‹ Les mirabeauChapitre 58 sur 131 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

Et je suis triste, mon Gabriel, de te savoir courbé sur cette table de travail, passer des nuits, t'enfiévrer la joue et le front, lorsque j'aurais pu, si ce misérable vieillard...

JI I R A B b A i: .

M. de Rieux! l'oncle de ton mari! Voyons, je ne comprends pas bien au juste ce qu'il a fait, ce maitre drôle.

JULIE

Il a, en abusant de ma signature, de ma confiance, engagé dans des opérations de finance, la fortune que son neveu m'avait laissée et disparu comme un commis infidèle!... Fiez-vous donc aux apparences! Il avait l'air si niais!

Ce sont les plus niais qui sont parfois les plus habiles en matière d'argent. Bref, te voilà l'égale de Mirabeau, aussi isolée, aussi malheureuse que lui! Eh bien! de nos deux détresses nous ferons le bonheur le plus charmant! C'est plus facile qu'on ne croit.

JULIE

Tu m'aimes donc vraiment?

En doutes-tu?

JULIE

Oui, nous avons de ces instincts. Il me semble que je t'aime plus que toi et d'un amour plus profond, plus entier et plus sûr. Tu pourrais être aimé encore, tandis que... (Elle s'arrête.) Et puij tu as été si profondément adoré ! Cette Sophie!... Il me semljle qu'un tel amour doit laisser tant de traces dans un cœur! D'ailleurs ce n'est pas du passé que je suis jalouse et que j'ai peur' C'est de l'avenir... Oh! si tu aimais une autre femme, vois-tu ! (Elle prend une petite arme sur la table.) Qu'est-ce que cc poignard? Je ne l'avais jamais vu?

C'est une arme très vieille qui vient des Arrghetti, les Ci-

belins mes ancêtres... Elle ne m'a jamais.quitté... Au temps où nous vivons, un homme doit être maitre de sa vie à toute heure .. c'est-à-dii^e de la terminer quand il lui plait.

JULIE

C'est une orfèvrerie superbe. Le manche est d'argent.

Oui, avec mes armes. Champ d'azur et barre d'or... J'ai laissé l'azur en Provence et l'or à tous les chemins.

Et cela?

MIUABEAU.

Une Heur de lis... celle dont je suis marqué comme un forçat! Le forçat du travail!

JULIE

Eh bien ! tu vois, si tu ne m'aimais plus, je m'enfoncerais ce poignard dans le cœur.

Es-tu folle! Hends-moi cette arme, (u la lui arrache.) Puisque je t'aime !

11 reiiil)rasse au front.

J ULIE.

Oh! tu ne me connais pas! Je serais terrible si... Mais tu as raison, ne pensons pas à cela!... C'est vrai, j'ai des idées sombres aujourd'hui!... Chez moi, hier soir, un ami de M. de Miroménil, le garde des sceaux est venu me rendre visite, et là, détail par détail, appuyant sur chaque horreur, s'est mis à me raconter la façon dont on a supphcié la comtesse de la Motte Valois j^our cette aU'aire du coUier de la reine... J'en ai rêvé toute la nuit... c'est sa faute.

Il y avait bien de quoi donner des vapeurs à une petite maîtresse !

JULIE

Et même à moi, qui suis forte!... Songe. C'était aûreux!

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