MIRABEAU, LE BAILLI, LE VICOMTE
C'est la seconde fois depuis votre voyage à Paris, que vous me faites l'amitié de venir me voir, mon oncle, je vous en remercie ! Bonjour, mon cher André !
LE BAILLI
Il m'a bien fallu courir les chemins puisque j'ai accepté d'être le tuteur de mademoiselle de Nehra. Ce n'est pas une sinécure ! Que de démarches pour un héritage ! Enfin tout est terminé, et selon toute vraisemblance tu ne me reverras pas de longtemps, puisque je retourne à mon pigeonnier de Pertuis, avec les corbeaux!
Il est possible que j'aille vous y retrouver! Je voudrais, si les Etats Généraux étaient convoqués, me présenter aux électeurs de mon paj-s! Mais l'argent manque...
LE VICOMTE
A qui ne manque-t-il pas? Avec le jeu!
La table !
LE VICOMTE
Et les desserts!
LE BAILLI
Ton père t'a cependant rendu des comptes de tutelle !
Parfaitement. Oignon, mon curateur vient de me |les envoyer, vous pouvez lire.
LE BAILLI, lisant.^
« Dépensé pour l'arrestation et l'entretien en la prison d'Etat de Vincennes, de M. mon fils, le comte Honoré Gabriel Riquelti de Mirabeau, cinquante mille livres. » Peste !
LE VICOMTE
Il t'a fait payer son hospitalité!
Et la nourriture! Au donjon de Vincennes! on loge à l'année!
On dine mieux chez Beauvilliers !
LE BAILLI
Moi pauvre comme Job, ton frère grugé par les drôlesses... oui, oui... grugé, ton père à demi ruiné! Il te reste un moyen de faire figure dans le monde.
Et c'est?