‹ Les mirabeauChapitre 59 sur 131 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

Le bourreau l'a marquée là! d'un fer rouge!... Elle se débattait, criait et demandait pitié!... La malheureuse! Moi qui l'avais connue, belle, souriante... Je me l'imaginais entre les mains de l'exécuteur, je voyais son épaule nue et j'entendais sa chair grésiller sous le fer chauffé au réchaud.

Pauvre femme! Une aventurière prise à son propre piège!... C'était une amie de madame de Pailly. La courtisane aura également quelque jour une triste fin. Il faut bien une sanction en ce monde.

JULIE

Vous haïssez donc toujours madame de Pailly?

Et je t'en veux toujours un peu, quand j'y songe, de l'avoir suppliée pour moi, lorsqu'en Provence on me poursuivait .pour avoir commis le crime de délivrer ce pauvre diable.

Madame de Pailly seule pouvait amener le marquis, ton père, à demander ta grâce. On allait farrèter et t'arracher à moi! J'ai imploré madame de Paillj', j'aurais imploré le diable d'enfer!

Une misérable, cette Pailly!

JULIE

Elle a consenti à te rendre à ta Julie pourtant. Que m'importe ce qu'elle est ! Elle a repris la lettre de cachet qui te menaçait! Je la trouve admirable!

Bah! une lettre de cachet de plus ou de moins! J'en ai l'habitude! Celle-Là était la dix-septième! Et Valras?

JULIE

Eh bien ! Valras ! Grâce à elle aussi, M. Valras est hbre !. .. Madame de Pailly a entre les mains l'ordre d'arrestation

qui le menaçait, del^son côté, et,[^si comme toi il n'est pas emprisonné, il le doit à cette misérable comme tu l'appelles et comme il l'appellerait aussi, car qui entend l'un de vous entend l'autre !

C'est que Valras est mon inspiration et mon conseil vivant. Pourquoi n'as-tu jamais voulu le voir? Pourquoi me défends-tu de lui dire que je te reçois ici?... Tu détestes Valras !

Tu détestes Lien madame de Pailly. On a ses antipathies !

Comparer une femme à un tel homme!

JULIE

Oui! oui! Tout beau, mon orateur! Je sais ce que vous allez dire. Valras, homme obscur, est un de ces gens qui sont faits pour conduire un siècle. C'est un Caton... un Romain... tout ce que tu voudras... Mais je suis un peu souffrante. Cet horrible tableau que je revois sans cesse, m'a troublé les nerfs... Laissons Valras... Ah! quelle épouvante!

Bruit dans la coulisse.

PLACIAL, entrant.

C'est M. le bailli et M. le comte de Mirabeau.

JULIE

Je te laisse avec eux ! J'ai à faire des visites.

Méchante qui me disais que cette journée était à moi!

JULIE

Je reviendrai, parla! (Elle montre la gauche.) Ma porte!... Ce soir, nous irons à l'Opéra!

Tu me le jures?... Et si tu passes par la chaussée d'An-

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