous le droit d'être mon bourreau? Ah! oui, vous pouvez me rejeter à vos donjons où j'ai étoutTé, A vos bastilles oii j'ai râlé', à votre fort de Joux, ou à vos prisons de Vincennes! Eh bien! verrous, bastilles, prisons... c'est tout cela que je veux briser... Et redevenu libre, j'ai voulu vous le dire en face : De votre enfant prêt k vous aimer, vous avez fait un révolté prêt à vous combattre. De ce bras où vous pouviez vous appuyer, vous avez fait un instrument de colère, et c'est le tÛs persécuté qui> de son talon, renversera comme du sable vos repaires de fèodahté !...

LE MAKQl'IS, montrant les tourelles à droite.

En attendant elles tiennent bon, ces murailles que nous avons défendues depuis des siècles. Je vous répète que vous êtes chez moi et que je vous chasse! Partez,! partez, vous dis-je !

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